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Entretien avec la réalisatrice Asmaa Houri : “Sur scène, le corps s’oppose par sa signifiance et ses codes au corps privé”




Entretien avec la réalisatrice Asmaa Houri : “Sur scène, le corps s’oppose par sa signifiance et ses codes au corps privé”
Jeune, dynamique et enthousiaste, mais aussi sage
et pertinente. Ses idées sont claires et sereinement exprimées. Elle sait très bien ce qu’elle veut et reste confiante en ses choix et ses
compétences.
C’est l’image que laisse paraître la rencontre avec la jeune réalisatrice Asmaa Houri qui fait partie de cette génération libérée des préjugés et des stéréotypes
d’antan.                                                                                                                                                                                                        

Libé : Vous allez relancer des représentations de la pièce "4 :48h Psychose", pour cette année 2012. Quel en est l'objectif ?

Asmaa Houri :  Tout d’abord, la pièce n’a pas été tellement jouée. Le public qui l’a vue, lui a accordé, à notre grand bonheur, une attention toute particulière, quoique « la machine critique », si j’ose dire, n’a pas suivi. C’est l’occasion de dire ô combien la critique est vitale pour que nous puissions avoir de la distance par rapport à nos réalisations. Ensuite, la pièce a été jouée environ une dizaine de fois avec une concentration sur l’axe Rabat-Casa. C’est une obligation de la diffuser à travers le plus grand nombre possible de villes du Maroc. Enfin, cette relance permet d’instituer une tradition théâtrale qui consiste à maximiser la rencontre avec un  public nouveau et différent.  

Quel a été l'impact sur le public, lors de l'année précédente ?

Je crois que le public a aimé le spectacle. C’est toujours un plaisir de voir la réaction du public à la fin de chaque représentation.  Il y a même des gens qui viennent nous retrouver dans les loges à la fin de chaque spectacle pour discuter avec le groupe.  C’est pour cela que nous avons dû inclure un rituel constant de débat et discussion après chaque représentation, une habitude qui nous a permis de prolonger le plaisir en retrouvant l’objet même de la pièce : les réactions du public.

Y a-t-il un autre projet de pièce de théâtre, si oui où peut-on l'inscrire ?

Plusieurs projets ayant trait au théâtre  sont en cours d’élaboration avec des partenaires dont je ne peux citer les noms avant que ces projets prennent forme. Issam El Yousfi, dramaturge et membre fondateur de notre association, apporte les dernières retouches sur un texte que nous allons mettre en scène pour cette saison. Nous sommes maintenant dans la phase de recherche et d’accumulation de matériaux. Nous ne visons pas la production  elle-même mais le processus de travail qui en résulte. Notre prochain travail est un prolongement de ce que nous avons entamé, en ce sens que nous misons sur des sujets répondant à une certaine actualité par le biais d’une forme non conventionnelle.

En tant que metteur en scène, que pensez-vous du débat autour du rôle du corps sur la planche ?

Dire que le rôle du corps est très important sur scène est une évidence … Donc je me permets de changer le mot rôle par signifiance, car ce qui est aussi évident, c’est que le corps sur scène s’oppose par sa signifiance et ses codes au corps privé. La question qui s’impose à mon avis,  c’est de savoir comment  aborder le devenir de ce corps privé dans le processus créatif ou réceptif quand il prend la forme d’un corps scénique. La maîtrise du passage  du corps personnel au corps fictif est le point fondamental et aussi le plus périlleux pour les acteurs de théâtre. C’est aussi la condition sine qua non pour que le corps se transforme en élément scénique, vecteur de signes, de références politiques, idéologiques, culturelles, etc.  En d’autres termes, le corps qui ne subit pas cette transformation est juste un corps individuel/privé et sa présence/performance  sera interprétée par le public en tant que telle. Donc tout débat qui ne s’inscrit pas dans cette réflexion est condamné à être stérile et dépourvu de tout intérêt et objectivité de la part et des critiques et des acteurs de théâtre eux-mêmes.

On sait que vous faites dans le théâtre à textes. Pourquoi ce choix dans le contexte actuel ?

Loin de toute prétention de confirmer que nous faisons un théâtre à textes ou non, je dirai tout simplement que nous essayons de raconter des histoires que nous jugeons utiles à travers le théâtre et dans le théâtre.
C’est vrai que le texte est un point de départ essentiel car le document écrit définit le verbe et la pensée mais  le dispositif créatif collectif et qui englobe la scénographie, la musique, les lumières…etc, intègre le verbal  au  spatial et au sensoriel, pour arriver tout simplement à une performance théâtrale exhaustive. C’est vrai que quelque part  nous adhérons à ce genre de théâtre qui repose sur un texte fort et  véhicule à lui seul un discours imagé et esthétique mais à condition de respecter les dosages de la recette théâtrale. J’entends par là créer des techniques théâtrales optimales à même de mettre en exergue le texte.

Dans ce contexte, quelle a été la raison de votre choix de « 4 :48 Psychose » ?

Le choix de ce texte (4:48 Psychose) est dicté justement par ce contexte actuel où l’individu subit le mal de la société jusqu’à en devenir malade. La seule possibilité  pour lui est de se révolter et de dénoncer les injustices dont il est victime. C’est une pièce qui préfigure un monde en crise et engage implicitement une réflexion sur les limites de l’être humain à en supporter le poids.

Que pensez-vous de la subvention  accordée à la culture en général et au théâtre en particulier ?

Je crois que le théâtre (amateur et professionnel) est parmi les secteurs les plus importants à préserver et à promouvoir au Maroc. Il constitue un pilier pour toute action culturelle, du fait de son interaction avec la plupart des genres (musique, écriture, lecture, danse, arts plastiques, expression corporelle..). Le ministère de la Culture doit considérer ce secteur comme vecteur de développement qui contribue à l’émergence d’une nouvelle conscience et d’une citoyenneté active à même de favoriser la sensibilisation et l’éducation du public à travers le divertissement. Le but est de l’inviter à participer et  réagir par rapport à des sujets liés au développement social, culturel et économique afin de réfléchir à des solutions. Vu sous cette angle, le théâtre est une affaire de gouvernement, tous les ministères sont appelés à le promouvoir en lui garantissant des moyens humains, matériels et de visibilité pour qu’il puisse faire partie du quotidien culturel du citoyen.
L’accès au financement est très problématique dans le contexte politique actuel.  L’art et la culture ne paraissent pas aussi prioritaires et les troupes de théâtre se heurtent de plus en plus à un véritable handicap pour créer et produire.

Entretien réalisé par MUSTAPHA ELOUIZI
Vendredi 17 Février 2012

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1.Posté par Rachid Mountasar le 18/02/2012 12:20
C'est par la création de ce genre de collectif que nous pourrons allez de l'avant.
C'est grâce à cet esprit corporatiste que nous allons accumuler des expériences à même de proposer un théâtre alternatif, contemporain et à l'écoute de notre société.
Enfin, bon courage à cette équipe.
Ah! oui... J'ai hâte de voir votre spectacle, « 4 :48 Psychose » .

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