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Entretien avec Habib el Malki, membre du bureau politique de l’USFP : “La culture ittihadie n’accepte pas le non-dit”




Entretien avec Habib el Malki, membre du bureau politique de l’USFP : “La culture ittihadie n’accepte pas le non-dit”
Dans un entretien accordé à notre confrère «Al Ittihad Al Ichtiraki», Habib El Malki, membre du bureau politique de l’USFP, revient sur
plusieurs points ayant trait,
entre autres,
aux élections,
au dialogue social,
aux alliances,
à la Koutla et à la
session ordinaire du Conseil
national du parti qui se tient
ce week-end
à Bouznika.

Permettez-moi, M. Habib El Malki, d’entamer cet entretien en abordant d’abord la question clé qui représente une des composantes fondamentales du discours politique de l’Union socialiste des forces populaires, à savoir la question sociale. Comment évaluez-vous la situation sociale au Maroc ?

Incontestablement, la question sociale est essentielle dans le processus de développement d’une société et la construction d’une nouvelle citoyenneté telle qu’elle se pose avec acuité aujourd’hui au plan national.
L’on sait que l’aggravation des disparités sociales a conduit, entre autres, au gonflement des zones périurbaines et à la fragilisation du tissu social. Cette situation, de notre point de vue, constitue une des causes du pourrissement de la situation politique. Je vous en livre un indice capital : les dernières élections ont, à nouveau, mis en évidence le phénomène de « souk électoral », qui ne repose point sur la concurrence loyale entre les forces politiques, mais qui consiste essentiellement à acheter et à vendre le plus grand nombre de voix des électeurs.
La question sociale se pose, en outre, avec intensité, compte tenu des déficits constatés dans divers domaines sociaux de base comme l’emploi, l’habitat, la santé et les transports. Des déficits résultant non seulement de l’évolution démographique mais aussi et surtout des changements de la société qui, à leur tour, ont secrété de nouveaux besoins chez les jeunes et les femmes.
De plus, la nature de la politique économique publique poursuivie depuis les années 90 du siècle dernier a contribué elle aussi à creuser davantage les disparités sociales à travers l’appauvrissement des classes moyennes. Il faut noter que le développement humain n’a jamais été une priorité qu’avec l’avènement de l’Initiative nationale -INDH- au milieu de la dernière décennie.
Aujourd’hui, le Maroc a fortement besoin d’une stratégie de développement social, mieux structurée, à même de conforter les programmes en cours dans le cadre de l’INDH. Je dois souligner ici que notre parti a, en effet, abandonné ces dernières années, toute réflexion sur tout ce qui touche la dimension sociale du développement économique. Pourtant, la question sociale constitue, comme vous l’avez bien rappelé dans votre question, notre principale vocation. Je dois rappeler à ce propos que la plupart des combats que nous avons menés depuis un demi-siècle, avaient pour objectif de permettre au Marocain de mener une vie décente au sein d’une société qui lui garantit sa dignité et lui assure les conditions de réaliser pleinement sa citoyenneté et partant son humanité.
Je crois que cet état de choses, en relation avec la question sociale, devait influer négativement sur le processus politique et la pratique politique dans notre pays. Ainsi, la politique est devenue -si je me permets cette expression- prisonnière de la politique, c’est-à-dire une politique sans ambition sociale ni prolongement culturel.

A quoi sert donc le dialogue social ?

Il faut noter ici l’institutionnalisation du dialogue social dans le cadre de rounds réguliers tout au long de l’année, ce qui devrait, estimons-nous, traduire cette volonté politique affichée. Cependant, cette méthodologie, qui demeure encore au stade de conception, ne semble pas avoir favorisé une ambiance de confiance partagée en vue d’atteindre des résultats probants et concluants pour toutes les parties prenantes à ce dialogue.
L’amélioration et la maturation de cette méthodologie exigent nécessairement de ramener le dialogue à son niveau sectoriel, c’est-à-dire faire participer les bases et les cadres concernés à ce processus évolutif et inévitable.
La dynamique sociale marocaine, avec ses flux et reflux, ambitionne de contribuer à la création de nouvelles relations à même de renforcer la cohésion sociale indispensable pour accélérer le rythme de croissance économique.  Il faut souligner que la dynamique sociale vit un changement qualitatif à travers son ouverture et l’intérêt qu’elle porte à tout ce qui a trait à la modernisation de la société et de ses structures internes. Il est important de noter, à cet égard, l’intérêt accordé à certaines lois et projets de lois qui consolident la question du dialogue social. A titre d’exemple, la loi sur les syndicats, la loi sur les bonnes, la loi sur la mutualité et le projet de création d’un fonds d’indemnisation en cas de perte d’emploi et puis, tout récemment, le projet de loi relatif à la création du Conseil économique et social.

Par rapport aux dernières élections de 2009, quelle évaluation faites-vous de ces échéances compte tenu des résultats obtenus ? 

En effet, le Maroc a vécu un processus électoral long et compliqué cette année. Ce processus a démarré avec les élections communales et a terminé avec le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers, en passant par les élections professionnelles, l’élection des conseils provinciaux et préfectoraux ; et le résultat, tel qu’il a été apprécié par tous les observateurs, a débouché sur un paysage politique nouveau et instable, porteur des changements rapides et imprévisibles.
Il faut rappeler que dans les pays à tradition démocratique, il est de coutume que les élections constituent un élément de stabilité et de clarté et une clé pour trancher dans les affaires liées à la vie des citoyens. Car les élections dans ces pays démocratiques aboutissent à la formation de conseils crédibles parce que représentatifs et légitimes, respectant la logique de la majorité et de la minorité, c’est-à-dire que la majorité gouverne et la minorité joue le rôle de l’opposition.
Ceci dit, les dernières élections que nous avons vécues ne se sont pas inscrites dans cette logique et n’ont pas constitué ce « pas en avant » dans la construction démocratique saine et vigoureuse. Bien au contraire, on a vu se constituer des réseaux de prévarication et de corruption, à fort impact, composés de marchands de voix, outre les nombreuses interventions à divers niveaux …Tout ceci ne pouvait que contribuer au pourrissement de la situation et à la falsification des résultats finaux de tout le processus électoral. Finalement, le grand perdant de toutes ces vaticinations c’est la démocratie, qui représente un élément essentiel dans la stabilité dans notre pays. C’est pourquoi il est indispensable d’apporter des réformes à la loi sur les partis politiques et au code électoral dans le cadre d’un dialogue social élargi, pour que les prochaines échéances électorales permettent d’avancer et non pas de reculer.

Qu’en est-il des alliances ayant marqué ces élections ? Et celles entreprises par l’USFP ?

Je voudrais préciser que l’histoire et l’identité de notre parti, ainsi que les valeurs qui constituent la devise des cadres et des militants usfpéistes ne nous permettent pas d’user d’une double pratique où la confusion règne. Le paysage politique marocain, au vu des contradictions qui  l’affectent, n’obéit pas à une seule logique. De ce fait, l’action menée pour défendre notre position doit être pragmatique, sachant que le pragmatisme a ses règles et ne veut point dire une cacophonie à travers le tissage de relations avec toutes les parties.
Mais ce qui caractérise le paysage politique marocain, en dépit de sa nature et de ses contradictions, c’est qu’il verse dans un seul sens. Un fait qui délimite la dynamique de la vie politique dans notre pays, ainsi que toute discussion et dialectique en l’absence d’une différence  claire au niveau des points de vue et de positions. Mais ce que l’on oublie, c’est que l’éclat de l’action politique ne se limite pas aux seules institutions nationales élues, mais aussi dans les instances locales.
Ce que nous avons vécu depuis juin dernier ne nous rassure point. Le fait de brouiller les cartes ne permet pas davantage de visibilité. Partant delà, il nous est demandé de pratiquer la critique, voire procéder à l’autocritique s’il le faut, car nous croyons en notre mission historique que sont le changement et la réforme sur la base de la démocratie et de la modernité.

Pour revenir à la Koutla, quel a été son rôle ? Votre avis sur sa situation actuelle ? Et comment voyez-vous son avenir ?

Il faudrait que l’on ait l’audace pour dire que la Koutla démocratique est devenue un cadre de référence statique. Cet état ne lui permet pas de se développer en force politique de terrain, capable de prendre des initiatives concernant le présent et l’avenir du pays, particulièrement lors des échéances électorales. La responsabilité politique nécessite désormais que l’on fasse une pause de réévaluation pour voir plus clair et prendre les décisions appropriées. Sachant que la Koutla n’a pas permis l’élaboration d’une culture forte dans le champ des alliances, et ce au niveau des organisations locales des partis qui la composent. Les mentalités, les agissements quotidiens et l’héritage historique, culturel, toutes ces donnes ont aggravé les contradictions au lieu de les gérer. Ce qui a vidé la Koutla de son contenu pour devenir un cadre dépourvu d’attractivité et de dynamisme. Toutefois, la poursuite dans le changement et la réforme requiert de nous une action nouvelle et unifiée.

Qu’en est-il des voix qui appellent désormais à la création d’un pôle qui englobe toute la famille de la gauche ?

Tout le monde sait que l’USFP est un parti de la gauche et appartient à la famille de la gauche. Et il est tout à fait naturel que sa vision aille dans le sens de la mise en place d’un pôle de gauche fort. Mais la question qui se pose est : comment concrétiser ce choix stratégique ?
Et là, il ne suffit pas de se limiter aux principes et symboles classiques de la gauche pour créer ce pôle. Les composantes de la gauche sont appelées à créer des relations nouvelles, à même de trouver les raisons profondes qui ont entraîné sa balkanisation et son affaiblissement, autrement dit sa situation actuelle. Plusieurs facteurs ont contribué à ce que la gauche manque d’initiative, et la résolution de cette situation nécessite à ce que l’on colle à la réalité afin d’avoir le seuil minimum de consensus, et ce pour ne pas répéter les erreurs du passé.
En dépit de cela, l’on peut se demander : pourquoi ne pas élaborer une charte commune qui fixe les principes, les objectifs et les moyens possibles ? Une telle plateforme est devenue nécessaire en vue de fixer un horizon commun via des étapes permettant un regain de confiance et une reconsidération de l’action commune et de la culture de la gauche.

Le Conseil national de l’USFP se réunira en cette fin de semaine. Qu’en est-il de l’application des résolutions du huitième Congrès national ?

Le Conseil national se réunira en session ordinaire ce week-end. Ce qui constitue donc l’espace naturel pour débattre des affaires qui préoccupent les militants, la gauche marocaine et l’opinion publique nationale. Toutes les questions qui nécessitent des éclaircissements seront soumises à un dialogue sincère, serein et transparent, ce qui devra aider à renforcer notre parti et garantir la cohésion des rangs de ses militants. La culture ittihadie n’accepte pas le non-dit. C’est une culture globale, ouverte par sa nature et ne repose pas sur un facteur isolé pour déboucher sur une faible position qui ne répond pas aux attentes du moment.       
Il est donc nécessaire d’examiner les priorités fixées par le huitième Congrès national tenu il y a un an. Et en premier, la poursuite des réformes politiques et constitutionnelles, d’une part, et la question organisationnelle du parti, d’autre part. Pour ce qui est du premier point, la problématique ne consiste pas à participer ou non, mais à la manière adoptée pour gérer cette participation et les modalités susceptibles de consolider le positionnement de l’USFP afin que le parti accomplisse un rôle majeur avec ses alliés, et ce, à l’horizon du changement et de la réforme.
A propos de la question organisationnelle, l’intérêt accordé à l’outil du parti est devenu vital quant à l’avenir de l’USFP. Le temps est venu pour établir une vision claire  ayant pour but le renforcement de la démocratie interne, la consolidation de l’unité du parti, tout en respectant la différence au sein de la société, et ce à travers notre ouverture sur une nouvelle génération de forces populaires. Pour ce faire, notre parti organisera le printemps de l’année prochaine une rencontre nationale sur la problématique de l’organisation. Et il serait adéquat d’annoncer 2010 comme étant l’année de la restructuration du parti, tout en oeuvrant pour une nouvelle culture organisationnelle, permettant de faire face aux défis du siècle.

L’USFP en quelques dates

* De la lutte pour l’indépendance

1944 (11 janvier) : Manifeste de l’indépendance et création du Parti de l’Istiqlal. (Abderrahim Bouabid et Mehdi Ben Barka signataires du Manifeste). 
Le Sultan Mohammed Ben Youssef s’allie au Mouvement national dans la perspective de la libération du Maroc et de l’instauration d’un régime monarchique constitutionnel démocratique.
1955 : Le Mouvement national avec à sa tête une délégation menée par A. Bouabid et M. Ben Barka négocie les accords d’indépendance du Maroc et le retour du Sultan. Choix assumé de l’option monarchique constitutionnelle et démocratique.
1959 : Scission au sein de l’Istiqlal et création de l’UNFP.
- Gouvernement dirigé par Abdellah Ibrahim, président du Conseil, membre du Secrétariat National de l’UNFP et Abderrahim Bouabid, vice-président du Conseil et ministre de l’Economie et des Finances.
1960 : Démission du gouvernement Abdallah Ibrahim.
- Elections  municipales et communales : succès de l’UNFP dans les villes notamment celles de la côte Atlantique.

*  La répression politique

1962: 2ème congrès de l’UNFP.
Boycott du référendum constitutionnel.
1963 : Les dirigeants de l’UNFP (dont Aberrahim Bouabid et Mehdi Ben Barka) sont élus lors des premières élections législatives au Maroc.
1963 : Arrestation et procès des dirigeants de l’UNFP (dont Abderrahman Youssoufi)
1965 : Enlèvement à Paris et disparition de Mehdi Ben Barka,  leader  de l’UNFP.
1970 : L’UNFP et le parti de l’Istiqlal appellent à voter “non” au référendum constitutionnel et créent “La Koutla”
1972 : Rupture de la Commission administrative de l’UNFP avec la bureaucratie syndicaliste et choix assumé de l’action politique et démocratique.
L’UNFP demande l’élection au suffrage universel d’une assemblée nationale constituante.
1973 : Après l’envoi de colis piégés à Mohamed Elyazghi et Omar Benjelloun, de nombreux militants de l’UNFP seront également traduits devant le Tribunal militaire de Kénitra pour atteinte à la sécurité de l’Etat.
1975 : (“Choix démocratique”). Congrès Extraordinaire qui désigne Aberrahim Bouabid, premier secrétaire du Parti.
1975: (18 décembre): Assassinat à Casablanca de Omar Benjelloun, un des principaux fondateurs du Parti, de ses organes de presse et animateur de l’action pour démocratiser la Centrale Syndicale (UMT).
-3 jours après l’assassinat de Omar Benjelloun, le 21 décembre 1975, création de la Jeunesse Ittihadia.
1981 : Le 20 juin : Hausses vertigineuses des prix des denrées de première nécessité. Grève générale réprimée sévèrement à Casablanca. Les responsables des deux organisations (USFP et CDT) sont arrêtés et leurs locaux assiégés.  La presse de l’USFP (“Al Moharrir”  et “Libération”) est interdite.
1981 : le 5 septembre : le Bureau politique de l’USFP rejette publiquement par un communiqué l’acceptation par le Maroc de l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental (résolution qui avait été adoptée à Naïrobi  par le Sommet de l’OUA): Arrestation du Bureau politique de l’USFP, avec à sa tête Abderrahim Bouabid, Mohamed Elyazghi et Mohamed Lahbabi.

* L’ouverture

1984 : Mémorandum présenté à Feu SM Hassan II par l’USFP contre le plan d’ajustement structurel imposé par le FMI.
1984: Tenue à Casablanca du 4ème congrès national de l’USFP.
1989: Tenue du 5ème congrès. Demande de révision constitutionnelle.

* Le changement

1991 : Manifeste démocratique présenté conjointement avec le parti de l’Istiqlal à Feu le Roi Hassan II, prônant un rééquilibrage institutionnel.
1992 : Décès de Abderrahim Bouabid . Abderrahman Youssoufi devient premier secrétaire de l’USFP, et Mohamed Elyazghi, premier secrétaire adjoint.
1993: Création du bloc démocratique “la Koutla” (USFP, Istiqlal, PPS, OADP).
1998 : Gouvernement d’Alternance dirigé par Abderrahman Youssoufi.
2001: 6ème congrès de l’USFP.
2003: Démission de Abderrahman Youssoufi
2005: 7ème congrès de l’USFP et élection de Mohamed Elyazghi, Premier Secrétaire.
2006 : 2e congrès extraordinaire de l’USFP pour se conformer aux nouvelles clauses du nouveau code des partis politiques.
2008 : 8ème congrès de l’USFP et élection de Abdelouahed Radi, premier secrétaire et Fathallah Oualalou secrétaire-adjoint.


L
Samedi 5 Décembre 2009

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1.Posté par Jigoud le 05/12/2009 16:09
Monsieur Habib El Malki est un homme très sympa. Et la stagnation que traverse le parti, pour être contournée, a besoin de la rigueur scientifique de Oualalou, de l'intelligence organisationnelle de Si Mohamed Elyazhgi, de la'' rudesse'' d'un Abdelhadi Khayrate, de la pertinece philosophique d'Ali Bouabid et ,enfin, du sourire mortel de Majdouline...Le reste est Littérature.

.Parcequ'au niveau local il faut ''des patrouilles militaires'' pour faire bouger les arrivistes qui bloquent le processus politique et privent ainsi l'avenir du pays d'opportunités fondatrices et de réelles ressources humaines .

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