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Entretien avec Abdellah Yaacoubi : “La mission de l’artiste reste inachevée”




Abdellah Yaacoubi en compagnie d’Anatoly Karpov.
Abdellah Yaacoubi en compagnie d’Anatoly Karpov.
Depuis que
l’ex-champion du monde des jeux d’échecs, le Russe Anatoly Karpov,
est tombé amoureux
de certaines toiles
de l’artiste marocain Abdellah Yaacoubi, il n’a cessé
de l’inviter à exposer dans l’une des plus prestigieuses galeries de Moscou, celle de la Douma, dont il est membre.
Ce qui était virtuel s’est transformé
en réalité, avec
l’organisation
prochaine d’une exposition.
Dans cet entretien accordé à Libé,
l’artiste explique cette opportunité exceptionnelle.


Libé : Comment est-elle venue l’occasion d’accrocher vos toiles sur les cimaises de la Douma?

Abdellah Yaacoubi : Le hasard a voulu que le champion international d’échecs, Anatoly Karpov, qui est député à la Douma, et en même temps président fondateur de l’Association internationale des fondations pour la paix, ait pu voir une petite collection de toiles qu’il a d’ailleurs appréciées. Ceci a créé un certain enthousiasme grâce à une télépathie entre nous. Il s’est proposé de se charger des modalités d’organisation d’une exposition au sein de cette prestigieuse institution.

Quel apport a cette exposition par rapport à votre carrière d’artiste plasticien?

Abstraction faite de sa portée et sa valeur ajoutée artistique aussi importante soit-elle ainsi que tout apport purement matériel, je reste un artiste d’une fibre militante et patriotique. Cela permettra avant tout de marquer la présence du Maroc dans une institution qui ouvre difficilement ses portes aux étrangers. Que tout Marocain, quand il est à l’étranger, devienne ambassadeur de son pays là où il se trouve est chose normale, surtout s’il prend conscience et essaie d’être à la hauteur de son rôle. Cela ne diffère en rien d’un émissaire mandaté pour les circonstances, qui s’érige en porteur d’un message qui relève de ses fonctions et s’en acquitte convenablement. L’objectif est la présentation d’une bonne image de notre pays.

Mais dans le cas d’espèce, c’est très différent?

Effectivement, être présent à la Douma par des toiles interposées… Des toiles qui viennent du fin fond du Sahara marocain, comme je l’ai dit plus d’une fois, de ces dunes de sable pour enlacer les étendues d’une Sibérie drapée de sa belle fourrure blanche, c’est tout simplement magnifique. C’est la quintessence d’un message artistique universel. Des peintures aux couleurs azur-atlantique qui surfent sur les eaux de la Baltique ou encore ces rayons de lumière éclatante émanant des hauteurs de l’Atlas pour se briser sur les sommets de l’Oural.

Quel est l’impact sur vous en tant qu’artiste marocain?

Toute cette poésie picturale et cette mélodie chantée fusionnent pour créer chez nos amis russes, et représentants du peuple de surcroît, une émotion, une volupté, qui va droit au cœur et qui transcende les différences pour se loger dans les âmes…Tout cela pour construire, sinon consolider et conforter les ponts d’amitié et de l’amour entre nos deux peuples. C’est ce sentiment qui s’est accaparé de tout mon être quand j’ai eu cette chance, en tant qu’artiste, de mettre les pieds à l’intérieur de la Douma et de pouvoir discourir, et dire le Maroc, en présentant des œuvres artistiques  à des personnalités connues pour leur érudition en la matière et leur haut niveau dans le domaine de l’art sous toutes ses formes. Je me sentais si petit par ma personne intrinsèque, mais grand, combien grand par la mission dont j’étais en train de m’acquitter.
Quelle est la source d’inspiration des toiles que vous comptez exposer à la Douma?
Justement, c’est ce choix qui était à l’origine de toutes ces réactions positives et qui a poussé ces grandes personnalités du monde de la politique, de l’art et de la culture à m’adopter à travers mes œuvres et à parrainer le projet de cette exposition. Le thème que j’ai développé reprend un sujet mythique russe, qui est le ballet… Le ballet de Tchaïkovski, de Gorsky, Borodine Rimsky ou autres. Donc c’est un thème qui reprend la culture russe, les images du patrimoine russe, mais qui est venu de l’autre bout du monde, avec l’imaginaire, les couleurs et la vision de la vie de cet autre bout du monde…

L’artiste joue donc un rôle dans la mise en valeur du potentiel de son pays d’origine.

Très souvent, le Maroc est méconnu. Son histoire ancrée dans le temps, sa civilisation riche, sa culture rayonnante, son architecture, ses arts, tout cela est peu connu, même chez des peuples avec lesquels nous avons des relations séculaires et avec lesquels nous avons signé des accords de partenariat. Et c’est grâce à des actions culturelles de ce genre, et surtout par le choix de certains sujets et instruments qui réduisent les différences, que l’on peut susciter ces sentiments humains, je dirai cosmiques, qui poussent à la compréhension et à l’estime entre les peuples. J’ai tenu à leur dire à travers le thème choisi que même si le ballet est né en Russie, il demeure le ballet de l’homme dans sa dimension universelle. Il est le ballet de la vie de tout être humain, qu’il soit russe, chinois, africain ou de quelques autres régions de ce monde.
De quel courant artistique êtes-vous le plus proche?
Je suis à la fois pseudo-figuratif, impressionniste, postimpressionniste ... Selon le sujet, peut-être selon l’humeur du moment. Non, je pense que je suis surtout ‘’humaniste’’ si on peut parler d’un courant artistique humaniste. Bref, je laisse aux spécialistes et autres critiques la tâche de me caser quelque part. En attendant, le chemin est long et la mission de l’artiste ne s’achève jamais.

Cela veut dire quoi pour vous “les couleurs”?

C’est mon alphabet universel avec lequel je parle au monde. C’est ma langue ‘’esperanto’’ qui permet à tout un chacun de saisir, selon son angle de vue, le fond de toile et l’arrière-plan des non-dits. C’est ma musique qui chante la paix de l’âme, le repos des sens… C’est ma liqueur qui m’enivre et me transporte, avec ceux que j’aime, c’est-à-dire tous les autres, en dehors du temps et de l’espace pour la quiétude éternelle… Les couleurs, pour moi, c’est la délivrance du joug des mots assassins, c’est la liberté de toute censure inopportune, c’est la dignité retrouvée avec toute sa grandeur et son humilité… Enfin, c’est la transposition de tous mes sens pour les immortaliser et me les approprier à jamais.

Pensez-vous que les arts plastiques au Maroc se portent bien?

 Oui, ils se portent bien. Toutes ces expositions, toutes ces créations, tous ces noms qui défilent, prouvent qu’il y a mouvement et donc dynamique. L’art plastique est en train de s’imposer par soi-même. Des métiers appropriés sont en train de naître, de gravir autour et de prendre forme. C’est de bon augure. Je suis et je resterai optimiste. Et je saisis l’occasion pour dire : bon courage et bonne chance à tous et à toutes les artistes.

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Lundi 10 Décembre 2012

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