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Entretien avec Abderrahim Chahid, membre du bureau dirigeant du Forum des Alternatives Maroc : “La création du Conseil national de la société civile est une priorité prépondérante”




Entretien avec Abderrahim Chahid, membre du bureau dirigeant du Forum des Alternatives Maroc : “La création du Conseil national de la société civile est une priorité prépondérante”
La société civile bouge. Ses
aspirations
et ambitions
se trouvent
également au cœur de plusieurs débats un peu partout
dans le pays. L’opportunité
des réformes
constitutionnelles reste propice pour exprimer ses revendications pour un Maroc moderne
et démocratique. Abderrahim Chahid, membre du bureau du FMAS nous
livre ici des
explications
sur la dynamique lancée aux niveaux régional
et national dans ce sens. Entretien.

 Libé : Vous avez organisé des forums régionaux autour du thème «Société civile et réformes constitutionnelles». Quel en a été l’objectif?

Abderrahim Chahid : Effectivement, nous avons organisé le 16 avril dernier sept forums un peu partout dans le pays (Laâyoune, Agadir, Marrakech, Oujda, Errachidia, Tétouan et Fès), afin de lancer le débat dans les régions, et prêter écoute à toutes les composantes et franges de la société dans ces régions. Le partage des réflexions et la création d’un espace national restent une priorité, de surcroît pour une question fondamentale comme celle de la Constitution. Ainsi, et contrairement à une habitude consistant à inviter certains membres de la société civile dans les régions à assister aux débats du «Centre», le FMAS a pensé délocaliser les discussions afin de donner l’opportunité aux élites régionales de discuter en grand nombre les axes essentiels et donc bénéficier de leurs suggestions, propositions et réflexions.

Quelle a été votre évaluation de ces forums?

Vous savez que l’expérience du FMAS nous a appris une chose essentielle : à chaque fois que nous lançons le débat au niveau des régions, nous arrivons à tirer un grand profit, étant donné le nombre d’idées prolifiques qui en découlent, mais aussi leur grande qualité. Il s’agit, selon nous, de mettre en œuvre un principe que nous défendons, à savoir la démocratie participative. Il s’agit d’inviter des gens à discuter des choses qui les intéressent et à participer  activement au processus de prise de décision. Nous avons unifié l’ordre du jour et les thèmes à débattre autour de la Constitution et les droits individuels et collectifs, droit à l’égalité, droits culturels et linguistiques amazighs, les recommandations de l’IER, la démocratie participative, les rôles de la société civile.

Mais, vous n’avez pas dans ce cas permis aux régions de débattre de leurs priorités?

Au contraire. Même si certains points ont été unifiés, nous avons pourtant soulevé des questions à chaque région. Nous avons ainsi assisté à la discussion sur le rapport entre la Constitution et le plan d’autonomie et des droits humains à Laâyoune, où toutes les positions ont été exprimées. La question féminine et l’égalité des deux sexes ont été au centre du débat à Tétouan, les droits culturels et linguistiques amazighs à Agadir, la régionalisation et les opportunités de développement à Errachidia, la séparation des pouvoirs et les droits civiques et politiques à Fès…

Vous avez appelé à la constitutionnalisation des rôles de la société civile. Pouvez-vous en expliquer davantage?

La société civile a été de tous les combats durant les trente dernières années. Ses rôles se sont accrus de telle manière qu’ils touchent à la vie publique, l’encadrement, la sensibilisation et le contrôle. Certes, certains dossiers ont été l’apanage des partis politiques, mais c’est bien la société civile qui les a exposés et intégrés dans les revendications sociales. Les questions des droits humains, de la démocratie ont longtemps été au cœur de la lutte entre le pouvoir et les partis politiques. Mais c’est la société civile qui s’est chargée de détailler cette revendication, de la catégoriser et de la transformer en programmes clairs et précis. Ainsi, on avait assisté à l’éclosion de nouvelles générations des droits humains : immigration, femme, enfance, libertés publiques, environnement, niveau de vie, entre autres.

C’est dans ce cadre qu’intervient votre appel à la création du Conseil national de la société civile?

Effectivement, nous avons appelé de tous nos vœux à la création d’un Conseil national de la société civile. Il serait absurde de laisser ce potentiel important en dehors des circuits de la bonne gouvernance. Cet appel, d’ailleurs, s’inscrit dans la constitutionnalisation des institutions de la gouvernance, annoncée par le discours Royal du 9 mars dernier.

La démocratie participative, peut-elle avoir lieu dans une société à haut taux d’analphabétisme?

Là, je reconnais la thèse de certaines voix n’ayant pas une grande vision ni une connaissance de la société, notamment dans son aspect profond. Nous sommes des acteurs qui agissent un peu partout dans le pays, et nous constatons depuis plus d’une vingtaine d’années que le degré de conscience de la société marocaine a connu une certaine évolution. D’ailleurs, les forums ont prouvé que ces gens ne reconnaissent que cette élite du «Centre». Or, dans les régions, il existe des élites nouvelles qui œuvrent dans tous les secteurs, procèdent à des recherches continues, et développent des réflexions loin de toutes les pressions du «Centre». De plus, le degré de conscience ne dépend pas totalement du niveau d’instruction, sinon, nous dirons que les tares du Maroc actuel sont la résultante des «personnes et élites instruites». A partir de cette vision, le FMAS a décidé d’appeler à la constitutionnalisation de la démocratie participative, question de dépasser les tares et limites de la démocratie représentative, d’intégrer les populations dans le processus de prise de décision, de responsabiliser le citoyen quant aux grandes questions de la chose publique le concernant directement ou indirectement.

Comptez-vous adresser ces recommandations issues des forums régionaux à la commission chargée des réformes constitutionnelles?

Nous allons d’abord  procéder les 7 et 8 mai prochain à une rencontre de restitution, afin de pouvoir disposer d’une vision plus globale des revendications, recommandations et suggestions de la société civile dans les régions. Si le plus important est déjà fait, à savoir l’ouverture du débat entre les composantes de la société civile dans les régions, il faut également penser à concrétiser les aspirations et ambitions de la société civile, à condition que ses revendications soient prises en considération.

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Samedi 23 Avril 2011

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