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Entretien avec Abdelhamid Fatihi, secrétaire général de la FDT

Le gouvernement ne cesse d’opter pour la politique de la terre brûlée et de remettre en cause les acquis de la classe ouvrière




La FDT organise une grève nationale dans la Fonction publique et les collectivités locales ce jeudi 11 février

Entretien avec Abdelhamid Fatihi,  secrétaire général de la FDT
La tension sociale est à son comble. A preuve, le nombre croissant de mouvements de protestation qui ne sont pas encadrés par les syndicats. Comment expliquez-vous ce fait ? 
Abdelhamid Fatihi : Effectivement, au cours de l’année écoulée et au début de cette année, nous avons constaté la montée des mouvements de protestation de certains groupes sociaux, victimes des décisions gouvernementales prises sous la pression des institutions financières internationales. Dans ce sens, nous avons suivi le mouvement de protestation des médecins qui se sont insurgés contre le service civil obligatoire. Et nous avons vu comment le gouvernement a cédé à la pression de la rue et comment il est  revenu sur son projet qui n’était absolument pas fondé sur les préoccupations de sauvegarder les postes de travail et les équilibres sociaux.
Nous avons vu également le mouvement des médecins internes et résidents pour défendre la noblesse de leur métier et s’élever contre une réalité sanitaire déplorable marquée par un déficit en ressources humaines et en établissements hospitaliers.
Nous suivons jusqu’à ce jour le déroulement du mouvement des enseignants stagiaires qui défendent depuis quatre mois leurs acquis qui ont été tout bonnement remis en cause par deux décrets gouvernementaux. Ces deux décrets visent, en fait, à liquider l’école publique et constituent une tentative d’ouvrir ce secteur  au privé. Mais le patriotisme de ces jeunes enseignants a mis l’Exécutif  dans l’embarras devant   l’opinion publique marocaine et internationale, notamment après la répression qu’il a diligentée contre ce mouvement et qui constitue un point noir dans les annales de ce gouvernement.
Parallèlement à ces mouvements sectoriels non syndiqués, l’action syndicale est marquée par un véritable cafouillage. Notamment en ce qui concerne son approche de la question sociale et au niveau de la gestion de sa relation avec l’Etat. La pluralité syndicale, n’ayant pas donné lieu à une concurrence dans la production de formes nouvelles d’encadrement et de protestation, est devenue aujourd’hui un handicap, car l’action syndicale ne dispose pas d’un horizon clair et ne répond aucunement aux attentes de la classe ouvrière. Cela pose avec acuité la question de la réalité du mouvement syndical dans notre pays et son avenir.

La FDT fait partie de ce champ syndical national que vous avez évoqué. Disposez-vous d’une approche pour faire face à cette situation sociale explosive ?
Nous sommes à la FDT conscients des tares du champ syndical dont la FDT fait partie. Forts de la détermination et la volonté des militants, nous voulons créer un nouvel horizon d’optimisme au sein de la classe ouvrière marocaine. Dans ce cadre, nous sommes les premiers à avoir appelé à la nécessité d’adopter une loi sur les syndicats stipulée par l’article 8 de la Constitution. Cela a été fait via une question adressée au chef du gouvernement lors d’une séance mensuelle consacrée aux questions de politique générale à la Chambre des conseillers, et une question orale adressée au ministre de l’Emploi. Nous avons également adressé des appels à toutes les composantes du mouvement syndical en vue d’unifier leurs actions et partant faire face à la politique de la remise en cause des acquis que la classe ouvrière avait réalisés grâce  notamment aux accords signés auparavant et au dialogue social.
Sur le plan pratique, nous avons établi un agenda de protestation initié depuis le 16 janvier 2016 en organisant un sit-in à Oujda. Suivant ce plan, nous avons organisé successivement des marches régionales à Khouribga, Meknès, Taza, Larache, Kénitra, Sidi Slimane, Béni Mellal, Essaouira et Agadir. Ce mouvement culminera avec l’organisation d’une grève nationale dans la Fonction publique et les collectivités locales ce jeudi 11 février 2016. Après cela, nous allons évaluer notre action et nous poursuivrons notre plan de protestation dans le cadre de la transparence et de la responsabilité.

Croyez-vous que le gouvernement reviendra sur son projet de réforme des caisses de retraite sous la pression de votre mouvement de protestation?
Le problème ne réside pas dans cette question. Le gouvernement a choisi depuis les élections du 25 septembre 2011, d’adopter la politique de la terre brulée. Il a remis en cause tous les acquis enregistrés. Il a gelé le dialogue social et les accords signés avec les gouvernements précédents, augmenté les impôts et fait entériner les projets de loi concernant le régime de retraite civile sans concertation avec les centrales syndicales. Aucun syndicaliste responsable ne saurait accepter le fait accompli ni garder le silence.

Concernant le dossier de la retraite et vu que le gouvernement a passé sa réforme au forceps, que comptez-vous faire pour vous y opposer ?
Les gouvernements précédents avaient  conscience que la réforme des retraites est un dossier national qui nécessite de fédérer les énergies de toutes les composantes sociales concernées par ce dossier. Et ce dans le but de parvenir à un consensus permettant de réaliser une réforme globale et pérenne. Dans ce cadre, une commission nationale et une commission technique de la réforme des caisses de retraite ont été créées en 2004. Elles ont fonctionné jusqu’à l’arrivée de ce gouvernement. Elles ont abouti à des conclusions essentielles qui constituent les bases générales de la réforme globale. Le travail de ces commissions a été accompagné de mémorandums et d’avis des institutions nationales et internationales qui appelaient à la réforme globale de toutes les caisses de retraite.
Mais malheureusement, ce gouvernement a fait fi de cette accumulation de 10 ans de travail de la commission nationale, des avis de toutes les institutions nationales et a adopté une reforme du seul régime des retraites civiles en édictant des règles qui ne sont nullement favorables aux  fonctionnaires, lesquels souffrent de la cherté de la vie, du gel des salaires et de l’augmentation des taxes et impôts.
Nous allons poursuivre notre lutte avec toutes les composantes du champ syndical, et ouvrir un débat avec les partenaires politiques, sociaux et économiques au Parlement pour clarifier notre position et expliquer notre vision de la réforme.

Le groupe de la CGEM à la Chambre des conseillers a récemment présenté une proposition de loi organique relative au droit de grève. Quelles remarques faites-vous à ce sujet?
Quand les prémisses divergent, les approches le sont aussi. La présentation d’une proposition de loi organique par le groupe de la CGEM à la Chambre des conseillers est tout à fait normale. La Constitution dispose clairement que les lois organiques doivent être adoptées durant cette législature. La proposition de loi organique en question mettra le gouvernement dans l’embarras. Pour notre part, nous respectons les dispositions de la Constitution et sa suprématie et nous estimons qu’il est temps qu’une loi organique relative au droit de grève voie le jour. Mais à condition qu’elle garantisse les droits et les libertés consacrées dans toutes les démocraties du monde et par les conventions internationales des droits de l’Homme.

Propos recueillis par M. El Idrissi
Lundi 8 Février 2016

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