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Entretien avec Mohamed Sassi, directeur de l’évaluation, de l’organisation de la vie scolaire et des formations communes entre les académies

“Le baccalauréat est aujourd’hui une condition à l’évolution académique et professionnelle de tout candidat”




Entretien avec Mohamed Sassi, directeur  de l’évaluation, de l’organisation de la vie scolaire et des formations communes entre les académies
Libé : A la veille des examens du baccalauréat, pouvez-vous nous présenter les statistiques de cette année ?

M. Sassi : A la date d’aujourd’hui, nous disposons de données globales en cours de précision sur les candidatures aux examens du baccalauréat de la session 2013, car, comme vous le savez, les candidatures à cet examen certificatif national sont gérées par les Académies régionales. Mais ce que je peux vous dire à ce sujet, c’est que la tendance est à la hausse et de manière plus significative que les années précédentes. Ceci est la résultante de deux facteurs majeurs : le premier est relatif à la politique de généralisation de la scolarisation menée par le ministère depuis des années et dont nous commençons maintenant à engranger les fruits des efforts déployés. Le second est l’action volontariste du département de l’Education nationale en matière de maintien du plus grand nombre d’élèves sur les bancs de l’école jusqu’à obtention du baccalauréat.
Ainsi, il est prévu que le nombre de candidats et candidates  qui était en 2012 de l’ordre de 448.000, atteindra ou dépassera cette année la barre symbolique d’un demi-million (500.000). Lors de cette session, comme la précédente d’ailleurs, la même tendance haussière sera enregistrée dans les rangs des candidats libres, marquant une augmentation près de 50%. L’engouement d’une frange importante de notre jeunesse pour l’obtention de ce diplôme s’explique, si besoin est,  par le fait que le baccalauréat est aujourd’hui une condition à l’évolution académique et/ou professionnelle de tout candidat, en plus de la crédibilité que revêt ce diplôme au niveau national et international.  Il reste à souligner que l’augmentation des effectifs des candidats aura fort probablement des répercussions positives sur le rendement de l’examen, et partant sur le rendement du système éducatif dans sa globalité.
Toutefois, ces chiffres ne doivent pas nous faire perdre de vue le défi qu’ils nous lancent en termes d’organisation et de gestion d’un nombre de candidatures sans précédent dans les annales du baccalauréat. Le rendez-vous national de cette année nécessitera donc le déploiement de plus de ressources humaines, internes et externes au ministère pour assurer, comme chaque année, un bon déroulement des examens qui obéisse aux standards de qualité et aux procédures mises en place par le CNEE afin de garantir à toutes et à tous les mêmes conditions d’égalité des chances  et assurer la fiabilité reconnue de nos résultats au baccalauréat.

La triche reste un phénomène présent lors des examens du baccalauréat. Qu’avez-vous préconisé pour mieux combattre le fléau ?

Je tiens tout d’abord à souligner que la triche constitue une transgression des normes et règles qui régissent les examens, et un manquement au contrat moral unissant l’élève d’un côté, ses camarades  et ses enseignants de l’autre. La triche est aussi, et surtout, un comportement incompatible avec les valeurs éducatives et morales que l’école a pour mission d’ancrer dans l’esprit des apprenants en termes de connaissance mais aussi d’attitude et de comportement au sein de la société.
Cependant, quand on parle de la triche aux examens, je crois qu’on doit relativiser nos propos. Je voudrais à cet égard apporter les précisions suivantes pour dire que la triche aux examens en général et au baccalauréat en particulier n’est ni un phénomène ni une endémie. Chiffres à l’appui, nous pouvons affirmer que les cas qui se révèlent ici et là lors de ce rendez-vous certificatif national restent quand même isolés grâce à l’immunité de notre système de gestion des examens. Comme vous le savez, depuis quelques années, la gestion des examens obéit à des procédures claires, transparentes qui définissent les rôles de toutes les parties intervenant dans ce processus depuis la préparation des épreuves et la passation des examens jusqu’à la  correction et la proclamation des résultats définitifs.
Notre principe est d’être toutes et tous les garants de l’égalité des chances entre tous les candidats, de Tanger à Lagouira et ceci est valable aussi bien pour le baccalauréat que pour l’ensemble des examens certificatifs. Il faut également souligner que le choix irréversible d’améliorer qualitativement les aspects organisationnels des examens a été accompagné par un renforcement du dispositif réglementaire et juridique, notamment par la publication au Bulletin officiel de l’arrêté du ministre de l’Education nationale en 2012 dans lequel il est clairement souligné que tout candidat en possession d’un téléphone portable, d’un ordinateur portable ou d’une tablette électronique ou tout autre moyen de communication dans l’enceinte du centre d’examen ou à l’intérieur des salles d’examen est passible des sanctions prévues par le Dahir n° 1.58.060 en date du 25 juin 1958 portant sur  la fraude et la tromperie dans les concours publics. Mieux encore, un projet de loi spécifique à la répression de la fraude aux  examens scolaires a été préparé par le ministère de l’Education nationale et introduit dans le circuit de l’approbation et sera soumis au vote du Parlement.

Vous avez annoncé l’année dernière l’amélioration du système des examens. Vous aviez parlé d’une étude diagnostique à ce sujet. Où en êtes-vous ? Quelles sont les nouveautés?

Je voudrais peut-être d’emblée revenir sur quelque chose qu’il faut se rappeler en permanence, c’est que tout processus d’amélioration introduit dans n’importe quel système doit s’inscrire à la fois dans une vision globale et dans la durée. Dans le cas qui est le nôtre, à savoir la révision du système des examens du baccalauréat, il n’est pas besoin  de rappeler que l’onde de choc d’une telle révision dépasse les aspects purement pédagogiques pour toucher  les sphères politique, sociale et économique. Une décision d’une telle envergure, si elle doit être prise, ne signifie nullement une refonte globale et une remise en question des fondamentaux d’un examen aussi crucial que le baccalauréat et dont le processus de mise en place vient d’arriver à maturation.
Dans cet esprit, il faut reconnaître que nous avons accompli de grands progrès dans la mise en place du système du baccalauréat dans sa physionomie actuelle et que son évaluation doit être elle-même considérée comme une hypothèse de travail qui subit la logique de l’essai et de l’expérimentation pour l’améliorer  d’abord sinon le revoir dans son ensemble. Cependant, toute décision en perspective devra prendre en considération deux faits majeurs : le premier, c’est la nette amélioration du rendement interne du système puisque la courbe des admis au baccalauréat a enregistré une tendance positive depuis quelques années. Le second, nous sommes convaincus à la date d’aujourd’hui et à la lumière des données dont nous disposons, que le système des examens pris dans son ensemble ne pose pas de grands problèmes, parce que le baccalauréat marocain a cette spécificité qui en fait un système  particulier fondé sur le principe de la diversification des sources de données relatives à la certification des apprentissages à travers le contrôle continu et les examens normalisés aussi bien nationaux que régionaux.
Toutefois, on ne peut occulter qu’il reste des points qui nécessitent d’être reconsidérés. Il s’agit par exemple du contrôle continu, des modalités de sa mise en œuvre, sa fiabilité, le degré de respect de l’égalité des chances qu’il peut nous garantir ou non, sachant que les fondements pédagogiques qui ont présidé à la mise en place de ce contrôle ne sont pas à démontrer puisqu’il permet durant toute une année d’évaluer les compétences de l’élève à différents moments de sa performance et conditionne sa réussite à hauteur de 25%. Il y a  aussi l’examen régional qui constitue une épreuve anticipée pour alléger la pression sur les candidats en les évaluant dans les matières autres que celles de leur spécialité, et ce dès la première année du baccalauréat. Mais, si au début de l’adoption de cette nouvelle modalité d’examen, beaucoup de candidats se désintéressaient des matières dans lesquelles ils sont évalués, ce qui plombait leurs résultats définitifs  aujourd’hui nous pouvons affirmer que l’impact négatif de cet examen a été atténué au cours des années et une nette amélioration de la performance des candidats à cet examen a été sensiblement observée lors des deux dernières années.
Si nous sommes conscients de cet état de fait, nous sommes également convaincus que prendre des mesures de remédiation ne peut se faire sans l’amélioration des curricula, des programmes scolaires et de l’architecture pédagogique de l’enseignement secondaire dans son ensemble…etc.
Par conséquent, une révision ne se fera que dans le cadre d’une approche globale, qui réunirait autour d’une table l’ensemble des composantes pédagogiques du système éducatif pour garantir une révision qui réponde aux nouveaux défis de l’école marocaine.

Concernant les filières, l’élève marocain est-il condamné à faire le choix entre seulement quatre branches (lettres, sciences, techniques, économie) ? Envisagez-vous la création de nouvelles branches ?

Je comprends la portée de votre question, mais vous n’êtes pas sans savoir que ce n’est pas dans les prérogatives du Centre national de l’évaluation et des examens  de réviser l’architecture pédagogique de notre enseignement.
Tout ce que je peux vous dire, c’est que la mise en place d’une architecture pédagogique donnée reste tributaire de plusieurs paramètres relatifs aux opportunités offertes par l’enseignement supérieur, les débouchés professionnels, entre autres. Autrement dit, le lycée offre des formations de type général mais aussi technique, et l’éventail se réduit au fur et à mesure que les choix vocationnels de l’élève se précisent et tendent vers plus de spécialisation à chaque niveau des paliers de formation qui s’offrent à lui et la poursuite le plus loin possible de son parcours académique dépendra dès lors de ses propres capacités intellectuelles.
Vous allez me demander quelle opportunité offre notre système à des élèves qui n’ont pas fait ce choix des études académiques pour une raison ou une autre.
A ce sujet, je pense qu’il est temps qu’une réflexion sereine et collective soit engagée autour d’un diplôme national professionnalisant qu’on peut appeler baccalauréat Pro ou autre mais dont la finalité majeure serait d’apporter une réponse, une solution à ces jeunes qui ne souhaitent pas faire de longues études et qui veulent apprendre un métier et être rapidement opérationnels sur le marché du travail.
Ce type de diplôme qui nous garantirait la formation  d’agents techniques et des employés hautement qualifiés aura l’avantage d’offrir à des élèves qui sont plutôt orientés vers des métiers et des  emplois d’accéder rapidement au marché du travail tout en ayant un diplôme national reconnu et de pouvoir par la suite avoir l’opportunité de décrocher un diplôme d’un niveau supérieur s’ils le souhaitaient. Un baccalauréat professionnel marocain peut offrir également une multitude de spécialisations clés pour les chantiers structurants de la nation (Plan Maroc Vert, Emergence, Plan Azur du tourisme…).
Ainsi, l’école marocaine à travers l’instauration d’un tel type de certification, pourrait apporter sa valeur ajoutée économique et sociale tant souhaitée, en favorisant l’insertion d’une jeunesse qualifiée dans le tissu économique du pays.

Propos recueillis par Kamal Mountassir
Vendredi 24 Mai 2013

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