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Entretien avec Faouzi Skali, président du Festival de Fès de la culture soufie : «Notre approche permet d’éviter des écueils du folklorisme et des clichés»




Entretien avec Faouzi Skali, président du Festival de Fès de la culture soufie : «Notre approche permet d’éviter des écueils du folklorisme et des clichés»
La quatrième
édition du Festival
de la culture
soufie- mystique et poésie, aura lieu du 17 au 24 avril prochain, dans
la capitale
spirituelle. Avec au programme plusieurs
conférences
et tables rondes sur divers thèmes en rapport avec
le soufisme
et qui permettent de mieux
appréhender
ce mouvement.
Ainsi que des expositions et
soirées soufies. Quelques
éclaircissements avec son
président, Faouzi Skali.

Libé : Comparativement aux précédentes années, quelle est la particularité de cette édition?

Faouzi Skali : C’est l’ampleur que prend ce projet. Parce que ce qui est important, c’est d’avoir un vrai concept, une vraie identité. C’est-à-dire, une sorte de code génétique de ce que peut devenir ensuite cette création qui se déploie avec le temps.
On ne peut pas avoir dès le début tous les moyens organisationnels et un style propre pour parvenir à la maturité. Il faut au départ qu’il y ait véritablement tous les éléments clairement identifiés de ce que l’on veut réaliser. Ce qui est en train de se passer, c’est qu’il y a un déploiement dans le temps. On commence à voir cette création prendre ses caractéristiques, on commence à voir tout le potentiel qu’elle porte en elle et on commence avoir aussi tout ce qu’elle peut encore développer à l’avenir. Ce qui est quand même fondamental et cela se traduit d’abord par la diversité des participations culturelles qui viennent de l’Inde, Bangladesh, Turquie et d’ailleurs. Mais également par la diversité de la participation intellectuelle qui vient d’Orient et d’Occident, qui sont des penseurs, philosophes, économistes. Il y a aussi une pluridisciplinité à ce niveau-là.
Donc, cela crée un forum d’une nature particulière dont on voit tout l’intérêt et toute l’originalité. Je pense aussi que cela crée, cela me paraît être fondamental, une ouverture sur à la fois quelque chose de très identitaire au Maroc, qui est très ancré dans l’histoire et en même temps qui est porteur de valeurs universelles.
Les gens peuvent venir de partout, de l’Orient ou de l’Occident pour découvrir une richesse et s’en nourrir. Ce qui à mon sens est très précieux, inestimable, parce que cela donne une sorte d’orientation d’une certaine vision du développement. De sorte qu’à partir de cette vision, on peut réfléchir sur la façon de créer ce ciment social, cette synergie sociale et cette intelligence collective qui, elle, est le véritable moteur du développement.

Avez-vous le sentiment qu’après tant d’efforts à expliquer le soufisme, que sa perception dans l’opinion est plus éclairée?

Oui. Très largement parce que cette approche permet d’éviter des écueils du folklorisme et des clichés. Surtout que peu de gens savent que le soufisme est bien au-delà de cette vision.
L’approche de la spiritualité à travers la culture d’abord est fédératrice et puis, ensuite, elle permet d’aller tout de suite à l’essentiel, aux richesses du soufisme. Et ce, au-delà de tous les aspects et de toutes ces manifestations qui ont pu s’accumuler à travers l’histoire, les aléas du temps et qui ont fini par s’assimiler au soufisme lui-même. Donc, d’un seul coup, on ouvre un espace et on découvre ce qu’est le soufisme et on découvre ce que cette spiritualité peut apporter au monde musulman aujourd’hui en termes d’approfondissement et de ses propres valeurs et d’ouverture universelle.

Justement l’engouement récent pour l’islam à travers le soufisme ne  signifie-t-il pas aussi que peu d’efforts ont été consentis, par le passé, pour éclairer l’opinion sur ce mouvement?

Je pense qu’on a laissé les choses se faire. C’est vrai qu’il y a le renouveau spirituel, il y a des terreaux  qui ont joué un rôle majeur, cela a toujours été important. Mais c’est la jonction même entre cette spiritualité très riche et la société qui a manqué, l’élément de rencontre, de passerelle.
Le fait de le faire permet à cette énergie de s’exprimer au grand jour, d’être visible et perceptible par le commun des mortels. Je crois que cela est quelque chose de nouveau et de fondamental.

L’édition 2010 s’intéresse aux manuscrits de Tombouctou et à l’écologie, entre autres. Qu’espériez-vous véhiculer comme messages à travers ce choix ? Etablissez-vous un pont avec le soufisme ?

Justement c’est le pont entre soufisme et société, soufisme et savoir, soufisme et diffusion du savoir, soufisme et diffusion des valeurs. C’est cela qui est intéressant, cette capacité du soufisme à prendre des colorations multiples, à ouvrir des portes multiples. Tout cela, ce sont des réalités. Par exemple, l’écologie sans spiritualité serait sans doute un vœu pieux, une lettre morte parce que la nature dépend de la relation qu’on a avec elle, de la vision qu’on a d’elle, des valeurs que l’on porte en termes de consommation, de relation, de ressourcement. Si on ne pense pas à toutes ces valeurs, quand bien même on prendrait toutes les bonnes décisions du monde, on ferait toujours le contraire de ce qu’on demande. Voilà une réalité spirituelle. Mais en même temps, la diffusion, le rôle joué par les zaouïas et les confréries dans la diffusion du savoir notamment en Afrique est aussi quelque chose de considérable dont il faut prendre connaissance aujourd’hui. Prendre aussi connaissance de cet aspect civilisationnel de l’Afrique et de ne plus se contenter de parler de l’Afrique notammen en termes qualitatifs, mais il faut aussi parler d’elle en termes humains, de savoir et de civilité.

Propos recueillis par ALAIN BOUITHY
Mardi 23 Mars 2010

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