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Entretien avec l’écrivain et aphoriste Omar Alaoui Nasna : L’aphorisme est le contraire d’une écriture continue




Entretien avec l’écrivain et aphoriste Omar Alaoui Nasna : L’aphorisme est le contraire d’une écriture continue
Ils sont comédiens, réalisateurs, artistes peintres, romanciers, poètes et nouvellistes, toutes et tous tiennent pour qualité commune : la création. Libé les rencontre pour parler de leurs derniers travaux et informer de quelques activités estivales. L’un des meilleurs aphoristes marocains, Omar Alaoui Nasna, s’exprime ici sur le sens et la philosophie de l’aphorisme :

Libé : «Graffitis d’une enfance moderne». Votre nouveau livre parle de quoi exactement ?

Omar Alaoui Nasna : Ma récente prise de conscience d’écrire était passionnée par la vie et les vraies questions soulevées par la société (telles que l’amour, la politique, la philosophie, la patrie…, etc) ainsi que de vouloir instaurer un registre tout particulier de l’écriture qui échappe à la structure et à la technique adéquate de cette dernière. Je n’écris pas simplement pour laisser une trace à la postérité, j’écris pour que cela s’imprègne dans les esprits et pas seulement sur du papier. L’autre raison pour laquelle j’écris, c’est pour rendre hommage à l’enfant qui m’habite et qui m’accompagne; cet enfant, libre, désinvolte, doux … à travers ses yeux j’aperçois le monde maudit des adultes. Cet enfant source d’élans et de peurs, n’est pas seulement présent quand il s’exprime d’une manière évidente; il est aussi présent à chaque instant. Par ces fragments, je vois qu’il faut reconnaître l’enfant qui est en nous, accepter ses émotions et puis en faire ce qu’on veut, car refouler les émotions, c’est leur donner plus de force, plus de puissance occulte.

Vous êtes l’un des rares écrivains d’aphorisme au Maroc, à quoi est attribué votre choix ?

Comme disait Michel Cioran : « L’aphorisme ? Du feu sans flamme, on comprend que personne ne veuille s’y réchauffer». Ce qui me séduit dans l’aphorisme c’est la lucidité d’avoir des sensations à la troisième personne. On ne peut pas cultiver l’aphorisme si on ne connaît pas la peur au milieu des mots ; cette peur de  l’aphorisme c’est le contraire d’une écriture continue ; il donne du souffle à la pensée, c’est la possibilité de pouvoir répondre à une disponibilité permanente en ajoutant une phrase significative qui est « l’intégralité de l’homme» sans s’astreindre à être systématique. L’écriture aphoristique suppose la conviction d’apporter une vision des choses auparavant inaperçue ; c’est une conception non logocentrique et anti-dogmatique de la pensée et cela peut signifier aussi un élan, celui du besoin impérieux que la vie soit interrogée quant à son sens et qu’elle soit par conséquent vivable par tous les humains au-delà de leurs différences irréductibles.
J’aimerais bien ajouter que l’aventure aphoristique permet de formuler des repères en vue non de résoudre des problèmes mais de faire face dignement à la crise de sens dont souffre l’humanité.

Vos écrits, notamment «Khoubz llah», versent dans une profonde rélexion, que voulez-vous dire aux lecteurs ?

Je voudrais bien les réconcilier avec le stress existentiel qui représente un facteur stimulateur et inhibiteur de la créativité, chose inaccessible hors de la philo, la poésie et l’aphorisme.
Mais je vois que l’aphorisme est censé transmettre avec concision un savoir étendu et varié. Je voudrais aussi qu’ils comprennent le mal sans le justifier, en déceler ses apports positifs sans l’excuser, l’existence du crime, de la prostitution, du suicide, questions difficiles à affronter dans notre société. C’est vrai, nous pouvons faire preuve d’une grande tolérance vis-à-vis des maux ne nous touchant pas et nous pouvons être surchargés d’intolérance envers des injustices de proximité. (l’extrême compassion).

Lira-t-on un jour un roman ou un recueil de nouvelles, sachant que votre souffle littéraire le permet grandement ?

Je suis sur le chantier du roman, je travaille sur le projet d’un texte romantique intitulé «Al Koubh al Aktar Jamalan»  (La laideur la plus esthétique) mais j’essayerai de mener une réflexion sur les fonctions cognitives de l’imagination pour pouvoir reconstruire un schéma littéraire qui tend à abolir les frontières génériques contemporaines, car je sais bien qu’il y a différents modes de narration permettant au lecteur de prendre connaissance de l’histoire racontée.

Quel livre vous accompagne-t-il actuellement ?

Actuellement, je viens d’achever mon tour sur Milan Kundera « Simiya’yait al ahwa’ » (Sémiotique des passions) traduit par Said Ben Krad, ce qui m’a poussé à publier quelques articles en réserve depuis l’année dernière ayant un trait commun, à savoir le sens de la sémiologie en cuisine marocaine.

Quel est le dernier film que vous avez vu ?

Le film « 1984 » réalisé par Michael Radford d’après le roman « 1984 » de George Orwell: Un film où la vie des habitants est constamment épiée par «Big brother», personnage omnipotent observant les moindres détails de leur intimité par l’entremise d’écrans de contrôle vidéo qui ne peuvent être éteints. Il est bon de se rappeler que tout sujet se définit par sa relation au temps et à l’espace d’existence où il se reconnaît seul à seul dans la réalité de son incarnation singulière. Je préfère conserver le sens latin primitif du mot «intime» : le plus intérieur qui se réfère à la « mêmeté ». 

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Lundi 8 Août 2011

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1.Posté par Abdelghani Sidi Hida le 09/08/2011 01:28 (depuis mobile)
Bravo Omar le penseur et grand cœur .
On attend votre prochain livre "القبح الأكثر جمالا" .

2.Posté par omar alaoui nasna le 11/08/2011 12:50
شكرا أيها العزيز عبد الغني امتناني العميق لك

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