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Entretien avec Tarek Khider, fils du leader algérien assassiné :“Le Maroc était une seconde patrie pour Mohamed Khider”




Entretien avec Tarek Khider, fils du leader algérien assassiné :“Le Maroc était une seconde patrie pour Mohamed Khider”
Figure emblématique de la Révolution algérienne, Mohamed Khider a été assassiné en Espagne le 03 janvier 1967. Les services de renseignements algériens de l’époque ont été mis à l’index, mais l’affaire n’a jamais été
élucidée et son  assassin ainsi que le commanditaire  n’ont pas été identifiés. Le crime a été enregistré au nom de X. Et depuis, la famille Khider n’a cessé de réclamer de mettre toute la lumière sur cet assassinat. Mohamed Khider était considéré comme l’un des artisans de la Révolution algérienne.
Ils étaient neuf personnalités à lutter et préparer la Révolution pour l’indépendance de l’Algérie. Khider était aussi un fervent défenseur de l’unité arabe et de la construction du Grand Maghreb arabe. Son fils Tarek Khider nous livre dans cette interview
 plusieurs précisions sur le
militantisme de son père, la
révolution, les luttes intestines qui ont secoué le régime après l’indépendance de l’Algérie et sur les fonds de financements.
Entretien.


Libé : Pouvez-vous nous parler du parcours du militant Mohamed Khider qui fut votre père ?

Tarek Khider : Il est difficile de cerner la personnalité d’un grand militant et l’un des piliers de la Révolution algérienne en quelques mots. Mais ce qui est certain, c’est que nous sommes devant un homme exceptionnel dans sa simplicité, son dévouement et sa fidélité à la nation algérienne. Mohamed Khider a été sensibilisé à la cause algérienne dès son jeune âge et son esprit a été marqué et influencé par le militantisme et la lutte menée contre le colonisateur par l’Emir Abdelkader. Donc cerner la personnalité du défunt, c’est retracer l’histoire de l’Algérie. Au début, il se rapprochera des mouvements nationalistes comme l’Etoile nord-africaine et du Parti communiste français. Plus tard, il adhérera au Parti du peuple algérien et prendra contact avec des figures emblématiques de la Révolution tel Messali Hadj avec lequel il sera emprisonné par les autorités françaises. Mais Mohamed Khider continuera après sa libération à avoir des relations avec plusieurs autres mouvements révolutionnaires en Algérie, en France et dans les pays arabes. Ce qui lui a valu de devenir député à l’Assemblée française au sein de laquelle il a lutté pour appuyer les revendications de justice en faveur de  la population algérienne, notamment pour protester contre l’inclusion de l’Algérie dans le pacte Atlantique. Profitant de son immunité parlementaire, il apportera son aide à plusieurs mouvements et partis légaux et secrets en Algérie et en France. Grand diplomate, il se rend dans plusieurs pays arabes pour obtenir un soutien financier et un approvisionnement en armes. Il se rend à La Mecque en 1954. Mêlé aux pèlerins algériens, il recrute des cadres pour la future armée nationale. Dans sa rubrique du journal l’Echo de Jibal « Mohamed Khider : vie et mort d’un historique », le journaliste Mohamed Fouad Toumi le décrit ainsi : «…Les tempes grises, une grande présence malgré sa petite taille, le regard volontaire, vêtu d’une superbe jellaba, il inspire confiance. Afin de parvenir à ses fins, il modifie quelque peu son langage, légèrement teinté de marxisme. Là, aux Lieux Saints, il se sert plutôt de certains versets du Coran. Il retrouve au Caire 20 volontaires algériens qui combattent aux côtés des Egyptiens contre les Anglais sur le canal de Suez. L’occasion est trop belle pour Khider. Il ne la laisse pas passer. Les 200 hommes entrent bientôt dans le maquis algérien avec armes et bagages. Sur sa lancée, Khider se rend en Irak où il obtient des autorités l’aval d’ouvrir les  portes de leurs académies militaires aux Algériens. Il obtient la même chose des Libyens.

Quel était le soutien du Maroc pour la Révolution à l’époque ?

Il est certain que le Maroc a été d’un grand soutien à la Révolution en général et  à mon père en particulier. Le Roi Mohammed V et le peuple marocain ont toujours prodigué aide logistique, politique et diplomatique à la Révolution algérienne. C’est la réunion du GPRA à Mohammedia au Maroc qui allait montrer les dissensions qui existaient au sein du FLN : Les militaires contre les politiques du GPRA. Un contact est établi avec les 5 par les militaires (clan d’Oujda). Boumediene envoie comme émissaire Bouteflika pour obtenir l’appui d’un leader historique pour accéder au pouvoir. Leur choix se porte au départ sur Boudiaf qui refuse d’aller dans le sens des militaires. Le choix se porte alors sur Ben Bella qui s’empresse d’accepter. D’autant qu’il a également d’autres appuis, notamment celui des Egyptiens et même des Français. Mohamed Khider avait une confiance absolue en Ben Bella. De plus, pour Mohamed Khider, les forces en présence étaient en faveur des militaires.  Pour éviter une guerre civile sanglante, Khider opte pour une union avec les militaires pensant qu’elle serait provisoire, le temps d’asseoir l’autorité du gouvernement et d’assurer la stabilité du pays. L’armée rentrerait alors dans ses casernes. Ce qui ne fut pas le cas jusqu’à nos jours. D’ailleurs, le corps de Mohamed Khider sera enterré à Casablanca au cimetière des Martyrs au côté du nationaliste Zerktouni. Le Palais Royal sur instruction de Feu Hassan II prend en charge les funérailles. Mohamed Khider reçoit les honneurs. Il est enterré en présence d’un parterre d’hommes politiques marocains, d’amis, de la famille et d’opposants politiques algériens qui lui rendent hommage, notamment son compagnon de lutte et beau-frère Houcine Ait Ahmed. Sa disparition ressemble à celles de Ben Barka et Salah Ben Youssef.  Le Maroc était une seconde patrie pour Mohamed Khider.
Après la mort du leader algérien, l’affaire des fonds  va alors être utilisée par le régime pour justifier son assassinat. Une thèse crapuleuse par laquelle Khider aurait été tué par des comparses pour une affaire d’argent est diffusée dans les médias. Pour discréditer Mohamed Khider, on utilisera l’affaire des fonds du FLN. Le gouvernement algérien va s’évertuer à demander par la voie du tribunal la restitution de ses fonds.

Justement cette affaire des fonds du FLN a fait couler beaucoup d’encre. Pouvez-vous nous éclairer là-dessus ?

En 1970, pour couper court à toutes les accusations portées par le gouvernement algérien contre la famille à propos de ces fonds, la veuve Khider va en 1970 rencontrer le président Boumediene. Elle lui présentera tous les documents prouvant l’affectation de ces fonds à des buts politiques. Mieux encore, Mohamed Khider laissa en héritage son fonds à des buts politiques. Il laissa également en héritage à son pays un établissement bancaire en Suisse. Les héritiers Khider étaient  disposés à céder leurs droits.
Malgré la bonne volonté de Mme Khider, on lui retire son passeport. Le régime en place persiste à attaquer juridiquement la famille pour obtenir du tribunal la restitution des fonds. Sans résultat, puisque l’Etat algérien se voit débouté en 1974 par le tribunal fédéral helvétique considérant la famille Khider comme les seuls ayants droit légaux.
Ce n’est qu’à la mort de Houari Boumediene et donc à l’accession au pouvoir de Chadli  Benjedid que le gouvernement accepte de s’asseoir avec la famille pour signer un accord en avril 1979. Les actions de la BCA sont transférées au profit de l’Algérie qui devient ainsi propriétaire d’une banque en Suisse, installée actuellement à Zurich et qui se nomme Algerishe Aussenhandels. Dieu seul sait ce que sont devenus aujourd’hui ces fonds. D’après certaines personnes, cette banque servirait à gérer les fonds destinés à la sécurité militaire. A travers l’affaire des fonds, on a voulu salir la mémoire du défunt, et ce en dépit des évidences, des explications et des comptes rendus de la famille. Pour nous, cette affaire est bel et bien terminée et à son honneur. Sa réhabilitation aux yeux du peuple algérien est effective.
La famille vit encore quelques années en Suisse jusqu’en 1975, date à laquelle elle s’installe au Maroc à Rabat. Totalement démunie, elle fut accueillie par le Dr. Abdelkrim Khatib, que Dieu ait son âme. Je tiens à honorer cet homme qui a été à la hauteur de l’estime qu’il portait à mon père. Avec la superbe qui le caractérisait, il nous a pris en charge durant plusieurs mois, le temps d’obtenir une aide du Palais Royal.

Entretien avec Tarek Khider, fils du leader algérien assassiné :“Le Maroc était une seconde patrie pour Mohamed Khider”

Kamal Mountassir
Mercredi 30 Janvier 2013

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1.Posté par خالد بن حمزة le 30/12/2015 10:28
allah yerrahmou d ailleurs beb bella avait dit je me souviens dans un discours khidder est un frere apres sa sortie d algerie et memr apres sa sortie de prison a el djazira il a dit que khiderest un militant honnete pour l anecdote j etais dans un café de belcourt appartennant un un nationaliste connu du nom de haddanou dit ahmed kabba c est lui qui a aidé ait ahmed et benbella a sortir de l algerieb apres l affaire de l os il y avait les 22 en photo et4personnes dans un autre mur khidder belouizdada mohamed ait ahmed et benbella je dis a si ahmed les trois sont les chefs de l os que vient faire khidder il retorqua mon enfant khidder etait un homme de l ombre il etait tres important a l os allah yerahmou dieu seul reconnait les siens

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