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Entretien avec Fathallah Oualalou, maire de Rabat et membre du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires : L’USFP veut contribuer de la politique




Entretien avec Fathallah Oualalou, maire de Rabat et membre du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires : L’USFP veut contribuer  de la politique
Entretien avec Fathallah Oualalou, maire de Rabat et membre du Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires
L’USFP veut contribuer 
de la politique
Bien avant les événements de Laâyoune, l’USFP
réfléchit à la mise en place d’un nouveau concept des relations extérieures du parti de la Rose.
La question du  Sahara est au cœur de ce processus mais elle n’est pas la seule. Les Ittihadis ont intégré à leur réflexion les
«révolutions» que connaît le Sud de la Méditerranée. Plus rien ne sera comme avant. Il est temps, explique Fathallah Oualalou,
de repenser le partenariat euro-méditerannéen.
La politique étrangère
marocaine doit
nécessairement émaner de réalités liées au voisinage et à la géographie. Dans le même temps, et alors que la gouvernance se mondialise et se régionalise, le Maroc peut valablement défendre le dossier de son intégrité territoriale en étant présent sur les grandes questions du climat, de
l’environnement et de l’énergie. « Plus que
jamais, la nouvelle
génération de réformes
revendiquées par l’USFP est d’actualité. La
démocratie peut être un
ciment solide de
rapprochement ».
Explications et entretien

Libé : Depuis quelques semaines déjà, l’Union socialiste des forces populaires est en train de travailler à un projet novateur de la politique extérieure du parti. Que propose un tel nouveau projet et pourquoi ?

Fathallah Oualalou : Nous sommes en train de travailler sur la mise en place d’un nouveau concept de nos relations extérieures. C’est une approche novatrice qui tient compte avant tout de l’identité de l’USFP qui est un parti patriote, progressiste, socialiste et moderne. Ces valeurs qui sont celles de  notre identité et de notre action à l’intérieur du pays doivent se refléter aussi au niveau de nos relations extérieures.
Dans le même temps,  nous sommes certainement le parti arabe et sud-méditerranéen qui joue un rôle important et majeur depuis un certain nombre d’années au sein de  l’Internationale socialiste. Il est important aujourd’hui de faire une nouvelle lecture de nos  relations internationales. En fait, cette réflexion a commencé à  germer au sein de l’USFP- aussi bien au  Bureau politique qu’à l’intérieur de  la commission chargée de nos relations internationales- depuis les dernières réunions de l’Internationale socialiste  qui ont eu lieu à New York et à Paris, début novembre.  L’évolution du dossier du Sahara et  la question de l’intégrité territoriale de notre pays occupent également une place prépondérante dans notre réflexion.

Est-ce après les événements de Gdim Izik et de Laâyoune que  l’USFP s’est rendue compte qu’elle n’avait plus autant d’influence à l’international et en particulier au sein de l’Internationale socialiste ?

Non,  au contraire ! Au lendemain de ces événements, nous étions au conseil de l’Internationale socialiste qui a lieu début novembre à Paris. Les choses ont évolué à l’intérieur de ce conseil d’une façon plutôt positive. En ce sens que malgré les pressions provenant de ceux qui avait une position à l’encontre de la nôtre – je pense notamment aux Algériens, au Polisario, mais aussi  aux partis suédois, norvégien …- la réunion du conseil a conclu à la nécessité de différer toute position et mandaté la commission de la Méditerranée qui est présidée par le PSOE espagnol afin de s’informer sur ce qui s’est passé. Ce  qui allait  dans le sens de notre approche  et position.
Cette nouvelle approche que nous voulons aujourd’hui mettre en place doit tenir compte du cadre dans lequel les choses évoluent et elles évoluent très vite. Dans ce cadre, il y a trois choses importantes dont des éléments qui ont été mis en relief lors de la réunion de la commission des relations  internationales du parti. D’abord la question nationale  qui reste primordiale pour nous. Il s’agit en même temps de  la suivre  en tenant compte des changements que la région connaît. Le deuxième élément fondamental réside dans le fait que la région sud-méditerranéenne qui n’évoluait pas sur le plan politique  bouge  désormais.  Cette région était considérée comme stagnante après les évolutions démocratiques ayant  eu lieu en Europe de l’Est  puis en Amérique latine.

Stagnante ne veut pas dire stable…?

Pas du tout. La région sud-méditerranéenne était considérée comme stagnante face à la nécessité de faire évoluer le politique à l’intérieur de cet espace. Or, aujourd’hui cette région a bougé et bouge.  Il y a une demande à l’intérieur de cette région : une demande de démocratisation du système politique et surtout le dépassement du parti unique et de la pensée unique à partir de ce qui s’est passé en Tunisie et bien sûr en Egypte.
Troisième élément important, c’est que nous devons, nous Marocains, Maghrébins, Sud-Méditerranéens, Arabes, Africains négocier nos relations avec le reste du monde en tenant compte essentiellement du monde de l’après-crise économique parce que la gouvernance mondiale  a changé ou est en train de l’être. Bref, ce sont là les éléments essentiels qui cadrent la réflexion que nous menons au sein de l’USFP.

Comment une telle réflexion va-t-elle s’incarner?

En ce qui concerne le dossier de l’intégrité territoriale, notre analyse s’est confirmée après les événements de Laâyoune.  Nous vivons dans un voisinage difficile, avec la position des responsables algériens qui va à l’encontre non seulement du projet maghrébin mais aussi de l’intégrité territoriale marocaine. Cette position a alimenté le courant séparatiste essentiellement à l’extérieur mais aussi  à l’intérieur de notre pays. Le Maroc est aujourd’hui dans une position meilleure sur le plan diplomatique depuis qu’il a présenté le projet d’autonomie au Conseil de sécurité. Le projet marocain a été d’ailleurs considéré comme une approche crédible sur le plan international et la résolution du Conseil de sécurité 1754 du 30 avril 2007 a montré effectivement le côté sérieux et crédible de l’approche marocaine. J’irais même plus loin : dans les grandes réconciliations lancées par le Maroc ces dernières années, nous considérons que ce plan d’autonomie est un élément important de la conciliation, une conciliation maroco-marocaine et une conciliation aussi dans la région maghrébine.
Malgré cela,  nous constatons que nos adversaires font tout pour ne pas faire évoluer les choses. C’est dans ce cadre-là qu’il y a eu les événements du campement de Gdim Izik en octobre/novembre 2010. Ici,  il faut relever la réponse du peuple marocain : la grande marche de Casablanca qui a montré effectivement un élément important de la manifestation : l’unité du peuple marocain. Il me semble également que le rapport de la commission parlementaire sur les événements de Laâyoune peut être une référence en interne pour changer la gestion du territoire, la relation entre l’espace, la population et l’Etat, gérer les contradictions qui traversent la population avec beaucoup de sérénité, de fraternité, de responsabilité et en même temps bien préparer les fondements de l’autonomie dans le cadre de la souveraineté.

Je voudrais qu’on revienne un instant à l’après-Laâyoune.  On a fait reproche aux partis politiques de ne pas avoir suffisamment encadré les populations du Sahara  et d’être absents de ce territoire et en même temps le reproche a été fait à la diplomatie marocaine de ne pas avoir rempli sa mission par rapport à cette question. Où est-ce que vous vous situez, vous ?

Durant le mois de ces événements de Laâyoune, l’USFP a fait montre de maturité et de sérénité au niveau du territoire. Nous n’avons pas voulu faire des interventions qui pouvaient entraîner d’autres dérives. Au contraire, notre démarche vise à créer la sérénité dans la région pour permettre à sa population de résoudre les problèmes sociaux qui sont légitimes, mais en même temps de dépasser toutes les contradictions qui traversent la population.
Au niveau international, les leçons principales que nous avons tirées sont celles de la mobilisation pour expliquer notre position, et montrer ce qui est essentiel. Il est important de revenir à l’histoire pour montrer  la spécificité de la colonisation de notre pays et donc de la décolonisation qui a été nécessairement progressive. Il est également important d’expliquer à l’étranger que le Polisario n’est pas nécessairement l’unique représentant. Nous pensons au contraire qu’il est plutôt minoritaire. Plusieurs sensibilités traversent cette population et nous sommes même sûrs que l’idée de l’autonomie est une idée prédominante au sein de la population. Par conséquent, il est important qu’il y ait d’autres acteurs au niveau international pour parler au nom de la population. Il est important aussi de dire que cette notion de peuple sahraoui est fausse.  Si l’on peut dire qu’il y a un peuple sahraoui sur le plan géographique qui commence depuis l’Atlantique jusqu’au Nil, il y a plusieurs peuples sahraouis qui dépendent de plusieurs pays : du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, du Mali…
Il s’agit  en fin de compte de travailler pour montrer la crédibilité de l’initiative marocaine qui est une double réconciliation maroco-marocaine et régionale tout en faisant la liaison avec tout ce qui se passe dans la zone du Sahel, c’est-à-dire les dérives, de la contrebande aux dangers du terrorisme, qui peuvent nourrir aussi la gestion de la question du Sahara.

D’autant qu’un micro Etat ne peut valablement émerger alors que l’heure est aux grands ensembles

C’est clair que le séparatisme et donc la création d’un micro Etat ne peuvent être qu’à l’encontre de la sérénité et de la paix dans la région. C’est une question qui ne concerne pas seulement le Maroc ou l’Algérie mais une grande partie de l’Afrique, une question qui concerne aussi l’Europe vis-à-vis de l’Algérie.
Je tiens à rappeler ici que l’USFP est un parti profondément maghrébin. L’USFP, composante auparavant de l’Istiqlal, a joué un rôle important à travers Mehdi Ben Barka, Abderrahim Bouabid, Mohamed Basri, Mahjoub Bensaddik au congrès de 1958 à Tanger. Depuis, nous nous considérons comme maghrébins d’autant plus que même la jeunesse de l’USFP et l’UNFP est liée à l’Armée de libération qui, elle, a joué un rôle important pour libérer le Sahara.
Abderrahim Bouabid et  Abderrahmane Youssoufi ont toujours été attachés à cette idée d’un Maghreb nécessaire. C’est à partir de ce Maghreb que nous pourrions gérer nos contradictions internes. Promouvoir ce projet maghrébin donc devient un choix stratégique face même à ce monde qui se mondialise et  se régionalise.

Mais que peut faire l’USFP pour que l’Algérie fasse montre de moins d’hostilité par rapport au Maroc, par rapport à la  question  du Sahara? Quel rôle l’USFP peut-elle jouer ?

Nous tenons à travailler dans deux logiques différentes qui peuvent sembler être contradictoires. D’abord,  la logique de la défense de l’intégrité territoriale à travers l’initiative marocaine qui est une avancée vis-à-vis de l’Algérie et ensuite la logique du projet maghrébin. C’est dans ce cadre de l’analyse du voisinage que nous pensons qu’il est important pour nous de garder des relations spécifiques avec la Mauritanie d’autant plus que ce pays est un relais important entre nous, les pays maghrébins et le reste de l’Afrique.
Vis-à-vis de l’Espagne, troisième composante de ce voisinage difficile, ce que nous avons constaté ces derniers mois, c’est l’hostilité de la droite espagnole. Il faut dépasser cette idée de l’hostilité de la droite et constater un fait anormal : la position hostile de l’opinion publique espagnole vis-à-vis des Marocains. Il y a là un problème. Dans cette Espagne qui s’est européanisée, qui s’est démocratisée,  qui a connu une mutation extraordinaire, l’opinion publique est restée attachée à une vision purement passéiste, liée à une lecture négative même de notre  histoire ancienne depuis plusieurs siècles et à l’histoire de la décolonisation, de  la guerre du Rif à l’action menée par l’Armée de libération en passant  par la Marche Verte. C’est pour cela que nous avons ouvert une discussion avec le PSOE.

Une discussion avec les Socialistes au pouvoir donc.

Absolument,  pour leur dire qu’il faut réfléchir. Il s’agit en fait d’une approche  purement politique entre le PSOE et nous  qui ne devrait pas exclure, de fait, le Parti populaire espagnol à travers d’autres forces politiques marocaines.

Vous pensez précisément à  l’Istiqlal

Tout à fait.  Parce qu’il est important d’inciter le PP à intervenir à côté du PSOE pour réfléchir aux relations entre nos deux pays. Sur le plan économique, nos relations évoluent d’une façon intéressante. Pour les Marocains, l’Espagne reste une référence par le fait qu’elle s’est démocratisée, modernisée, européanisée.  Il ne faut pas oublier aussi qu’il s’agit d’une monarchie comme nous  et que c’est donc un atout extraordinaire.
A côté de ce débat politique, nous voudrions demander au PSOE d’ouvrir un débat avec nous sur la position de la gauche espagnole en général vis-à-vis du  Maroc, un débat pour demander  à l’opinion publique espagnole de tenir  compte du nouveau Maroc.  Un Maroc qui, en un peu plus de dix ans, a beaucoup évolué, qui  s’est démocratisé, qui s’est réconcilié avec ses cultures, avec le Nord…A l’USFP,  nous sommes justement en train de réfléchir à une méthode pour promouvoir ce débat en Espagne.

Mais si les Espagnols ne font pas l’effort de connaître ce qu’est devenu le nouveau Maroc, pourquoi le Maroc ne fait-il pas non plus l’effort de communiquer auprès de l’opinion publique espagnole?

En tant que parti, c’est ce que nous devons faire. Et nous devons le faire dans une logique de parti. Il s’agit en même temps d’aider et accompagner les composantes  des sociétés civiles marocaine et espagnole à se rencontrer et à se comprendre. Pour nous Usfpéistes, les relations avec l’Espagne ne peuvent être que des relations stratégiques et fondamentales : c’est un pays voisin, un pays qui a des intérêts au Maroc. Nous avons, nous,  une grande immigration qui touche même l’équilibre interne de l’Espagne. Enfin l’Espagne -et à l’image de  la France-  est un relais essentiel dans nos relations avec l’Union européenne. Tous les dossiers essentiels avec l’Union européenne concernent d’une façon ou d’une autre l’Espagne.

Est-ce que la réflexion de l’USFP sur la politique extérieure a intégré la volonté de changement qui gagne le Sud de la Méditerranée ?

L’aspiration au changement apparu depuis maintenant un mois et demi dans la région sud-méditerranéenne est un élément de notre stratégie. 
C’est une région qui stagnait sur le plan politique et qui est en train aujourd’hui de montrer au monde entier que le monde arabe peut lui aussi évoluer, que cet espace géopolitique qui était sous l’emprise du parti unique, de la pensée unique est en train de changer.

Est-ce qu’il faut craindre un effet domino. Est-ce que ce qui s’est passé dans les pays de l’Est avec l’effondrement de l’empire soviétique peut toucher aujourd’hui le monde arabe et le Maghreb ?

Aux yeux des autres, le monde arabe a toujours été un monde unifié. En fait, il y a une diversité dans le monde arabe, une diversité à l’intérieur du Machreq et une diversité à l’intérieur du Maghreb.  Il est clair qu’une spécificité existe. Mais en même temps,  nous appartenons géographiquement à la même région.  Le 8 décembre 1952 Ferhat Hachad était assassiné.  Un an plus tard, le 30 août 1953, c’est l’exil de Mohammed V qui a amplifié le mouvement de décolonisation chez nous et en Afrique.  La révolution algérienne s’est enclenchée l’année suivante. Tout cela pour dire que  malgré les spécificités des uns et des autres,  chaque pays est à l’écoute de ce qui se passe.
Je crois que ce qui est important c’est que nous avons un double devoir : un devoir d’analyse et un devoir d’expression de solidarité. En ce qui concerne l’analyse, il faut dire avec une certaine humilité que personne ne pensait que ce qui s’est passé allait se produire.

Personne n’a rien vu venir

J’allais en Tunisie et  je sentais un certain malaise parce qu’il y avait un parti qui prédominait. On semblait dire que le système de parti unique a réussi en Tunisie, comme en Chine d’ailleurs. Pourtant  le  malaise était là  dans un pays où l’élite était écrasée  et  sous une tutelle qui était anormale.  Il s’agit aujourd’hui d’analyser ce qui s’est passé en tenant compte de la spécificité de chaque pays. Ce qui s’est passé est un mouvement profond, moderne et plutôt jeune. C’est un mouvement qui est aussi sans leadership.

Est-ce que vous voulez dire que c’est un mouvement qui s’est fait sans encadrement politique ?

Un mouvement sans encadrement politique effectivement. Ce qui est quelque part normal parce qu’en Tunisie et en Egypte, il n’y avait pas d’espace pour les partis politiques. C’est pour cela que le challenge pour ces pays est de réhabiliter le politique parce que sans partis politiques, les choses ne peuvent pas évoluer.
Al Jihad Al Akbar, le grand combat,  réside maintenant dans la création des partis politiques. Ce qui est important dans de tels mouvements est la demande de rupture, l’aspiration au changement, c’est une demande contre l’oppression du parti unique, de la pensée unique, contre la cupidité d’une minorité, voire d’une famille notamment en Tunisie et pour la dignité humaine. C’est enfin une demande contre le système de rente et l’exclusion sociale. Il ne faut pas oublier que  le point de départ  de ce qui s’est passé en Tunisie, était le malaise social. Ces événements se sont également produits  pour la démocratie, pour séparer le politique des affaires, pour séparer aussi le politique du religieux.

Quel est ce devoir de solidarité auquel vous faisiez référence ?

S’il est important d’être solidaire,  nous devons, en tant que parti politique, contribuer à la création de cette culture pluraliste organisée dans ces pays pour qu’ils  arrivent à créer ces relais et réhabiliter le politique.  Cet accompagnement doit tenir compte des spécificités aussi bien tunisienne qu’égyptienne. La reconstruction démocratique dans ces pays  va permettre à la région dans sa globalité d’avancer dans la même logique.
 Si au Maroc nous sommes fiers de notre spécificité, il est important pour nous de travailler, d’immuniser les acquis, de réhabiliter le politique et les partis politiques. La crédibilité des partis est essentielle. Les formations politiques comme l’Etat ont le devoir d’y œuvrer. C’est d’ailleurs dans ce sens que  le 8ème congrès de l’USFP  en a appelé à une nouvelle génération de réformes politiques. Il faut les replacer dans le cadre actuel d’autant que ces nouvelles réformes politiques vont même nourrir ces changements.

Le pluralisme instauré au lendemain de l’indépendance au Maroc  existe-t-il véritablement ou est-ce un pluralisme de façade ?

Nous avons une tradition de pluralisme au Maroc et qui par moments avançait et par moments reculait. C’est le moment de prendre ce qui est de mieux dans ce pluralisme dans le cadre de la réhabilitation du politique et des partis politiques. Notre expérience peut intéresser les autres et elle intéresse notamment la Tunisie en ce qui concerne l’Instance Equité et Réconciliation.
 Au Maroc, le pluralisme politique va s’imposer comme une expérience, aux autres de trouver à partir de leur propre génie interne, de leur histoire et de leur biographie les solutions.  Je vais plus loin en espérant que ces événements vont permettre de reconstruire un vrai partenariat  euro-méditerranéen. L’Europe a été absente dans ce qui s’est passé contrairement aux Etats-Unis. L’Europe  était invisible parce qu’elle traitait la région sud-méditerranéenne dans une autre logique  alors que la région sud-méditerranéenne cherche à se démocratiser.  Les valeurs communes des droits de l’Homme et de démocratie peuvent être un élément de rapprochement  et nous les démocrates marocains, les socialistes marocains, nous aurons la possibilité  de dire à l’intérieur de l’Internationale socialiste que notre région est en train de changer et  que  c’est le moment pour les Européens de s’y investir pour contrecarrer quelques analyses d’agences de notations qui ont écrasé la Tunisie, qui peuvent écraser la situation financière et économique de l’Egypte.
C’est pour cela que les instruments de voisinage mis en place par les Européens doivent s’investir dans la région, dans le cadre de la mise en place d’un partenariat euro-méditerranéen de progrès et de démocratie. Nous pensons qu’il est important de lancer le projet de la banque méditerranéenne qui est en fait un projet ancien. Le moment est venu de  pousser à ce partenariat de progrès. Et  toujours sur le plan international, cette marche méditerranéenne vers la démocratisation peut être un moyen aussi pour résoudre le problème du Moyen-Orient, c’est-à-dire essentiellement répondre à la nécessité de la paix, une paix juste et répondre à un désir tout à fait légitime du peuple palestinien. Aujourd’hui,  il est important pour nous de reposer la question du droit du peuple palestinien mais dans le cadre de la démocratisation et la  solidarité.
Il convient ici d’évoquer l’Afrique qui  bouge.  Ce continent doit être à l’écoute de tout ce qui s’est passé dans la région. Il ne faut pas oublier que sur le plan économique,  l’Afrique est aujourd’hui un lieu de compétition notamment avec la hausse du prix du pétrole et des matières premières. Je crois que nous les Marocains, nous avons à jouer un rôle important sur les plans politique et économique notamment dans la région de l’Afrique occidentale. Nous devons promouvoir tous les partenariats économiques de solidarité avec ces pays.  Au moment même où la gouvernance mondiale est en train de changer, il faut poser la primauté de l’Afrique dans les engagements du millénaire: la lutte contre la pauvreté, la réduction de la dette des pays les plus pauvres …

Une fois cette réflexion achevée, que va-t-il se passer ? Peut-on imaginer une sorte de livre blanc de l’USFP sur la politique étrangère du Maroc ? De quelle manière une telle réflexion va-t-elle prendre corps?

Notre réflexion   va se déployer depuis notre place à l’intérieur de l’Internationale socialiste. Nous allons la développer dans nos relations avec les partis politiques qui sont  nos interlocuteurs. Ici, on trouve les grandes puissances, les membres du conseil de sécurité, les partis sociaux-démocrates européens, latino-américains et le monde arabe. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a une tradition historique de l’USFP dans le monde arabe. Il est important de nos jours de s’intégrer dans cette nouvelle logique.

Est-ce que vous allez partager cette réflexion avec la diplomatie marocaine ?

Il s’agit bien d’une contribution en tant que parti national pour renforcer la diplomatie marocaine. Mais aujourd’hui pour aller parler aux autres,  il ne suffit pas seulement de parler de l’affaire du Sahara  qui est un élément important. Il est important de parler de la question du changement, du climat, des problèmes de l’eau, de l’environnement, du phosphate et c’est dans ce cadre-là que nous pouvons aussi défendre ce qui est essentiel pour nous, c’est-à-dire l’intégrité territoriale de notre pays.  

Oualalou plaide pour une nouvelle lecture du partenariat euro-méditerranéen

L’ancien ministre des Finances est formel : il est aujourd’hui nécessaire de faire une nouvelle lecture du  partenariat euro-méditerranéen, «une lecture qui tienne compte surtout de la sortie de crise».
«La gouvernance est en train de changer, le G20 se substitue au G8 et le G2, c’est-à-dire la Chine et les Etats-Unis au monopole des Américains. Il est dès lors important que cette région méditerranéenne  ait sa propre logique. La crise a enfanté aujourd’hui de nouvelles transitions dont la transition énergétique. Notre région possède les deux bouts de l’énergie ancienne, c’est-à-dire le pétrole et le gaz, et de l’énergie nouvelle, c’est-à-dire le soleil. Le Nord a les technologies. Voici un grand champ de partenariat extraordinaire !», s’exclame F. Oualalou avant d’évoquer  la transition écologique et cette « économie verte qui va devenir le moteur de l’économie de demain».
Autre transition, celle alimentaire. Le modèle alimentaire est en train de changer dans le monde notamment en Chine, au Brésil et en Inde, assure ce membre dirigeant de l’USFP.  «Là aussi nous avons une possibilité notamment en Europe à partir du  phosphate et des engrais liés au gaz par exemple algérien ou libyen. Nous avons la possibilité de développer une filière énergétique et alimentaire fondamentale et en même temps interpeller l’Europe à partir de la technologie qu’elle possède et d’intégrer cette filière».
Oualalou n’a de cesse de le répéter : en tant que pays africain, le Maroc  doit oeuvrer «pour que les pays en dehors du G20, le G172 c’est-à-dire le reste du monde, aient aussi leur place dans le débat. Je pense précisément aux pays à économie intermédiaire et aux pays les plus pauvres c’est-à-dire, l’Afrique. C’est ensuite à nous, et sur la base de  ce partenariat régional -Maghreb, sud et nord Méditerranée, de développer des rapports spécifique avec les économies émergentes. Avec ses ressources phosphatières, un pays comme le Maroc peut développer un partenariat spécifique avec l’Inde, le Brésil, la Chine.  Le politique et le diplomatique doivent suivre », conclut Fathallah Oualalou.  


 Quand la logique de rente nourrit le système de parti unique

Plus que jamais, la nouvelle génération de réformes revendiquées par l’USFP est d’actualité. Des réformes politiques, constitutionnelles et institutionnelles qui vont, explique F. Oualalou, nourrir le changement.  «La lutte  contre la corruption est également un élément fondamental. Il faut faire en sorte qu’il n’y ait plus d’abus, installer la normalisation de la vie politique. Autrement dit,  tous les partis politiques doivent être considérés et perçus comme des partis normaux en plus du fait que le religieux ne doit pas être  utilisé dans le politique au niveau partisan», soutient-il.
Le maire de Rabat a suivi avec une extrême attention la revendication de démocratie et de liberté en Tunisie et en Egypte. « Quand on fait la lecture de ce qui s’est passé,  l’une des leçons à retenir est la promotion de  la culture des projets et non pas la culture opportuniste des individus. En tant que maire de Rabat, je suis en train de vivre l’expérience communale qui a son intérêt pour la ville. Je  constate que nous devons travailler essentiellement pour promouvoir l’idée du projet à l’intérieur du parti et dans  le  pays. Cela fait aussi partie de la réforme de deuxième génération», fait-il valoir.
Sur le plan économique, les nouvelles générations de réformes  doivent se faire dans le sens de  la diversification du tissu productif, loin de toute logique de la rente.  «Parce que la logique de la rente nourrit les systèmes de parti unique», dit-il.
Fathallah Oualaou est aussi un fervent défenseur de la promotion  d’un nouveau sud-sud.  Les systèmes hégémoniques de partis et pensées uniques ont cultivé l’étatisme, le nationalisme au détriment de l’intégration régionale.  La démocratisation peut être le ciment d’un nécessaire partenariat sud – sud. Je  pense essentiellement au Maghreb. C’est une façon de sécuriser la région. «Il s’agit également de créer de nouveaux instruments à la Ligue arabe qui n’a pas pu se réformer et à l’UMA qui se caractérise par sa stagnation».

Propos recueillis par Narjis Rerhaye
Mercredi 16 Février 2011

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