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Entretien avec la réalisatrice Zakia Tahiri : «Je n’ai pas de message à passer, mais des sentiments et des émotions à transmettre»




Entretien avec la réalisatrice Zakia Tahiri : «Je n’ai pas de message à passer, mais des sentiments et des émotions à transmettre»
«Mrahba», téléfilm sur fond de clichés, a été diffusé mercredi soir sur la deuxième chaîne marocaine, 2M. Coscénariste et réalisatrice avec Ahmed Bouchâala de cette nouvelle comédie, Zakia Tahiri nous en dévoile les coulisses du tournage.
 
Libé: Le public invité à l’avant-première de «Mrahba» a visiblement apprécié cette séance de projection. N’est-ce pas de bon augure pour cette comédie?

Zakia Tahiri: J’avais vraiment hâte de voir comment le public marocain réagirait à ce téléfilm d’autant plus qu’il s’adresse d’abord à lui, en plus il parle de ces deux Maroc qui n’en font qu’un: les Marocains d’ici et d’ailleurs.
Le fait que cette comédie plaise à ce public, certes restreint, ne peut que me réjouir: c’est toujours un plaisir de savoir qu’on apprécie votre travail. Cela dit, c’est l’audimat et donc le verdict des téléspectateurs qui compte le plus.

D’où est venue l’idée de ce projet et comment s’est construite votre collaboration avec Ahmed Bouchâala?

D’abord, je suis une émigrée J’ai grandi au Maroc et suis partie assez jeune faire mes études en France, où je vis depuis 25 ans.
Ensuite, j’ai vécu quelque chose de très fort qui est l’espoir, le rêve. Quand on est à l’étranger et qu’on rêve du Maroc, on imagine toujours des choses extraordinaires sur notre pays, sauf qu’on est toujours un peu à côté de la réalité. Comme c’est souvent d’ailleurs le cas avec les Marocains qui ont ce regard sur leurs compatriotes résidant à l’étranger. Tout est souvent très idéalisé au point qu’on a de bonnes surprises mais aussi de grandes déceptions.
Le sujet du film s’est justement construit autour de cela : l’attente des uns et des autres. Laquelle est pervertie par l’argent qui domine malheureusement ce monde où nos vraies valeurs se perdent.
Sachant qu’il est très difficile d’être aimé ailleurs et d’être aussi respecté à sa juste valeur au Maroc quand on est émigré, ce sujet me plaisait beaucoup.
Avec Ahmed Bouchâala, on n’a commencé d’abord par écrire à deux, puis travailler ensemble sur la structure. Généralement, c’est moi qui développe et écrit les dialogues avant de les traduire en arabe. Comme je les traduits avec mes comédiens, j’en arrive au résultat de départ. Bien sûr que chaque comédien amène quelque chose.

Des anecdotes qui vous ont marquée lors de ce tournage?

Des anecdotes, c’est 12 jours très durs. Je crois qu’on n’a jamais travaillé avec autant de rigueur et de discipline sur un film. Surtout avec autant d’engagement de la part de toute l’équipe du tournage : les comédiens et les techniciens.

Vous vous êtes entourée d’excellents comédiens. La prestation de ces derniers a-t-elle été à la hauteur de vos espoirs?

Ah oui. On a eu des moments de jubilation absolue et de grande souffrance aussi parce que j’étais physiquement très malade pendant le tournage, ce qui m’a empêchée de jouir pleinement de ce bonheur. Une chose est sûre, ce sont de grands comédiens et cela se ressentait déjà lors des répétitions : on sentait qu’il se passait quelque chose. Il régnait une très grande complicité.

Des difficultés ?

Les difficultés se situent au niveau des moyens. Je ne peux pas dire que nous avons eu peu de moyens parce que pour le Maroc et la télévision, c’est de l’argent : ce n’est pas rien. Mais pour faire des films, ce n’est jamais assez. C’est donc très complexe de garder l’ambition d’essayer de faire un film de qualité avec pas assez de moyens. 
Même s’il y a la foie, la confiance et d’autres choses qui font un peu l’équilibre : vous avez l’équipe technique et les comédiens qui jouent le jeu, il y a une espèce de plaisir tout d’un coup qu’on se partage grâce notamment au scénario. Je veux dire que quand on commence à faire lire, tourner un scénario et que vous sentez que les comédiens s’engagent tout de suite, vous réalisez qu’il va se passer quelque chose.
 
Qu’espériez-vous que les téléspectateurs retiennent de ce téléfilm ?

Je n’ai pas de message à passer, j’ai des sentiments et des émotions à essayer de transmettre. J’espère que les gens vont se reconnaître, reconnaître leurs amis, cousins ou encore une partie de ce qu’ils sont. J’espère juste qu’ils ont passé un bon moment et qu’ils ont été émus. Je trouve que quand on arrive déjà à divertir un spectateur pendant une heure et demie et, sans prétention, intelligemment, c’est déjà formidable.

Un mot sur votre collaboration avec 2M ?

Notre collaboration avec la chaîne 2M a commencé avec la comédie «Number one» (2008) et s’est naturellement imposée avec «Mrahba». A ce propos, je dois dire que j’ai mis du temps à faire ce téléfilm vu que j’avais peur et donc son enthousiasme et sa confiance ont été d’un grand soutien dans sa réalisation. 2M nous a accompagnés avec une vraie confiance, beaucoup d’enthousiasme et de délicatesse: on n’a jamais été censuré dans ce qu’on a voulu faire. On nous a toujours rappelé l’objectif qui est le public marocain, de ne pas passer à côté de ce qu’on veut raconter et que l’argent étant cher, il fallait savoir comment le dépenser, ce qui est une manière intelligente de nous accompagner dans notre travail. Je suis très contente d’avoir travaillé avec elle.

D’autres projets en cours avec la chaîne ?

Il y a effectivement un projet en cours avec 2M. On est en fin de tournage. Mais je ne peux vous en dire plus, sinon que c’est encore une grande audace de la part de 2M de nous avoir permis de concrétiser ce projet. Aussi, Ahmed et moi comptions repartir dans la fiction tout en espérant avoir le courage, la force et la santé de continuer à raconter des histoires, parce qu’il n’y a rien de plus beau.

Dernier mot ?

Je trouve que la télé peut être davantage de qualité si nous nous efforçons de faire de notre mieux. Car, il est très facile de baisser les bras et de dire ce n’est pas grave c’est pour la télévision. Non, c’est au contraire très grave, encore plus pour le spectateur qui a le droit de nous juger. Et cela me paraît essentiel.
 

Propos recueillis par ALAIN BOUITHY
Samedi 6 Août 2011

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