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Entretien avec le champion marocain de taekwondo, Mustapha Lakhsem : “La Fédération nous met les bâtons dans les roues”




Entretien avec le champion marocain de taekwondo, Mustapha Lakhsem : “La Fédération nous met les bâtons dans les roues”
Mustapha Lakhsem, né
le 19 septembre 1972 à Hanau, près de Francfort en Allemagne, de parents marocains, a défendu pour la première fois
les couleurs nationales
à l'occasion des Championnats du monde de 1993 en Hongrie, où il s'est adjugé le titre
mondial de kick-boxing.
Mustapha fait partie
de la liste restreinte des champions qui ont marqué de leurs empreintes le full contact et le kick boxing au niveau mondial.
12 fois champion du monde de kick boxing, full-contact et savate, ce champion
surnommé «L’Hélicoptère», «Musti» ou encore «Tiger of the ring», a collecté une multitude de titres
nationaux et mondiaux.
Il a achevé sa carrière
professionnelle par un titre mondial en full-contact le 5 juin 2010 à Fès, obtenu contre le Russe Alexey Rybkin (23 ans).
Il s’est ensuite consacré
à la Fondation ACCESS (Actions citoyennes pour la contribution à l’éducation et la santé par le sport) dont il est le fondateur
et qui est une association
à but non lucratif.


Quels sont les meilleurs souvenirs de votre carrière sportive ?

D’abord, à l'occasion de chacun de mes exploits, la haute sollicitude Royale a été un facteur de motivation et un stimulant pour réaliser de nouvelles performances et atteindre le meilleur niveau. Les deux Ouissams royaux ont été le plus grand honneur qui m'a été fait, du fait que cela a couronné ma carrière sportive.
Ensuite, il y a le titre que j’ai décroché en 1993 en Hongrie et qui restera gravé à jamais dans ma mémoire. Ce n'était pas ma première victoire, mais la première fois que je représentais mon pays d'origine dans un rendez-vous mondial.

La Fédération Royale marocaine de full-contact et kick boxing peine à produire de nouveaux champions de votre trempe. Quelle en est la raison ?

Le Maroc regorge de jeunes potentialités dans ce domaine, mais malheureusement ils ne sont pas pris en charge par la Fédération. L’exemple le plus récent est celui d’un jeune de 24 ans originaire du Nord et qui présente tous les signes d’un futur grand champion. Il travaille aujourd’hui en tant que «passeur» de marchandises de contrebande à Bab Sebta. Au lieu de le soutenir, l’encourager et le former, ils l’ont dégoûté par leurs manœuvres, leurs intimidations pour le pousser à dénoncer ce que j’affirme.

Qui ils ?

Il faut savoir que la Fédération est plus une entreprise familiale qu’autre chose. Son «fondateur» et son président, qui sont frères, sont à la tête de la Fédération depuis 22 ans, leur troisième frère est le président de la commission professionnelle, leur cousin et leur beau frère constituent le staff de la Direction Technique de l’équipe nationale, et quiconque essaie de s’immiscer dans les affaires de la Fédération est systématiquement écarté, de sorte que la gestion administrative est d’une opacité totale. Ils m’ont proposé le poste de directeur technique, puis ils se sont rétractés après notre participation aux Championnats d’Afrique au Gabon, parce que j’ai protesté et je me suis insurgé contre les conditions inhumaines de séjour de l’équipe marocaine que j’avais accompagnée : hébergement dans un hôtel mal famé, sans climatisation ni confort (un petit lit pour deux athlètes), sans parler des piqûres de moustiques qui empêchaient les athlètes de dormir, avec une température frôlant les 40°, une nourriture indigne de nos champions (une demie baguette avec 50gr de beurre le matin et un sandwich au thon le midi!),  s’il n’y avait pas les organisateurs gabonais qui offraient des dîners de temps en temps je ne sais pas comment nos athlètes auraient pu faire pour tenir le coup. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de leur payer de quoi se nourrir de mes propres moyens, alors que messieurs les responsables de la Fédération, eux, étaient logés dans un hôtel 5 étoiles. Et quand il m’arrivait de parler des conditions des athlètes, le responsable me répondait : «Laisse les comme ça, il ne faut pas leur ouvrir les yeux!». Et malgré ces conditions lamentables, nous sommes revenus du Gabon avec dix médailles pour dix joueurs ! Et pour couronner le tout, ils ont été récompensés par des primes allant de 500 à 1000 dhs, qu’ils n’ont pas touchées tout de suite, mais étalées sur 3 ou 4 mois.

Quelles sont les ressources de la Fédération ?

D’un côté, elle est financée par le ministère de la Jeunesse et des Sports pour un montant annuel d’à peu près 1.150.000,00 DHS, en plus d’un extra budget à chaque fois qu’il y a un déplacement à l’étranger. D’un autre côté, il y a les recettes de la publicité et toutes les entrées inhérentes aux activités organisées telles que les championnats et les stages (où chaque joueur est tenu de payer un montant variant entre 30 et 50 dhs), les cotisations des Ligues et des clubs, les diplômes et les attestations etc et qui se chiffrent à quelques millions. Il faut savoir qu’il existe au Maroc près de 300 clubs, et que seulement une centaine d’entre eux sont affiliés à la Fédération, avec une moyenne de 150 à 200 athlètes par club, alors faites le calcul…

Parlez-nous de la Fondation «ACCESS» !

Après avoir été dégoûté par les agissements des responsables de la Fédération, j’ai décidé de quitter cette dernière et me consacrer à une œuvre noble, d’où l’idée de créer la Fondation ACCESS (Actions citoyennes pour la contribution à l’éducation et à la santé par le sport) qui est une association à but non lucratif et qui œuvre pour la promotion des activités sportives auprès des jeunes issus des familles défavorisées afin de contribuer à leur insertion sociale, et participe activement à la lutte contre le décrochage scolaire et à la lutte contre les méfaits du tabagisme, de la toxicomanie et de l’alcoolisme auprès des jeunes en milieu scolaire, par l’organisation de plusieurs actions en collaboration avec la Fondation Lalla Selma, l’Entraide nationale avec laquelle nous avons une convention cadre, l’INDH, le ministère de l’Education nationale, entre autres.
Nous avons organisé plusieurs activités dans diverses régions du Maroc. Nous avons été à Midelt et Aït Hnini, Ouarzazate, Tanger, Taroudant, Laâyoune…, le 31 mai dernier qui est «la Journée nationale sans cigarettes», nous avons organisé à Sidi Kacem une activité de sensibilisation aux dangers de la cigarette au profit de 800 enfants. Et samedi prochain nous allons organiser, en collaboration avec la Fondation Lalla Selma, une activité à l’hôpital des enfants de Rabat au profit des enfants cancéreux. Nous avons fait une visite des lieux pour préparer cette Journée. Et je peux dire que nous pouvons être fiers de ce qui a été accompli dans le domaine de la lutte contre le cancer tant au niveau de l'infrastructure qu'au niveau des services. Notre aide en tant que citoyens est non seulement souhaitable, mais obligatoire.

Et la Fédération dans tout cela ?

Notre problème est que la Fédération nous met les bâtons dans les roues et nous empêche de travailler. A titre d’exemple : une activité était prévue à Tanger sous forme d’une «Journée avec un champion» au profit des clubs, et avec la participation d’enfants des écoles de la région. Mais la Fédération nous en a empêché sous prétexte qu’elle n’a pas donné son autorisation, alors que ACCESS n’est pas affiliée à la Fédération. Ils ont bloqué la salle, ils ont interdit aux clubs d’y participer sous peine d’être rayés de la Fédération, et malgré cela nous avons pu dépasser le blocage et rassembler une centaine d’athlètes.

Parlez-nous de la situation matérielle et sociale des athlètes.

A part ceux qui ont pu se placer quelque part à l’étranger, la plupart sont des ouvriers journaliers qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Ils font des petits boulots comme manutentionnaires au marché de gros. C’est une honte pour des champions qui ont hissé haut le drapeau marocain lors des championnats internationaux, il y en a qui se sont adonnés aux drogues et d’autres qui sont malades et dépressifs, mais ils ne peuvent rien dire parce que leur situation matérielle ne leur permet pas de s’insurger contre la Fédération. Je suis le seul à pouvoir parler parce que, Dieu merci, je n’en dépends pas matériellement et ma carrière sportive est derrière moi. Mon objectif aujourd’hui est de rendre justice aux athlètes et les sortir de la misère dans laquelle ils se démènent et pour commencer, il faut que la Fédération soit réorganisée de fond en comble. 

Propos recueillis par OMAR Abbadi
Vendredi 15 Juin 2012

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