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Entretien avec la diva amazighe Fatima Tihihit : “Bounsir m’a découverte et Farida Bourquia m’a ouvert la voie du 7ème art”




Entretien avec la diva amazighe Fatima Tihihit : “Bounsir m’a découverte et Farida Bourquia m’a ouvert la voie du 7ème art”
Artiste amazighe hors du commun, Fatima Tihihit
est à la fois Raïssa sur scène et actrice devant la caméra. Tihihit Mzine
(la petite) passe
de l’une à l’autre
sans le moindre complexe. Mais si aujourd’hui, son grand talent est reconnu et si elle est adulée par le public, cette grande dame de la chanson amazighe et du cinéma marocain,
a traversé une rude épreuve dans sa vie. Mais elle a fini par s’en sortir grâce à son
courage, sa volonté et sa
perséverance. Entretien.

Libé : Parlez-nous de vos débuts dans la chanson amazighe.

Fatima Tihihit : Il faut d’abord que je vous dise que j’ai traversé une période difficile pour des raisons d’ordre familial, ce qui a complètement bouleversé ma vie :mariage précoce, divorce, remariage,  maternité, …. Puis un jour, le hasard a mis sur mon chemin la femme de mon cousin. Elle est venue au bled (Tamanar) et m’a emmenée avec elle à Casablanca où je devais travailler comme bonne à domicile. Mais comme ce métier ne me convenait pas du tout, ça n’a pas marché. Alors, elle en parla, un jour, à l’une de ses amies qui travaillait avec Raïs Demsiri en France et qui était restée chez elle, car elle attendait un heureux événement. Celle-ci lui conseilla de me laisser devenir une Raïssa. J’ai commencé avec Raïs Mohamed Bounsir en 1984. C’est lui qui m’a découverte.  

Racontez-nous comment ça s’est passé !

Au début, je ne savais pas que j’avais une voix de chanteuse. Par contre, j’avais une bonne mémoire, et je mémorisais facilement toutes les chansons que j’entendais. De plus, à l’époque, la station régionale de la radio à Agadir que j’écoutais souvent à la maison, diffusait des chansons en langue amazighe, et on avait un phonographe et des disques à la maison. Raïs Bounsir était souvent sollicité pour chanter dans des mariages. Une fois, on lui avait demandé de faire chanter une Raïssa. Et comme toutes les femmes qui l’accompagnaient ne voulaient pas le faire, il se tourna vers moi et me dit : «Et toi, ma fille, tu viens de Haha et les filles de Haha savent toutes chanter comme celles du Moyen-Atlas. Est-ce que tu n’aurais pas appris des chansons de Rwaïs comme Demsiri, Tihihit mqorn, Demsiria, Ahrouch? Tu ne voudrais pas chanter à ce mariage ? Je lui ai répondu que je n’ai jamais essayé. Alors, il m’a dit de lui chanter quelque chose pour voir. Ce bout d’essai était très concluant. Et c’est comme ça que j’ai interprété une chanson de Demsiri puis une autre de Rkia Demsiria et une troisième de Tihihit  mqorn. Raïs Bounsir me dit alors : «Ecoute ma fille, tu as une belle voix, tu devrais plutôt te consacrer à la chanson.» J’ai suivi son conseil. Et  puis voilà.

Et après, que s’est-il passé ?

Et bien après, j’ai commencé à chanter. C’est d’ailleurs Raïs Bounsir qui m’a aidé à sortir mon premier album à Casablanca en 1985. Il ne comprenait que des chansons qui traduisaient tout ce que j’avais enduré: souffrances, violences, errance, frustrations, déceptions, …

Comment a réagi le public à la sortie de votre premier album ?

Il l’a très bien accueilli. Ce fut le premier d’une longue série de succès. Tihihit mqorn l’avait écouté et en avait parlé à Raïs Demsiri qui était rentré au Maroc. Et lorsqu’elle s’est retirée de la scène artistique, il a fait appel à moi et j’ai rejoint son groupe. Ce fut un nouveau départ pour moi aux côtés de ce grand artiste. Demsiri pour la chanson amazighe, était comme Abdelhalim Hafed ou Farid El Atrache en Egypte pour la chanson arabe.

Combien de temps êtes-vous restée avec Demsiri ?

Je suis restée avec lui 4 ou 5 ans. Et puis, comme je me sentais assez forte pour voler de mes propres ailes, j’ai décidé de le  quitter  pour créer mon propre groupe.
Parlez-nous de cette nouvelle expérience.
Pour ce faire, je me suis adressée à Raïs Lahcen Belmoudden, maître incontesté du  Ribab, qui m’a montré comment il fallait s’y prendre. Nous avons constitué le groupe en 1987. Et comme j’ai des dons de styliste, c’est moi qui crée les costumes de ma troupe tout en y apportant ma touche personnelle qui est en quelque sorte le reflet de ma culture amazighe. J’étais très demandée : je me rendais à l’étranger, je passais à la télévision, je participais aussi aux soirées des provinces…Bref, j’avais enfin trouvé ma voie et la chanson me réussissait très bien.

Et comment êtes-vous venue au cinéma ?

J’avais participé avec d’autres artistes à un festival en France. Tous les participants étaient descendus dans le même hôtel. C’est là que j’ai fait la connaissance de Si Abdelkader Moutaâ et de la grande comédienne Naïma Lemcherqi qui présentaient nos soirées. Et comme on se voyait souvent et qu’on prenait le petit déjeuner ensemble à l’hôtel, Si Moutaâ, qui avait remarqué que je parlais bien l’arabe et sans accent me dit un matin:« vous avez une belle voix et du maintien, pourquoi ne pas essayer de faire du cinéma ? »Je lui répondis que j’aimais le cinéma, que je regardais beaucoup de films sur les chaînes satellitaires et que j’aimerais bien en faire mais quel réalisateur voudrait de moi dans son film, alors que je n’ai pas été à l’école et que je n’ai aucune formation dans ce domaine.

Que s’est-il passé après cette discussion que vous avez eue avec Abdelkader Moutaâ?

Je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais je crois qu’il a dû en parler autour de lui. Car un jour ,  Farida Bourquia que je remercie de m’avoir ouvert la voie du 7ème art, avait demandé à me voir. Elle préparait à l’époque la série :’’Douayer Ezzmane’’. J’ai tout de suite accepté de la rencontrer, et nous avons convenu d’une entrevue chez moi. J’étais intriguée car je ne savais pas ce qu’elle allait me demander. Elle me rendit visite en compagnie de Si Abdelkader Moutaâ. Nous avons eu une longue discussion, et au cours de cette entrevue, elle n’avait pas cessé de me fixer. Avant de prendre congé, elle m’avoua qu’elle avait l’intention de me confier le rôle d’une femme méchante qui se disputait souvent avec son mari, …Mais après m’avoir vue de près, elle se rendit compte que j’étais d’une toute autre nature. C’est comme ça que lui est venue l’idée de  me confier le rôle de Lhajja Rabha, la femme du défunt, Si Mohamed El Kaghat dans ‘’Douayer Ezzmane’’.

Que pouvez-vous nous dire à propos de cette première expérience cinématographique?

C’était une expérience très enrichissante, d’autant plus qu’elle m’avait permis de côtoyer de grandes stars du cinéma national :Si Abdelkader Moutaâ, Mohamed Bastaoui, Fatima Ouchay, Amale Temmar, Mohammed Marouazi et bien d’autres. Ce téléfeuilleton a eu un grand succès auprès du public. Et je suis redevable envers toute l’équipe du tournage qui m’a beaucoup aidée et surtout le regretté Si Mohamed El Kaghat qui m’a mis en confiance. C’est à ce moment-là d’ailleurs que mon mari m’a dit : « Pourquoi n’apprendrais-tu pas à lire et à écrire? »Je dois préciser que pour jouer dans ‘’Douayer Ezzmane’, ’j’apprenais mon rôle en écoutant des enregistrements sur cassettes. Mais après, j’ai suivi le conseil de mon mari, et aujourd’hui, grâce à Dieu, je peux lire un scénario du film toute seule.

En dehors de Farida Bourquia, quels sont les réalisateurs avec qui vous avez travaillé ?

J’ai joué dans les films de plusieurs réalisateurs marocains: Abdellah Ferkous , Abdelhaï Laraki, Hassan Ghanja, Meryem Bakir, M’hammed Housni, Chakib Benomar, Kamal Kamal…
Quels sont vos dernières oeuvres?
‘’Agadir Bombay’’de Meryem Bakir et ‘’Libres d’aimer’’d’Abdelhaï Laraki. J’ai également enregistré  un album avec Raïs Haj Aârab Atigui.

Entretien réalisé par M’BARK CHBANI
Jeudi 9 Juin 2011

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1.Posté par maryam le 10/12/2011 14:52 (depuis mobile)
Vous etez vraiment manifique madamme fatima tihihit mqron je t'aime et j ai lu votre histoire

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