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Entretien avec Abdelaziz Ioui, membre du Bureau central de la Fédération démocratique du travail

Benkirane défend les positions du patronat au détriment des salariés




La proposition de loi de la CGEM sur la grève est truffée de dispositions qui rendent l’exercice de ce droit presque impossible

La FDT organisera une grève nationale dans la Fonction publique et les
collectivités
territoriales demain jeudi. Les raisons en sont nombreuses. A l’image même de nombre de décisions antisociales que
le gouvernement Benkirane ne cesse de prendre et qui portent atteinte
tant au pouvoir d’achat des classes laborieuses qu’aux acquis que ces dernières ont
arrachés de haute lutte depuis fort longtemps.
Nous nous en sommes entretenus avec Abdelaziz Ioui, membre du Bureau central
de la FDT.


Libé : Quelles sont les raisons de cette grève ? Et pourquoi avez-vous choisi de faire cavalier seul ?
Abdelaziz Ioui : La FDT a assumé ses responsabilités en appelant à cette grève du 11 février 2016. Devant l’obstination du gouvernement et ses décisions qui portent atteinte aux acquis et aux droits des salariés, nous n’allons pas garder le silence comme les autres centrales syndicales.   

Certains ont accusé les syndicats d’avoir abandonné la classe ouvrière et d’autres ont affirmé que le gouvernement a acheté le silence desdits syndicats concernant notamment la réforme des caisses de retraite. Qu’en pensez-vous ?
Devant le silence des dirigeants syndicaux, et je tiens à préciser qu’il s’agit ici des dirigeants, les salariés ont le droit de penser ce qu’ils veulent. Quand on voit la position vacillante de ces dirigeants devant la remise en cause par le gouvernement des acquis des salariés arrachés de haute lutte, on peut s’attendre à ce genre de commentaires et d’opinions. Les dirigeants syndicaux doivent assumer leurs responsabilités surtout durant cette étape cruciale. S’ils continuent de garder le silence devant tout ce qui passe actuellement, ce sera un coup fatal pour l’action syndicale.

Le groupe de la CGEM à la Chambre des conseillers a récemment présenté un projet de loi organique relatif au droit de grève. Quelles sont vos remarques à ce propos et pourquoi les centrales syndicales représentées au sein de cette même Chambre n’ont-elles pas pris l’initiative de présenter un projet de loi similaire ?
Ce fut une surprise pour moi. Car nous savons tous que les libertés syndicales dont notamment le droit de grève est rarement respecté dans le secteur privé, à cause d’un tacite compromis entre les syndicats et le patronat. Depuis longtemps, la FDT a appelé à l’adoption d’une loi sur les syndicats à l’instar de la loi sur les partis politiques. Nous croyons que cette loi permettra d’organiser le champ syndical et de le préserver de cette pluralité fictive et trompeuse. Cette loi permettra également d’imposer la transparence et la responsabilité dans la gestion des syndicats.
Le gouvernement a tardé à présenter le projet de loi organique sur le droit de grève. Il faut comprendre l’initiative du groupe de la CGEM dans ce cadre-là. Mais cette version n’est qu’une reproduction de la version que le gouvernement d’Abass El Fassi avait déjà préparée. Au lieu de réglementer ce droit, la proposition de la CGEM est truffée de dispositions qui rendent l’exercice de ce droit par les salariés presque impossible.
Pour cette raison, nous sommes contre la méthodologie et le contenu de cette proposition. Nous sommes avec l’organisation du champ syndical via l’adoption d’une loi sur les syndicats, mais en respectant les acquis démocratiques, les droits et notamment le droit de grève. Ce genre de lois doit être adopté en concertation avec les centrales syndicales dans le cadre du dialogue social. Mais, malheureusement et comme vous le savez, depuis l’investiture de ce gouvernement, le dialogue avec les syndicats est presque inexistant faute d’une volonté politique de l’Exécutif.

Concernant le dossier de la réforme de la retraite, le gouvernement est en train de faire  passer la sienne au forceps. Que comptez-vous faire pour contrer ce forcing ?
 Le dossier de la réforme des caisses de  retraite constitue la pomme de discorde entre le  gouvernement et les centrales syndicales.
Le projet proposé par le gouvernement est dangereux et inacceptable. Primo, c’est un projet unilatéral, car il a été élaboré sans concertation avec les syndicats. Secundo, c’est un projet qui porte atteinte aux intérêts des fonctionnaires : l’âge de la retraite passe de 60 à 63 ans, les ponctions vont passer de 20 à 24 % et, pire encore, les fonctionnaires obtiendront une pension moindre à l’âge de retraite. La balle est désormais dans le camp des syndicats qui doivent assumer leurs responsabilités. Nous, au sein de la FDT, avons décidé de réagir pour contrer ce projet. La grève du 11 février n’est qu’un début. Nous n’allons pas nous résigner. Nous devons continuer notre lutte. Notre position et notre action sont un message adressé au gouvernement à savoir que nous n’allons pas garder le silence face à la remise en cause des acquis des salariés.  Nous nous adressons également aux dirigeants syndicaux en les exhortant à ne pas cautionner le  complot du silence.
Lors d’une séance parlementaire, le chef du gouvernement avait estimé que certaines revendications des syndicats sont inacceptables comme l’augmentation de 25% des salaires dans les secteurs public et privé. D’après lui, «l’exécution d’une telle mesure risquerait de grever le budget» puisqu’«elle nécessitera la mobilisation de 27 milliards de DH supplémentaires chaque année» et que cela aura «un impact sur les entreprises et, par conséquent, sur la création de postes d’emploi». Pensez-vous que cet argumentaire soit convaincant ?
Absolument pas. Je crois que cette déclaration du chef du gouvernement le condamne. Elle prouve qu’il défend les positions du patronat au détriment des salariés. Ce qui le préoccupe, c’est la compétitivité des entreprises, alors qu’un chef du gouvernement doit avoir une vision globale qui prend en compte les volets politique,  social et économique.   

Le coût de la vie n’ayant cessé d’augmenter, quelle stratégie comptez-vous adopter pour imposer une augmentation des salaires ?
Effectivement, le gouvernement a pris plusieurs mesures qui portent atteinte au pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes. Cela constitue un danger pour la paix sociale et la stabilité du pays. L’Exécutif semble défendre un projet sociétal néolibéral, mais nous croyons que la démocratie ne signifie pas seulement des élections et des débats au Parlement. Il faut en plus de la démocratie politique, instaurer une démocratie sociale qui défend la dignité des salariés.

Propos recueillis par Mourad Tabet
Mercredi 10 Février 2016

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