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Entretien avec le chorégraphe Khalid Benghrib

“Il y a une vraie référence identitaire en termes d’écriture contemporaine au Maroc”




Entretien avec le chorégraphe Khalid Benghrib
Après une tournée mondiale riche
et réussie, la Compagnie de danse contemporaine 2k_far a entamé la première étape de sa tournée nationale à travers les Instituts français du Maroc. Avec au programme une représentation
de son spectacle
«La Smala B.B». Nous avons
rencontré
son directeur,
le chorégraphe Khalid Benghrib.

Libé : Vous êtes présent sur scène depuis plusieurs années. Avez-vous le sentiment que ce pour quoi vous vous battiez a évolué ou qu’il existe encore des réticences ?

K.B : les choses marchent très bien. La preuve, on tourne de plus en plus, il y a maintenant une vraie structure d’écriture chorégraphique et contemporaine à Casablanca. Il y a de plus en plus d’influence autour de l’écriture contemporaine. La danse n’est pas étrangère au public lambda, mais on commence déjà, ne serait-ce qu’à la télévision, de parler de la chorégraphie, parce que c’est plus chic et politiquement correct. Mieux, on a de plus en plus de jeunes qui nous appellent et souhaitent s’inscrire dans une dimension professionnelle. Ce qui est génial. Cela dit, je continue toujours à défendre l’art et la danse contemporaine.

A propos de cet enthousiasme des jeunes pour la danse. Est-ce naturel, instinctif ou s’agit-il d’une évolution normale ?

Je ne saurais dire si c’est normal ou naturel. J’aimerais bien que cela entre dans une action totalement normative, en ce sens que quand quelqu’un désire de faire quelque chose, il doit avoir l’accès à l’espace. C’est ce qu’on souhaite, parce que c’est aussi notre principe de défendre une certaine vision de la société moderne.
Par rapport aux travaux qu’on fait en termes de pédagogie, c’est forcément intéressant. Dernièrement, on a donné un stage à 17 jeunes sur scène pendant une semaine ; c’était magnifique de voir des jeunes s’y mettre avec beaucoup d’intérêt.

La participation à ces ateliers s’est-elle faite sur des critères précis?

On s’est intéressé à ceux qui venaient vers nous. On a fait un petit répertoire et on s’est rendu compte qu’il y avait des jeunes qui expriment vraiment le désir de s’aventurer dans un travail de formation. On les a donc contactés. Vu que j’avais trouvé des moyens pour les prendre en charge, on leur a offert une formation gratuite.

Qu’espèrent ces jeunes ? A quoi s’attendent-ils à travers ces ateliers ? Y a-t-il une idée commune qui les anime ou chacun se fait son idée sur cette discipline?

C’est la profession. Aujourd’hui, j’y crois plus que jamais, puisque la Compagnie est devenue professionnelle et qu’il y a un groupe « référencié » comme celui de la compagnie, les gens ont commencé à parler autour d’eux. Et le seul lieu où ils peuvent recevoir une formation professionnelle, que j’estime de qualité, c’est chez nous. Donc automatiquement, on nous appelle. Malheureusement, je ne peux faire que ce que me permettent mes moyens. Je le fais gratuitement pour le plaisir et ma responsabilité de citoyen aujourd’hui est de le faire ici. Pas ma responsabilité de citoyen marocain, mais en tant que citoyen artiste du monde. C’est très important de le signifier.
Les travaux pédagogiques qu’on fait dans les écoles et lycées font partie de notre travail. Tout comme, la dynamique que j’ai enclenchée à la Faculté des lettres de Ben Ms’ik, où des jeunes avaient, a priori, une idée sur la danse. Ce qui a finalement changé tout leur focus. Voilà ce qui m’intéresse.

Un mot sur le spectacle « La Smala B.B », sélectionné au Festival international de danse contemporaine de Montpellier en 2006. Comment est-il né ?

« La Smala B.B » est née sur l’interrogation qu’on s’est posée sur le mot de l’enfer. Ayant une vision scientifique de l’enfer, donc ni vision spirituelle ni religieuse dogmatique; pour moi, l’enfer est en nous, ici, à l’intérieur de soi. Et de là, on a commencé à développer cette idée et à travailler pour en faire une pièce. Mais ce qui m’a vraiment poussé à travailler au Maroc, c’est ce qui s’est passé en 2003. Pour moi, c’était un coup exceptionnel qui m’a vraiment bouleversé. Des amis m’ont appelé pour que je puisse aider à faire quelque chose en tant que Marocain et contribuer à une certaine forme d’accompagnement de la jeunesse marocaine. Je l’ai fait, je suis content et le résultat est là.
Les jeunes s’intéressent visiblement de plus en plus à la danse. Mais qu’en est-il du public ?

Comment réagit-il ? Sa perception de la danse a-t-elle évolué?

Oui. Je vous donne deux exemples concrets. Aujourd’hui à 15h, on a donné un spectacle où il y avait des jeunes. C’était incroyablement beau et touchant de voir un public réagir. Il réagissait à chaque séquence, qu’elle soit dansée, sensible, névrotique ou autre, il était vraiment très actif. Cela veut dire qu’on a un vrai public, présent, disponible et vivant. Pour le deuxième exemple, on avait donné une fois un spectacle, à Sidi Otman, au moment même où se jouait le derby Raja-Wydad. A notre grande surprise, 200 personnes sont venues regarder le spectacle. Je ne peux pas rêver mieux.

Peut-on croire que les choses vont continuer à avancer? Peut-on ne plus revenir sur les clichés autour de la danse?

Il n’y a plus de recul, surtout si l’Etat est disponible et prêt à suivre le mouvement. Si les responsables des institutions publiques sont dans le coup, la dynamique de la jeunesse ne s’arrêtera jamais. Je pense qu’aujourd’hui, s’il y a quelque chose de nouveau dans le paysage culturel marocain, c’est bien la danse contemporaine. Ce n’est pas la peinture, la musique, le théâtre, etc. C’est la danse qui a mené des fusions totalement extraordinaires, parce que du coup elle est en train de toucher un autre public qui n’avait pas de répondant dans tous ces croisements. Je suis sûr et certain que nous allons progresser à ce niveau-là.

A propos du soutien des institutions, vous en avez reçu notamment de l’ambassade de France. Bouge-t-on aussi du côté marocain?

Je dirais plutôt côté institutionnel où c’est vraiment très mou. Maintenant pour la saison culturelle France-Maroc, c’est la première fois où ce sont les entreprises marocaines qui ont financé un programme via l’ambassade de France. C’est une première. Dans le cas précis, on sort des événements genre « le temps du Maroc » ou les échanges culturels maroco-français. Là, c’est vraiment une saison culturelle, c’est-à-dire une programmation financée par les entreprises marocaines et françaises dans le cadre d’une collaboration

Pensez-vous qu’on ait une vision positive de la chorégraphie marocaine à l’étranger ?

Oui. D’ailleurs, quand des directeurs, programmeurs ou producteurs viennent nous voir au Maroc pour une programmation dans leurs festivals à l’étranger, ils sont agréablement surpris de ce que nous faisons. Donc, il y a une vraie référence identitaire en termes d’écriture contemporaine marocaine. Ce qui est quand même très important. Maintenant, c’est la relation à la résonance entre société et œuvre d’art, etc. Et là, « La Smala B.B » offre cette vision. 

Propos recueillis par ALAIN BOUITHY
Mercredi 23 Mars 2011

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