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Entretien avec Malika Laasri Lahlou, directrice générale par intérim de l’Agence du partenariat pour le progrès

“Le Compact MCA Maroc cible plusieurs secteurs connus par la présence d’une population pauvre et vulnérable et un potentiel de croissance important”




Entretien avec Malika Laasri Lahlou, directrice générale par intérim de l’Agence du partenariat pour le progrès
Après six ans de mise
en œuvre du Programme MCA-Maroc, l’heure est au bilan. A l’approche
de l’achèvement
de ce programme,
le président-directeur général de l’institution américaine Millennium Challenge Corporation (MCC), Daniel
Yohannes, a effectué
une visite officielle
au Maroc, du 24 au 27 juin, pour s’enquérir
de l’état des lieux des réalisations entrant dans ce cadre.
En marge de cet
évènement, Malika Laasri Lahlou, directrice générale par intérim de l’Agence du partenariat pour le progrès (APP),
a accordé un entretien
à Libé.





Libé : Le programme du MCC est axé sur un développement humain durable. Cette ligne de conduite a-t-elle été respectée lors de l'exécution des différents projets ?

Malika Laasri : Le développement est au cœur de tous les projets du Compact MCA Maroc, et ce à plusieurs niveaux: les projets s’adressent à des populations pauvres grâce à des mécanismes de ciblage efficaces et visent à améliorer leur niveau de vie; des mécanismes de consultation avec les bénéficiaires à tous les stades, de la conception jusqu’à la mise en oeuvre, voire la réception de l’infrastructure sont mis à leur disposition. Des consultations publiques ont été organisées avec la participation de toutes les parties prenantes afin de recueillir leurs réactions sur les projets; le renforcement du capital social grâce à la création et/ou le renforcement des organisations des bénéficiaires pour en faire de véritables partenaires de développement de leur activité. Des organisations opérationnelles offrant des services de qualité à leurs membres est le meilleur gage de durabilité des acquis des projets; l’alphabétisation fonctionnelle (69.731 bénéficiaires), la formation professionnelle (23.700 bénéficiaires), le soutien à l’entreprise (400 TPE et 200 AGR), le renforcement des capacités des bénéficiaires (30.900 dans le secteur agricole, 22.400 dans le secteur de la pêche artisanale, 2.332 potiers), vise à mettre ces bénéficiaires au diapason des innovations dans leur secteur d’activité; enfin les personnes consernées par les projets ont bénéficié de compensation. Ainsi, 939 personnes liées à l’activité de la Médina de Fès ont bénéficié de 44 millions de dollars d’indemnisation.
Toutes les activités qui affectent potentiellement l’environnement font l’objet d’une évaluation d’impact environnemental et social dont les résultats ont été partagés avec toutes la parties prenantes, en particulier les bénéficiaires et la société civile dans le cadre de  larges consultations publiques. Des plans de gestion environnementale et sociale font partie des contrats de travaux afin que les normes d’environnement et les mesures de sécurité des ouvriers soient respectées.

Que pensez-vous, à la clôture du premier Compact, de l'éligibilité du Maroc pour l'accès aux prochains programmes du MCC ?

Le Maroc a été déclaré éligible pour un deuxième Compact par la MCC parce qu’il a satisfait une panoplie d’indicateurs produits par des organismes internationaux indépendants. Ces indicateurs sont liés à l’établissement d’un Etat de droit, à l’investissement dans le capital humain et les libertés économiques. Ce Compact vient donc soutenir les réformes structurantes entreprises par le Maroc. D’un autre côté, cette éligibilité est aussi une reconnaissance de la satisfaction de la MCC des résultats obtenus dans la mise en oeuvre du Compact II.

Pourquoi, à votre avis, l'enveloppe accordée au Maroc était-elle la plus importante d'entre celles qui ont été accordées aux pays bénéficiaires ?

Le Compact MCA-Maroc est le deuxième plus important accordé par la MCC (697,5 millions $US). Celui de la Tanzanie est de 698 millions de dollars. Ce montant témoigne de la qualité des relations liant le Maroc aux USA, d’une proposition marocaine ambitieuse et bien préparée et enfin d’une bonne capacité d’exécution de l’Administration marocaine. Les résultats atteints témoignent de cette capacité.

Est-ce qu'on peut comprendre de cela que la proposition marocaine était plus pertinente et plus crédible ?

Le Compact MCA-Maroc cible plusieurs secteurs connus par la présence d’une population pauvre et vulnérable et un potentiel de croissance important. Tout en s’inscrivant dans le cadre des stratégies sectorielles nationales (Plan Maroc Vert, Vision 2015 pour l’Artisanat, Halieutis, INDH, Moukawalati, lutte contre l’analphabétisme, formation professionnelle), la proposition marocaine a été jugée conforme aux normes et standards rigoureux de la MCC en termes de ciblage, d’impact indéniable sur la réduction de la pauvreté par la croissance économique, et sur l’environnement.

Les calculs d'impact ont montré que le programme MCA-Maroc se traduirait par une amélioration de 1,1% du PIB, sur toute la période du programme. A vontre avis, est-ce que cet objectif est réalisable ?

Le Compact MCA-Maroc a pour ambition de générer une amélioration de la croissance économique marocaine de 1,1% du PIB sur toute la période du programme. Le programme est en phase d’achèvement et l’impact des différentes activités nécessitera encore quelques années pour qu’il soit pleinement perceptible et mesurable. Il est donc trop tôt de répondre à cette question. Toutefois, les impacts observables aujourd’hui à l’échelle locale, au niveau des secteurs de l’agriculture et de la pêche artisanale, par exemple nous laissent optimistes quant à l’atteinte d’un tel objectif.

Cet impact sur la croissance devrait être atteint à travers le développement de l'offre, la consolidation de la demande intérieure et le renforcement des exportations. A propos de ces dernières, est-ce qu'il y a déjà des produits qui ont été exportés ?

L’intégration des bénéficiaires aux marchés national et international est prérequise à l’amélioration de leur revenu. Les bénéficiaires de plusieurs secteurs ont profité d’un accompagnement dans le marketing de leurs produits à l’export : participation des producteurs de l’huile d’olive, des artisans et des PME de l’artisanat à des foires et salons nationaux et internationaux, ainsi que la création d’un label national de l’artisanat pour protéger le produit national sont autant d’activités qui versent dans ce sens. L’évaluation finale des projets dont les résultats sont attendus en septembre révèlera les premiers résultats de ces activités. Il est bien entendu que leur impact  nécessitera du temps pour se concrétiser et devenir perceptible et mesurable.

En ce qui concerne l'objectif de réduire la pauvreté de 20% chez la population ciblée, chiffre éminemment important, pensez-vous qu'il sera atteint ?

Etant donné l’état d’avancement des projets et le décalage entre l’achèvement des activités et la perception des impacts à l’échelle des bénéficiaires, il est difficile de se prononcer sur ce résultat à ce stade. Certaines observations sur le terrain montrent que l’impact sur le revenu des bénéficiaires est indéniable.

Est-ce que l'objectif d'atteindre une rentabilité de plus de 15% pour les projets financés est en mesure d'être réalisé ?

Tous les projets financés par la MCC ont fait l’objet d’une analyse de la rentabilité économique. Le seuil minimum en dessous duquel les projets ne sont plus éligibles est aux alentours de 10,8%. Les analyses existantes ont toutes montré que les projets en cours d’exécution sont économiquement rentables. Ces analyses sont en cours de révision à la lumière des coûts réels des projets et des résultats disponibles à ce stade sur les différents projets. Les résultats finaux de ces révisions seront disponibles en septembre.

Sur le volet micro-financement, d'après les premières évaluations que vous avez faites, est-ce qu'on pourrait dans les deux mois et quelques jours rstants arriver au but fixé de 4 millions de bénéficiaires ?

Les estimations initiales faites en 2007 sont caduques. En effet, le secteur de la micro-finance traverse depuis 2008 une crise sévère et le nombre de clients a été réduit de 1,2 million à près de 800.000. Le projet Services financiers est venu à point nommé pour maintenir l’accès au financement pour les AMC à travers l’octroi d’une dette subordonnée à JAIDA de 25 millions de dollars et surtout renforcer leur efficacité opérationnelle et promouvoir la transparence. Grâce à ce projet, le secteur de la micro-finance a pu résister à cette crise sévère et s’en sort même renforcé en étant mieux outillé pour faire face ou éviter de futures crises.

Et qu'en est-il des nouveaux produits financiers dédiés spécialement à ces projets?

La diversification des produits financiers est conditionnée par la transformation institutionnelle. Le projet a contribué activement à l’adoption d’un nouveau cadre juridique pour le secteur de la micro-finance grâce à la loi qui a été promulguée en février 2013 et qui ouvre la porte aux AMC pour se transformer en établissements de crédit, un nouveau statut qui leur permet de diversifier leurs sources de financement et  leurs produits, en introduisant par exemple, la micro-assurance, le transfert de fonds, le change manuel et à terme même la micro-épargne, etc.
L’APP a apporté à travers le financement de la MCC plus de 8 millions de dollars au secteur en financant plusieurs missions d’assistance technique et plusieurs investissements dans les nouvelles technologies qui sont des préalables à toute transformation réussie.

Est-ce que vous avez obtenu des garanties de la part de l'Etat pour l'accomplissement des projets inachevés ?

En préparation à l’achèvement des projets, et conformément aux directives de la MCC, l’APP a préparé un plan de clôture du Compact qui est approuvé par le Conseil d’orientation stratégique présidé par le chef du gouvernement et par la MCC. Ce plan prévoit des obligations du Maroc pour terminer les activités non achevées (comme la réhabilitation de la place Lalla Ydouna à Fès), et assurer la durabilité des résultats des projets. Tous les contrats non achevés seront pris en charge par le gouvernement. En vertu de ce plan, les différents départements ministériels et établissements publics recevront les ouvrages et infrastructures relevant de leur attribution et continueront à apporter l’appui et l’assistance technique aux bénéficiaires jusqu’à ce qu’ils puissent prendre en charge l’infrastructure mise à disposition.
A travers l’approbation de ce plan de clôture, le gouvernement affiche un fort engagement pour consolider les acquis des projets et assurer leur durabilité et un budget sera réservé à cette fin.

A ce propos, une commission ministérielle ad hoc a été créée, comme l’a déclaré le chef du gouvernement, lors du 12ème Conseil d'orientation stratégique de l'APP tenu pour l'approbation du plan de clôture du programme MCA-Maroc. Est-ce que vous avez déjà tenu des réunions avec ladite commission? Est-elle opérationnelle ?

Lors du 11ème Conseil d’orientation stratégique, tenu le 4 février 2013, une commission a été instituée pour le suivi des déboursements. Cette commission apporte un appui à l’APP dans le règlement des contraintes à l’avancement des projets. Elle a tenu plusieurs réunions sur différents projets et permis de lever des contraintes à l’avancement de certaines activités. Elle est donc pleinement opérationnelle.

Propos recueillis par Mohammed Taleb
Mardi 2 Juillet 2013

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