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Entretien avec Miguel Mesquita Da Cunha, ex-conseiller des affaires religieuses à la Commission européenne:

“Toutes les cultures sont menacées par la tentation de la fermeture et de l’aveuglement”




Entretien avec Miguel Mesquita Da Cunha, ex-conseiller des affaires religieuses à  la Commission européenne:
De nombreux dignitaires spirituels, chercheurs et historiens du Maroc et du monde ont pris possession de Jbel Al Alam (province de Larache) afin d’assister au Moussem Moulay Abd as Salam Ibn Mashish, fondateur de la Tariqa Shadhiliya et père spirituel de
plusieurs courants soufis de par le monde, et ce pour un échange d'idées et de débats autour de la culture de la paix et de la coexistence. Il s’agit d’une tradition annuelle ponctuée par la présence effective d’une grande délégation des provinces du Sud constituée principalement des Chorfas Rguibates, Laaroussiyines et Ahl Sheikh maa Oulainines. Parmi les invités de ce forum soufi qui mise sur le dialogue interactif entre les communautés spirituelles pour mieux "se connaître" et agir ensemble figurent notamment Rabbi Shmnclk (Rabin à Los Angeles), Carla Stang (anthropologue), Mannela Vieches (Espagne), Pastor Victor Styrsky (coordinateur des évangélistes en Californie) et Miguel Mesquita Da Cunha, ex-conseiller des affaires religieuses à la Commission européenne,
qui nous a accordé cet entretien.

Libé : En tant qu’ex-conseiller des Affaires religieuses à la Commission européenne, comment approchez-vous le dialogue interreligieux ?

Miguel Mesquita Da Cunha: Ce dialogue est absolument crucial. Nous sommes six milliards d’habitants sur une petite planète extraordinairement interdépendants. Nos cultures religieuses sont une partie très importante de la manière dont nous agissons et donc sans ce dialogue entre êtres humains nous ne pouvons pas être dans la coopération. Sans coopération nous ne survivrons pas. Donc, je dirais que le dialogue interreligieux et l’échange des cultures sont absolument indispensables à l’humanité d’aujourd’hui. L’Islam a un rôle crucial dans cet ensemble parce qu’il est une religion tellement importante à la fois numériquement et culturellement. Je ne peux pas imaginer une vie collective de l’humanité sans rôle primordial joué par les musulmans, qu’ils soient arabes ou non arabes.

Quelle est la symbolique de votre présence effective parmi les dignitaires spirituels de la voie mystique de l’école Mashishiya Shadhiliya ?

Je viens, ici, essentiellement pour apprendre mais également pour entendre et découvrir une tradition religieuse qui n’est pas sans doute la mienne, mais qui est probablement beaucoup plus proche de la mienne que je l’imagine. Je crois à une chose très forte, même si les apparences sont très différentes et les noms que nous utilisons sont très différents, la réalité de rapport de l’être humain à son créateur est beaucoup plus proche que nous imaginons. Je crois que plus que d’autres traditions, la tradition soufie est proche de cet essentiel et parce que cet essentiel est le commun à toute l’humanité.

Que pensez-vous de la diplomatie religieuse voire mystique ?

La religion est plus importante que la diplomatie de très loin. Si la diplomatie ne tient pas compte de la religion, elle se trompe. Une diplomatie qui ne tient pas compte de fait religieux est une diplomatie qui a très peu de chance d’aboutir à la paix et à la concertation. On peut considérer que la religion est un facteur de complication différente et supplémentaire, mais je trouve que c’est un facteur d’enrichissement supplémentaire. Il ne faut pas ignorer les convictions religieuses de nos interlocuteurs.

Comment appréciez-vous les assises spirituelles de l’école Mashishiya Shadhiliya ?

Ecoutez, je suis seulement en train d’apprendre. Donc, je ne peux pas apporter un jugement sur quelque chose que je connais encore mal. Mais, le très peu que je connaisse me donne l’impression que c’est une voie proche de l’intériorité. Or, l’intériorité c’est justement ce qui nous rassemble. Nous sommes différents par la langue d’origine et le pays d’appartenance, mais l’intériorité nous la vivons ensemble. Cette voie permet de relever et de souligner les valeurs communes qui oeuvrent pour la paix.

Un mot sur la mondialisation noble et humanisée ?

Je crois que l’être humain qui n’a pas de spiritualité est un animal. Nous avons une profondeur spirituelle que même si beaucoup de cultures ne les reconnaissent pas, mais elle est là. En s’ouvrant sur cette relation vraie à Dieu, on n’est plus loin de dogmatisme, de fanatisme et d’aveuglement. Toutes les cultures sont toujours menacées par la tentation de la fermeture, de l’aveuglement et de l’exclusivisme. Je ne crois pas que je suis meilleur que les autres. Plus nous sommes dans l’intériorité, moins nous sommes dans l’exclusivisme. Je dirais même qu’il y a une relation inverse entre la vérité de la vie intérieure et le risque de l’exclusivisme et de fanatisme. Les fanatiques n’ont pas une vie intérieure, ils sont fermés. Les vrais spirituels, qui ont une vie intérieure, sont ouverts et parce qu’ils sont ouverts ils ne sont pas fanatiques.

Quel regard apportez-vous sur le rapport maroco-européen?

Nous sommes extrêmement proches géographiquement et historiquement, la preuve : la présence importante des communautés d’origine marocaine dans nos pays. Donc, je dirais par rapport à cette proximité géoculturelle et humaine, que le Maroc est un des pays africains et sans doute un des pays arabes les plus proches de l’Europe, ce qui donne à nos relations bilatérales une importance singulière. Si l’Europe souhaite conduire un véritable échange avec les pays arabes, le fait d’écouter le Maroc est une bonne idée. Le Maroc a cette caractéristique d’être extrêmement accueillant. Il s’agit d’un accueil humain et intellectuel. Je crois que nos relations bilatérales sont riches. Pour l’instant, le dialogue interreligieux n’est pas à la hauteur de l’enjeu. L’enjeu est tout simplement le pouvoir de vivre ensemble dans une petite planète menacée par la guerre, la pollution, le changement climatique et l’exclusion. Parce qu’il y a ce fait, le dialogue interculturel n’est pas encore mené avec l’intensité et la tension que ces menaces exigeraient. Nous sommes dans un petit bateau et il vaut mieux que les différents rameurs se parlent. Le dialogue religieux est notre rapport soleil. Nous regardons tous le soleil avec des yeux différents, mais toujours le même soleil. En regardant le soleil, nous pouvons bien nous orienter et prendre la même direction chacun a sa rame et a son rythme. Je crois que la presse joue un rôle extrêmement important, non seulement dans le maintien de la liberté, mais dans l’établissement de la concorde. La presse éduque et va au-delà de l’information.

Propos recueillis par ABDELLAH CHEIKH
Mardi 14 Juillet 2009

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