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Entretien avec l’écrivain Said Karimi : « Artaud n’a jamais été compris dans le monde arabe »




Entretien avec l’écrivain Said Karimi :  « Artaud n’a jamais été compris dans le monde arabe »
Ils sont comédiens, réalisateurs, artistes peintres, romanciers, poètes et nouvellistes, toutes et tous tiennent pour qualité commune : la création. Libé les rencontre pour parler de leurs derniers travaux et informer de quelques activités estivales. Said Karimi revient sur sa relation avec Antonin Artaud et sa vision des festivals culturels. Entretien.
 
Libé : Où en êtes-vous dans votre relation avec Antonin  Artaud ?

 Said Karimi :Après une thèse de doctorat portant sur le théâtre d’Antonin Artaud, la relation n’a jamais été interrompue avec cet univers théâtral et philosophique. Car j’ai entamé tout de suite, un programme de traduction avec d’abord «Le message révolutionnaire » en 2003, puis « Seuil du théâtre de la cruauté » en 2006. J’avais aussi publié régulièrement des articles de fond sur la pensée, la vision et la philosophie d’Artaud. Enfin en 2011, j’ai traduit son chef-d’œuvre « Van Gogh » et sa célèbre pièce de théâtre « Les Cenci ».

Que représente Artaud pour vous?

Artaud est un visionnaire avant tout. Il était un artiste, critique, philosophe, peintre … d’ailleurs beaucoup de slogans scandés en mai 68 étaient puisés dans ses manuscrits. Un intellectuel avant-gardiste par excellence.

Vous êtes un passionné des portraits. Pourquoi un tel choix?

 Les portraits sont un genre littéraire à part. Comme dans la peinture, il met l’accent sur une certaine profondeur humaine. Cette fois, c’est avec la langue et non par les couleurs. Pour ma part, j’ai opté pour les portraits des marginaux. Je pense qu’il faut cesser de représenter et de « griller » les figures publiques. On doit désormais mettre la lumière sur d’autres figures d’un quotidien qui reflète ce Maroc profond. Il ne s’agit pas de description, mais bel et bien un arrêt méticuleux sur les traits d’un train train quotidien, une vie, une culture et des passages significatifs.

Est-il possible de faire parler Artaud en arabe ?

En toute modestie, et sans exagération aucune, mon travail reste unique dans le monde arabe, si l’on excepte le travail de la traductrice égyptienne, la défunte Samia Asaad, qui a traduit «Le théâtre et son double ». Il faut souligner que dans le monde arabe, il n’y a pas eu de véritable travail sur Artaud. Même si plusieurs écoles prétendent s’affilier à la tendance d’Artaud, mais à mon sens, elles n’ont pas lu l’œuvre complète d’Artaud, à l’exception du «Théâtre et son double ». Elles n’ont pas compris sa pensée à travers ses 42 œuvres.

Et au Maroc?

Deux expériences ont approché plus ou moins la pensée et le théâtre de la cruauté d‘Artaud. On parle ici de Mohamed Meskin et Mohamed Taymd. Pour ne pas léser les générations actuelles, on doit signaler quelques expériences réalisées par des étudiants  de l’ISADAC et des troupes universitaires. L’on doit ajouter qu’Artaud n’est pas seulement incompris au Maroc ou dans le monde, mais aussi dans son propre pays. Il s’agit, en effet, d’une expérience théâtrale théorique. Seul le théâtre pauvre de Grotowski et le Living Theater aux Etats-Unis ont pu puiser efficacement et pertinemment dans cette source intarissable d’Artaud.

Vous êtes aussi le directeur du Festival à Errachidia. Que pensez-vous de ce genre de manifestations ?

Personnellement, j’estime que les festivals sont un fait culturel positif, étant donné l’impact de ce genre de manifestations sur la vie communautaire. Cependant, l’on remarque que certains dévient ces festivals de leurs objectifs et en font des rassemblements sans âme ni esprit. Si dans chaque région on arrive à mettre en place une tradition qui porte sur ses créneaux culturels, on aura réussi le pari de l’enrichissement et du développement de la culture populaire. Il faut ainsi veiller à ce qu’il y ait un mariage positif et fructueux entre culture et arts, et ne pas banaliser et folkloriser notre patrimoine au point d’en faire un produit sans âme. Il est du devoir de la société civile et des autorités de contrôler la gestion financière de ces manifestations afin de réguler les dysfonctionnements et de redresser le cap. Les valeurs de bonne gouvernance et de transparence sont désormais indispensables.

Quel est le dernier livre que vous avez lu ?

Ils sont deux, en langue française. Le premier est intitulé « Le Mauresque » de Hassan Aourid et évoque la vie des Mauresques et ce qu’ils ont enduré lors de la période historique sus le règne d’Elisabeth la catholique. La souffrance de musulmans veillant à cacher leur confession de peur d’être persécutés par l’église. Le second est un roman de Moha Souag intitulé « Barrage de sucre » dont l’histoire remonte à la date de l’aménagement du barrage Hassan Dakhil, à côté d’Errachidia. Ce barrage comme d’autres, a été bâti grâce à un dirham de plus imposé aux Marocains à l’époque du défunt Hassan II.

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Lundi 29 Août 2011

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