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Entretien avec Mohammed El Ghali : “Il ne s'agit pas de garantir les droits, mais de les rendre accessibles”
Mohammed El Ghali est
professeur des sciences politiques à l'Université Cadi Ayyad à Marrakech et expert en politiques publiques auprès de plusieurs organismes nationaux et internationaux. Nous l'avons rencontré dans le cadre d'un programme de formation organisé autour de la démarche territoriale au profit des acteurs locaux à Safi et Youssoufiya à l'initiative de la direction générale des collectivités locales en partenariat avec l'Initiative nationale pour le développement humain et l'Agence de développement social. Entretien. Libé : Comment peut-on définir un territoire ? El Ghali : La définition d'un territoire doit prendre en considération trois éléments fondamentaux : Le domaine territorial, l'élément humain et le système des valeurs. A cet effet, le rapport de régionalisation avancée s'est axé sur la répartition des régions du Royaume sur les critères d'harmonie, d'efficience et de compatibilité. Des critères qui posent quand même problème sur le terrain pour des considérations humaines et géographiques. Le territoire c'est l'air et la mer aussi. De ce fait, les acteurs locaux sont appelés à une définition globale du territoire prenant en considération l'importance des dualités histoire/avenir, environnement interne / environnement externe. Lors de votre intervention, vous avez évoqué le concept de discrimination positive en rapport avec le territoire régional. Comment pouvez-vous expliquer cette approche? La discrimination positive au niveau territorial intervient comme mécanisme conjoncturel à même de lutter contre les disparités qui séparent les différentes régions du Royaume. De ce fait, on ne peut pas parler de répartition régionale en l'absence d'équité et d'équilibre. La nouvelle Constitution prévoit dans ce cadre la création d'un fonds transitoire pour la mise à niveau sociale de certaines régions, parmi lesquelles on peut citer celle de Ouarzazate-Errachidia. Comment peut-on concrétiser l'approche des droits de l'Homme dans les décisions locales ? La démarche territoriale qui se base sur l'approche genre et participative, entre autres, porte en elle-même l'essentiel de l'approche des droits de l'Homme. Les décideurs locaux doivent s'imprégner de l'esprit et du contenu très avancé de la nouvelle Constitution à ce sujet. Mais il faut noter quand même qu'on est à la troisième génération des Constitutions au Maroc, de ce fait, il ne s'agit plus de déclarer et garantir les droits, mais surtout de les rendre accessibles pour les citoyens par des outils et mécanismes efficients et concrets. Les rapports des conseils régionaux des comptes évoquent toujours des problèmes de légalité et de rentabilité en rapport avec la gestion des communes. Comment peut-on résoudre cette équation qui semble poser problème aux édiles marocains ? D'abord, on ne pourra pas parler de légalité sans évoquer la question de la légitimité dont les sources viennent de connaître un vrai bouleversement suite au changement que connaît le système des valeurs. Aujourd'hui, la légitimité ne peut provenir que des réalisations et de la compétence de l'autorité. De ce fait, les acteurs locaux sont appelés à assurer des services de qualité aux citoyens dont les aspirations et les attentes sont énormes. Tout en se référant aux lois en vigueur, la Constitution surtout, dans les différentes décisions qui doivent être justifiables et défendables. A cet effet, on peut évoquer ce besoin de formation ressenti par les élus qui sont ignorants des lois en parallèle à une prise de conscience politique et juridique des citoyens. Lundi 20 Février 2012
Propos recueillis par Abdelali Khallad
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