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Entretien avec Abdallah Rami, ancien coureur cycliste gadiri : “Le cyclisme demande beaucoup de moyens, de la discipline et un encadrement compétent”




Entretien avec Abdallah Rami, ancien coureur cycliste gadiri  : “Le cyclisme demande beaucoup de moyens, de la discipline et un encadrement compétent”
On ne peut évoquer
le cyclisme à Agadir avant le séisme du 29 février 1960, sans
parler de Abdallah Rami ou Abdallah Founty du nom du
quartier où il habitait, ancien coureur cycliste gadiri. Abdallah était un bon rouleur doublé d’un sprinter comme
on n’en voit plus
malheureusement
de nos jours. Dans
l’entretien qui suit,
il revient sur les grands moments
de sa brillante carrière
et nous met dans
l’ambiance du
cyclisme de l’époque.

 
Libé :En quelle année avez-vous commencé à pratiquer le cyclisme et dans quel club ?

Abdallah Rami : J’ai commencé à faire du cyclisme en 1951 au Vélo Club d’Agadir (VCA).

Combien y avait-il de coureurs dans votre club ?

Une quarantaine, des Français, des Espagnols, des Portugais, et quinze Marocains.

Pouvez-vous nous citer quelques noms ?

Oui. Il y avait, Mellouk, Torrès, Argambaud, Belcaïd, Moulay Hassan, Benaïssa, Lauretta, Faget, Mortaji , Kacimi, Dassari, Perrier, Abdelkrim, Lebsir, Lefebvre, Mohamed, Tayanto…

Comment pratiquait-on le cyclisme  dans les années cinquante ?

On devait beaucoup compter sur soi-mêmes. On s’entraînait tout seuls car on n’avait pas de directeur sportif comme c’est le cas aujourd’hui. On achetait son vélo qui coûtait à l’époque l’équivalent de 1000DH aujourd’hui. On s’entraînait par petits groupes de six ou sept, à raison de  trois fois par semaine (mardi-jeudi et dimanche s’il n’y avait pas de course). Et comme tout le monde travaillait, on sortait à 4 heures du matin. Comme il faisait encore nuit, on s’éclairait à l’aide de dynamos comme sur les bicyclettes ordinaires. On faisait soit Agadir-Oulad Teïma en aller et retour, soit Agadir-cap Ghir en aller et retour, soit en moyenne 80 km par sortie.

Y avait-il des courses le week-end comme aujourd’hui ?

Oui. Mais seulement le dimanche, à raison d’une fois par semaine ou par quinzaine. 

Qu’est-ce qu’il y avait comme courses à cette époque-là ?

Il y avait le Grand prix du Sud, et des courses un peu partout au Maroc, à Casabanca, Safi, Marrakech, Tétouan, Tanger, Kénitra, Youssoufia…

Combien y avait-il de partants en ce temps-là ?

Il y en avait beaucoup. Il y avait très souvent plus de 200 partants. Une fois, on était 217 participants, ce n’est pas comme de nos jours. Il y avait des Marocains, des Français, des Espagnols, des Portugais, entre autres.

Et les juniors ?

Ils couraient localement seulement.

Vous avez parlé de votre participation à plusieurs courses en dehors d’Agadir, dans quelles conditions se faisaient les déplacements ?

En ce temps-là, on se déplaçait en car et à nos frais. On payait également les droits de licences. On était suivis seulement dans les courses locales. On se déplaçait tous les quinze jours. Les meilleurs faisaient des courses à l’échelon national et les autres couraient localement. On quittait Agadir le samedi après-midi pour courir le dimanche et rentrer le soir-même car il fallait pointer au boulot lundi  matin. Mais à partir de 1958, on a commencé à se déplacer dans la voiture du président, M.  Pascal. Le club se chargeait alors de tout.

Et en cas de panne en course, comment faisiez-vous ?

Eh bien, on devait se débrouiller tout seuls car on n’avait pas de mécano comme aujourd’hui. C’est pour cela qu’on emportait toujours un boyau de secours, voire-même deux et un bidon. Une fois, on avait  organisé un concours de changement de boyau, en 1958, pour désigner le coureur le plus rapide et je l’ai remporté en effectuant un changement de boyau en 37s et 7 coups de pompes pour le gonfler.

Quelles étaient les distances moyenne des courses ?

Sur route, on faisait Agadir-Tiznit (A/R 180 km), Agadir-Taroudant (A/R 160 km), Agadir-Aoulouz (A/R 190 km), Agadir-Aït Baha (A/R 140 km), Casablanca-Kénitra par Sidi Bettache (A/R 280 km). La distance minimale à cette époque-là était de 110 km. La moyenne des circuits variait entre 60 et 80 km. On faisait aussi Agadir-Tamri en  aller et retour avec arrivée en haut de la Kasbah d’Agadir Oufella. Il faut reconnaître que les règlements de l’époque le permettaient aussi. De notre temps, les coureurs avaient les jambes bien pleines. 

Avez-vous déjà couru le Grand Prix Oulmès ?

Oui, en 1957. A l’époque, c’était une course de 07 étapes avec 150 partants. J’ai fait 14ème.

Et le Tour du Maroc, y avez-vous déjà  participé ?

Bien sûr. J’ai participé à l’édition de 1967 avec les frères suédois Petterson(Gösta, Sture, Erik et Tomas). C’est d’ailleurs Gösta Petterson qui a remporté le Tour cette année-là.

Vous rappelez-vous de l’itinéraire emprunté par le Tour cette année-là ?

Oui. (Abdallah a soigneusement gardé un exemplaire de l’itinéraire de ce Tour qu’il nous a montré lors de cet entretien): Casablanca-Rabat-Kénitra-Tanger-Tétouan-Larache-Meknès-Fès-Khénifra-Beni Mellal-Marrakech-Agadir par le Tizi N’test-Essaouira-Safi-Casablanca. C’était l’époque des grandes étapes : Ouirgane-Agadir par le col du Tizi n’Test(230 km), Safi-Casablanca(230km), Kénitra-Tanger(230 km ), Larache-Meknès(203 km)…Il y avait au total 14 étapes soit une distance totale de 2116 km. Je me suis classé 28ème.

Quels sont les coureurs que vous avez connus à cette époque-là ?

J’ai connu, des grands noms du cyclisme national : Bahloul, Touil, Ben brahim, El Gourch , Mamdouh, Lacheb, Farak, M’hani, Belcaïd, Braire, Longo, Ramdane, Driss Ben Abdeslam, Dorcet, Abdallah kaddour, Salah Ben Omar entre autres

Des anecdotes, vous en avez certainement à raconter. Racontez-nous en une !

Oui effectivement. Une fois, on courait Inezgane-Amskroud. Je crève un boyau à la sortie d’Inezgane. Je le change rapidement et je fais 10 km tout seul et, je rejoins Talek qui a eu, lui aussi, une crevaison. Je l’aide à changer de boyau et nous partons tous les deux à la chasse du peloton que nous rejoignons à l’entrée d’Amskroud. J’ai, non seulement rattrapé le peloton, mais j’ai également remporté la course. 

Si Abdallah, une dernière question. Que pensez-vous du niveau du cyclisme actuellement ?

Je vous dirai qu’il n’est plus comme avant. Aujourd’hui, on veut gagner tout de suite; on ne sait pas patienter. Le cyclisme est un sport difficile qui demande beaucoup de moyens, de la rigueur, de la  discipline et un encadrement compétent. 

Propos recueillis par M’BARK CHBANI
Mardi 31 Août 2010

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