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Entretien avec l’écrivain et chercheur amazigh Zaid Ouchna : «Je n’aime ni l’uniformité et ni le suivisme»




Entretien avec l’écrivain et chercheur amazigh Zaid Ouchna : «Je n’aime ni l’uniformité et ni le suivisme»
Ils sont comédiens, réalisateurs, artistes peintres, romanciers, poètes et nouvellistes, toutes et tous tiennent pour qualité commune : la création. Libé les rencontre pour parler de leurs derniers travaux et informer de quelques activités estivales. Zaid Ouchna est l’un des jeunes écrivains amazighs qui puise ses connaissances et ses analyses dans le domaine anthropologique. Entretien.
 
Libé : Votre livre paraîtra à la fin de cette année. Peut-on avoir une idée sur l’œuvre?

Zaid Ouchan : Le prochain livre à paraître, je l’espère fin 2011, s’intitule «Gher-is!». Il prend sa dénomination ainsi : «Lire avec!». Il est écrit en amazigh et en français. Ce travail de terrain, qui a pris en fait de longues années de prospection, est diversifié et très complexe à la fois.
J’étais convaincu au fond de moi-même, que la  culture et la vie des  populations dans  des « Igherman » (des bourgs)  au sud-est marocain, mon espace également,  cachent bien des choses  non démêlées. Pour  tirer au clair cette équation, je me suis penché sur deux axes  en parallèle.
D’une part, l’analyse minutieuse des traditions et des particularités, transmises d’une génération à l’autre et sans altération aucune. Ici, la discipline dans la pratique et la narration jouent un rôle primordial.
D’autre part, l’histoire des mouvements des populations de cette région, selon les documents des archives de l’armée française et ceux des «Zawaya» - version «fekih». Cette fois-ci, on a pu confirmer les hypothèses précédentes.
C’est donc une très  belle aventure, qui se faufile entre la littérature, le rite, la poésie, les  témoignages, l’art, l’histoire, les luttes sociales, les alliances et un ensemble de créativités.
Je sais que c’est complexe et singulier. Je me suis toujours dit qu’il est important  peut-être de chercher d’autres méthodes pour pouvoir  participer réellement  à la richesse du savoir. Le dernier mot revient, évidemment, au lecteur, mais en ce qui me concerne je n’aime ni l’uniformité ni le suivisme!

Avec sa constitutionnalisation, l’amazighité occupe-t-elle la place qu’elle mérite ?

Voilà maintenant près de trente ans que je sillonne le pays, à la recherche de la reconnaissance de mon état d’être à travers mon identité, sa place parmi les autres! J’en ai subi, j’en ai enduré et j’en ai vu de toutes les couleurs.
Maintenant, cette reconnaissance préliminaire est un fait. Je dois donc reconnaître que je reviens de loin.  J’ai délibérément utilisé le «je», pour éviter désormais tout amalgame entre les variantes amazighes et les quelques  énergumènes du Sud qui portent préjudice à l’image et à la dignité des autres.

C’est quoi exactement cette amazighité pour vous ?

Cette amazighité qu’on veut civilisation, mais aussi mode de pensée, puise ses origines loin dans le temps des brassages des cultures, des mythologies, des confessions multiples et des sagesses diverses. Un peuple porteur de tels préceptes, sûrs, acquis au prix du sang et du feu, avérés par la pratique au fil des siècles et transmis d’une génération à l’autre  devrait non seulement  en faire une fierté  mais aussi  sauvegarder ce patrimoine.
C’est   un héritage que n’importe quel peuple au monde, réputé civilisé, investirait sans compter pour fonder une société.
Ce n’est pas un péché de reconnaître que le Maroc a été spolié de ses richesses intellectuelles par des incultes. Ici, c’est bel et bien la pauvreté culturelle.

Produire et créer dans la marge a-t-il un effet sur le produit ?

Normalement, il n’y a pas de marge dans ce domaine, car c’est la qualité du produit qui prime, comme c’est le cas  un peu partout dans le monde. Mais chez nous, c’est une autre  paire de manches. Nous sommes tout le temps confronté à une espèce de machine à banaliser. Tout ce qui ne provient pas de l’axe Fès - Casa, ne mérite aucune attention. Si on ajoute à cela le fait que le produit est amazigh, alors là  aucune considération et bonjour les dégâts!  J’ai beau chercher moi-même un éditeur pour publier  mon  livre « Uddur N Umur » (Un honneur debout) de 1996 à 2006 ! Il faudrait être différent des autres pour pouvoir croire à la thèse de l’épuration culturelle et linguistique.
Mais,  grâce à notre persévérance et à notre passion, nous avons regardé  agir seul, et pendant  longtemps, le triangle d’or. Forcément, nous avons compris.

Ramadan est-il un mois de repos ou de travail pour vous ?

Quand je tiens le bout de fil de mes idées, j’oublie carrément s’il s’agit de Ramadan. Mais si je dois solliciter mes pensées et que je ne peux pas le faire vu le jeûne, là c’est une incapacité.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

J’ai récemment lu le livre de notre ami Mustapha  Kadiri : «Nationalisme du mépris de soi». De mon point de vue, le titre se passe de tout commentaire !

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Mardi 23 Août 2011

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