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Entretien avec Jaafar Akil, président de l'AMAP : «L'école doit jouer son rôle pour une meilleure appréciation de l’art»




Entretien avec Jaafar Akil, président de l'AMAP : «L'école doit jouer son rôle pour une meilleure appréciation de l’art»
Photographe passionné puis professionnel, Jaâfar Akil est également chargé dans son travail quotidien de préparer la relève, puisqu'il est professeur de l'art de la photographique au sein de l'Institut Supérieur de l'Infirmation et de la Communication (ISIC). En président de l'association marocaine d'Art photographique, il répond aux questions de Libé sur le devenir de cet art au Maroc. Libé: Dans quel cadre s’inscrit l'exposition nationale de la photographie ? J.A: Il s'agit de la treizième édition du Salon national d'art photographique. Nous l'avons présenté cette année sous forme d'expositions individuelles, collectives, d'ateliers et de conférences sur l'art de la photographie. L'Association, vieille de 20 ans, s'était certes abstenue d'organiser le Salon pour quelques années, et ce pour des raisons financières. Mais désormais, c'est une tradition annuelle, et ce à la faveur de l'implication de plusieurs partenaires qui se sont rendu compte de l'intérêt et de l'importance de ce Salon. Qui participe à cette manifestation ? Le Salon accueille le maximum de photographes marocains de différentes sensibilités, tendances et approches artistiques et esthétiques. Au cours des trois dernières éditions, nous avons invité des photographes étrangers. Cette année, notre invité d'honneur est le collectif Neg-Pos gallerie. Comment avez-vous sélectionné les photographes participants ? Comme partout ailleurs, le Salon a son règlement. Il y a un comité qui juge les œuvres présentées et les candidats pour savoir d'abord s'ils répondent au thème de l'édition. Par exemple, cette année, nous avions choisi le thème de la mémoire. L'année précédente, le Salon traitait de la thématique de la ville. Chaque artiste photographe participe avec trois photographies, accompagnées d'un commentaire. La FIAT fait de même pour ses Salons. Et puis, il existe des conditions sur les plans esthétique et technique. Cette année, nous nous sommes également ouverts sur le photojournalisme. Après un mois d'activités, comment évaluez-vous la treizième édition ? Si nous passons à l'évaluation, je dirai que cette année, il y a eu trois espaces. Un pour les jeunes talents, fruit d'un atelier organisé au village de Sidi Abdessalem. On a sélectionné une trentaine de photos accrochées aux cimaises de la Galerie « La Découverte ». Ces jeunes ont été pris en charge par l'AMAP pendant leur séjour à Rabat. On ne peut pas concevoir d'art sans relève. La deuxième Galerie, Mohamed El Fassi, a été réservée aux invités. Quant au troisième espace, Bab Lekbir, il a été réservé aux photographes marocains, dont sept vivant à l'étranger. Et ce n'était pas facile de les réunir tous. Ainsi, le Salon a été l'occasion pour plusieurs générations: Certaines appartiennent à la moitié du 20 -ème siècle, et d'autres au 21ème siècle. Et si l'on pouvait évaluer ce travail, il n'y aurait pas mieux que de voir le nombre de visiteurs de tous les âges et de toutes les catégories sociales. Enfin, l'intérêt médiatique a été à la hauteur de nos attentes et de nos ambitions. Comment voyez-vous l'intérêt des Marocains à l'art de la photographie ? Bien sûr, il y a eu un grand changement des mentalités et partant, au niveau de la vision sur l'art de la photographie. Comme la naissance, les phases de transition sont toujours difficiles. Les Marocains commencent à prendre conscience de l'intérêt de l'image, en tant que reflet d'une certaine identité. L'image naît, vit et meurt dans la rue. Il n'y a que six mois, l'actualité a été ponctuée de trois faits marquants grâce ou à cause de trois images surtout: l'affaire Ksar El Kebir, l'affaire d'une épouse d'un détenu de la salafia, et bien évidemment le livre paru récemment de Maradji. Le photojournalisme prend ainsi de plus en plus de l'importance. La demande en terme de formation est de plus en plus forte. Qu'est-ce qui a marqué le treizième Salon à votre avis ? C'est surtout ces vibrants hommages rendus à l'inoubliable Ahmed Boukmakh, auteur du manuel scolaire primaire qui a pu former des générations entières de Marocains dont quelques-uns sont des responsables qui dirigent le pays. Un hommage a été rendu également à feu Mohamed Choukri, l'écrivain rebelle et à l'école marocaine, ainsi qu'aux émeutes des dernières décennies. La photographie a tellement le vent en poupe qu'elle commence à attirer les concepteurs des couvertures de livres. Chose nouvelle, puisque tout le monde se dirigeait vers des œuvres d'arts plastiques. Et enfin, les prix des photos qui sont en augmentation sensible, les commandes que font plusieurs institutions auprès des photographes professionnels montrent que l’on commence à reconnaître cette profession, en dépit d'une mentalité rétrograde encore de mise. Pour le reste, je dois dire, comme on l'avait souligné dans notre argumentaire, que les œuvres photographiques de cette treizième édition révèlent les prémices d'un nouveau tournant dans le paysage photographique marocain. En effet, et outre la diversité des cultures, des sensibilités spontanées, denses et audacieuses qui s'y déploient, l'événement permet de mesurer le degré de participation des photographes aux transformations de la vie sociale et culturelle nouvelle en définissant la nature des questionnements qui sont les leurs au sujet des mémoires individuelles et/ou collectives. L'école contribue-t-elle dans cette ascension ? Il faut dire que la présence de la photographie dans les manuels scolaires laisse à désirer. Dans les cursus, l'on ne trouve aucunement un cours qui aborde l'histoire de l'art de la photographie. Ceci dit, les enfants maintiennent une relation étroite et profonde avec l'image. Ce citoyen de demain se trouve quotidiennement devant des milliers d'images présentes dans pas mal de supports à sa portée. Il suffit d'un déclic pour être envahi de photos qui peuvent menacer son identité. Peut-on ainsi les laisser sans arsenal critique et sans sens du goût élevé de l'art de la photographie, afin qu'ils soient immunisés contre toute dénaturation identitaire et visuelle? Prévoyez-vous d'autres manifestations ? Nous prévoyons une tournée selon l'offre des villes marocaines. Le rendez-vous le plus visible pour l'instant est le Salon qui aura lieu en septembre prochain à Meknès. Nous prendront part aux “Ramadaniat” de Casablanca, événement organisé par la coalition marocaine des arts et de la culture. Il est prévu également une participation à une exposition à Nîmes, en novembre 2009, et nous sommes entrés en contact dès maintenant avec les organisateurs, afin d'assurer une présence marocaine de haut niveau. Quelles sont vos ambitions en tant qu'association ? Activité phare de l'AMAP, le Salon devrait se transformer en une manifestation internationale. Ceci devrait être accompagné de plusieurs efforts bien évidemment, dont l'étude du statut juridique de cette profession et assurer ainsi une reconnaissance à part entière. Quel devenir pour l'art de la photographie au Maroc ? Pour le moment, les membres de cette « corporation » dépendent dans leur exercice de la profession d'une politique de commande embryonnaire, fragile et aléatoire. Ce qui ne favorise aucunement l'élaboration d'œuvres photographiques autonomes et rigoureuses. Lesquelles restent, encore et largement dépendantes de la nouvelle presse écrite, notamment les nouveaux magazines. Quant à la commande institutionnelle, émanant des différents ministères ou de départements administratifs, elle ne semble obéir à aucune «stratégie» conséquente en la matière. Et pour que la photographie se propulse dans la sphère des pratiques fonctionnelles et artistiques conscientes d'elles-mêmes, il est nécessaire d'en faire un art lié organiquement à tous les développements et à toutes les facettes de la société. On dit que le futur musée d'art contemporain de Rabat contiendrait uniquement les arts plastiques, notamment la peinture. Comment jugez-vous cette décision ? Cette décision d'omettre la photographie reflète la prévalence d'une certaine position pour le moins anachronique, sinon obsolète. Les décideurs culturels devraient plutôt assumer le rôle qui devrait être le leur, à savoir le nécessaire travail d'archivage et de constitution des collections.

Propos recueillis par Nouri Zyad
Samedi 7 Février 2009

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