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Entretien avec Abderahim Baria : “L’optimisation de la performance des athlètes, objectif fondamental de la psychologie du sport”




Entretien avec Abderahim Baria : “L’optimisation de la performance des athlètes, objectif fondamental de la psychologie du sport”
Abderahim Baria est professeur d’enseignement supérieur.
Il a fait de la psychologie du sport son cheval de bataille
et a réussi à décrocher, haut la main, l’organisation du 12ème Congrès Mondial de psychologie du sport à Marrakech du 17 au 21 juin prochain. A travers l’Association Marocaine de la Psychologie du sport, le Docteur Baria s’active à sensibiliser tous les acteurs
sur l’importance de cette spécialité pour le bien
du sport national. Libé l’a rencontré. Entretien. 

Libé : Que représente la psychologie dans la pratique du sport?

Abderrahim Baria : La réussite sportive ou l’excellence en sport  est un processus dynamique et systémique fondé sur le développement des capacités physiques, techniques, tactiques, médicales mais aussi psychologiques. Le rôle de la préparation mentale dans l’optimisation de la performance sportive a montré son importance. Longtemps considérée secondaire par rapport à la préparation physique, technique et médicale, la préparation psychologique est aujourd’hui omniprésente dans la sphère sportive.  La publication de revues et périodiques spécialisés dans ce domaine ne cesse d’augmenter.  Ces contributions scientifiques ont permis de donner une visibilité et une reconnaissance à cette discipline à l’échelle mondiale.
La psychologie du sport, comme toutes les sciences, cherche à comprendre, expliquer et prédire les comportements des sportifs afin de les contrôler et de bien les gérer. Son objectif principal est d’aider le sportif ou le groupe de sportifs à développer les ressources mentales requises pour l’optimisation des performances. A cet effet, le psychologue du sport ou selon la nouvelle appellation, le préparateur mental, intervient auprès du sportif pour l’aider d’une part, à  gérer les tensions affectives intra-personnelles (émotions, stress, confiance en soi entre autres) et interpersonnelles,  au sein d’une équipe (cohésion, leadership et team building). Il peut également intervenir auprès des sportifs blessés en les aidant à récupérer rapidement et en leur apportant un soutien psychologique durant la convalescence. La psychologie du sport s’intéresse aussi aux phénomènes relatifs à l’abandon de la pratique sportive, au dopage et à l’agressivité des sportifs, des entraîneurs et des supporters.

Au Maroc quelle place est accordée à la psychologie du sport ?

Avant d’aborder cet aspect, j’aimerais, sur le plan sémantique, clarifier l’appellation de psychologue du sport.  Pour plusieurs sportifs et entraîneurs, le terme « psychologue du sport » est l’équivalent  du psychiatre donc  lié à des problèmes psychologiques.  Pour cela, ce terme peut être remplacé par préparateur mental, définition qui est fortement utilisée par la communauté des spécialistes en psychologie du sport.
Pour ce qui est du Maroc, et selon ma modeste expérience, j’estime que la place de la psychologie du sport ne se justifie pas encore pleinement, et ce n’est qu’en situation de crise qu’on éprouve le besoin de faire appel à un préparateur mental. Franchement, nous avons pris un retard considérable sur les autres pays en ce qui concerne l’accompagnement psychologique des sportifs alors que tout le monde s’accorde à reconnaître son utilité. A titre d’exemple, aux derniers Jeux Olympiques de Pékin, une vingtaine de préparateurs mentaux dont quatre permanents du Comité olympique des EU ont accompagné la délégation américaine. Partant de ces considérations, il devient, désormais, impératif voire urgent à ce que la préparation psychologique soit considérée au même titre que les préparations physique, technique et tactique de nos sportifs. 

Que pensez-vous des entraîneurs qui prétendent que leur formation ou leurs expériences leur permettent, outre le rôle de technicien, d’assumer celui  de spécialiste  en préparation mentale ?

Et pourquoi pas médecin de sport, ou kinésithérapeute? Certes, des fois l’entraîneur est amené à jouer ce rôle notamment dans ses interventions en entraînement (pour l’acquisition des habiletés techniques et tactiques) ou en compétition (speach pré-compétition ou pré-performance). Dans ces types d’interventions, et c’est là la grande erreur, l’entraîneur, dans son discours, se trouve plus centré et focalisé sur le résultat (performance) que sur les capacités et ressources mentales dont disposent  ses joueurs pour  la réalisation de la performance escomptée. Et c’est là le paradoxe! Et ce qui est vrai pour l’entraîneur, l’est aussi pour le joueur, qui, pour satisfaire l’entraîneur, se trouve à son tour centré, et de manière aveugle,  sur le résultat (l’enjeu) que sur le processus mental requis pour la réalisation de la performance (le jeu). En effet, la relation entraîneur-athlète s’inscrit dans un cadre hiérarchique et de leadership assujetti à certaines normes qui pourraient éventuellement dissimuler certains antagonismes difficilement maîtrisables aussi bien par l’athlète que par l’entraîneur.
La formation et l’expérience des entraîneurs leur permettent, certes, d’acquérir des connaissances déclaratives (théoriques) et procédurales (savoir-faire) susceptibles de les aider à mener à bien leur tâche. Ce bagage théorique et expérientiel demeure cependant insuffisant pour affronter et gérer des situations difficiles dans lesquelles l’entraîneur est parfois juge et partie.  A titre d’exemple, un entraîneur pourrait être frustré et déprimé lorsque l’athlète ou le joueur réalise convenablement toutes les tâches techniques et tactiques, mais craque sous la pression. A ce stade, l’entraînement mental s’avère d’une importance capitale aussi bien pour le sportif que pour l’entraîneur. 
La contribution du psychologue dans le domaine sportif constitue désormais une réalité. Toutefois, l’entraîneur et les responsables du sport doivent faire la distinction entre psychologue du sport et celui qui ne l’est pas.  Certaines personnes tentent de se faire passer pour des psys du sport après avoir suivi quelques week-ends de formation en sophrologie ou en P.N.L., etc. Leurs connaissances ne sont en aucun cas les mêmes que celles des psychologues du sport reconnus. A cet égard, une connaissance de la formation du préparateur mental  s’avère d’une importance capitale.
Selon le code de déontologie des associations  américaines et européennes de psychologie du sport, le consultant en psy du sport doit  disposer  au moins d’un master dans le domaine, plus une formation dans le domaine de l’éducation physique et du sport. En effet, l’application des habiletés mentales, relaxation, concentration, imagerie mentale, etc. nécessitent une connaissance approfondie et détaillée des exigences de la performance sportive dans la mesure où il y a des différences significatives entre les exigences  psychologiques inhérentes aux sports individuels et celles liées aux sports collectifs et aux sports de contact  ou non.

Au Maroc, la formation de spécialistes ou diplômés en psychologie du sport n’a pas encore vu le jour.  Parmi les impacts du congrès que l’Association marocaine de psychologie du sport (AMPSYS) organisera en juin 2009, c’est la création d’un master en psychologie du sport soit à  l’Institut national de sport ou à  l’Ecole normale supérieure.  Ce que nous avons à présent au niveau de l’ENS et l’INS, ce sont des cours théoriques indépendants au niveau du cursus de  formation des enseignants d’éducation physique et sportive à l’ENS de Casablanca et au niveau de la formation des entraîneurs et inspecteurs à l’INS de Rabat.

Venons-en maintenant à l’Association marocaine de psychologie du sport (AMPSYS) que vous présidez. L’idée, sa naissance, ses activités?

L’AMPSYS est née en 2003. La première idée pour la création de l’Association était de constituer un organisme pour sensibiliser tous les acteurs du sport national à l’importance du mental dans la performance sportive.  Pour les fondateurs de l’Association, il est regrettable, qu’au début du 21ème siècle, que nous continuons à ignorer la contribution du préparateur mental dans le staff responsable de la préparation générale de l’athlète ou de l’équipe.  La deuxième idée s’articule autour de la contribution de l’AMPSYS à la visibilité nationale et internationale de la psychologie du sport.
L’Association est membre de la Société internationale de psychologie du sport (ISSP) et représente le Maroc à toutes les manifestations internationales en matière de psychologie du sport. Elle regroupe des enseignants et des chercheurs. Son  président est membre du comité exécutif  de l’ISSP.
Elle organise et diffuse des travaux dans le domaine de la psychologie du sport à travers des colloques, publications et rencontres scientifiques.
D’autres actions ont été réalisées pour l’organisation du Congrès mondial. En effet, avant la création de l’AMPSYS, et plus précisément en 2001, Dr. Hassan Nabli et moi-même avions présenté la candidature du Maroc pour l’organisation du Congrès mondial. Malheureusement, nous avons échoué au profit de l’Australie.
En 2005, à Sydney, avec l’aide de l’Association du Trophée Hassan II de golf, dont le président est Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid,  nous avons à nouveau présenté la candidature du Maroc et nous l’avions gagnée face à des concurrents de taille à savoir le Japon, l’Espagne et l’Angleterre.  Cette victoire n’était pas le fruit du hasard, mais résulte d’un effort considérable et d’une stratégie réalisés en amont. En effet, en 2003, à Copenhague, nous avions invité les membres du Comité exécutif de l’Association internationale de psychologie du sport pour organiser en 2004  leur meeting annuel au Maroc.  Nous avions profité de cette opportunité pour d’une part, organiser en marge de ce meeting,  un colloque international de psy du sport et, d’autre part, présenter aux membres du Comité exécutif l’infrastructure d’accueil de Marrakech en matière d’organisation d’événements d’envergure similaire au Congrès mondial de psychologie du sport.

Quel intérêt pourrait représenter la tenue du 12ème Congrès mondial de psychologie du sport au Maroc ?

Le 12ème Congrès de psychologie du sport sera organisé à Marrakech sous la Présidence d’Honneur de Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid, et ce du 17 au 21 Juin 2009. L’Association marocaine sport et développement est notre partenaire à l’organisation.  Le ministère de la Jeunesse et des Sports est notre partenaire institutionnel.
Le Congrès mondial de psychologie du sport est une manifestation scientifique internationale d’envergure qui regroupe tous les quatre ans, et ce depuis 1965, près de 1000 chercheurs de différents pays œuvrant dans ce domaine.  La tenue au Maroc d’une telle rencontre constitue un événement de taille sur les plans sportif, scientifique et géopolitique dans la mesure où pareil congrès n’a jamais eu lieu dans un pays arabe ou africain. 
Jusqu’à présent nous avons reçu la participation de plus de 50 pays. Un certain nombre de pays arabes et africains seront également présents. Nous allons profiter de cette opportunité du Congrès pour créer une Association arabe de psychologie du sport. 
Le programme scientifique du 12ème Congrès mondial de psychologie du sport offrira aux sportifs et responsables du sport national une grande diversité de communications: 52 symposiums  (communications majeures), 12 workshops (ateliers pratiques) et 250 communications orales et 450 communications affichées en matière de préparation mentale des sportifs. Ces interventions auront pour objectif d’œuvrer pour une parfaite intégration de la préparation mentale dans la préparation générale de nos sportifs, et de sensibiliser tous les acteurs sportifs nationaux sur l’importance de la  dimension psychologique quant à l’optimisation de la performance sportive.

Repères
Dr. Abderrahim Baria, Professeur de l’Enseignement supérieur.   Doctorat d’Etat (Ph.D)  en psychologie du sport de l’Université d’Ottawa, Canada 1994. 
-1975 à 1980 Professeur d’EPS 1er Cycle,
-De 1981-84 Professeur d’EPS 2ème cycle.
-1987-1994 MaÎtre Assistant à l’ENS.
-De 1995 à 2005 Maître de conférences à l’ENS.
-Président de l’Association marocaine de psychologie du sport (AMPSYS)
-Membre du Comité exécutif de l’Association internationale de psychologie du sport.

Parmi ses  objectifs : 
-Sensibiliser et conscientiser les athlètes, entraîneurs, cadres et dirigeants sportifs sur l’importance de  la préparation mentale dans la préparation générale des sportifs.
-Offrir des services de consultation et d’intervention psychologique aux sportifs, entraîneurs et cadres techniques marocains.
-Réaliser des travaux de recherche et des enquêtes psychologiques et sociologiques auprès des sportifs  marocains et encourager la recherche scientifique se rapportant à l’éducation physique et aux sports.
-Représenter le Maroc auprès des organismes internationaux de psychologie du sport.
-Organiser des colloques et des congrès nationaux et internationaux de psychologie du sport.

Propos recueillis par Kamal Mountassir
Samedi 14 Mars 2009

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