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Entreprises au Canada : on a besoin des petites... comme des grandes




Entreprises au Canada : on a besoin des petites... comme des grandes
Au Canada, dès qu'une
campagne électorale
commence beaucoup d'hommes politiques
instrumentalisent l'image des Davids luttant contre les Goliaths afin de
justifier de privilégier les petites entreprises
 par rapport aux grandes.
Loin de nier l'importance d'aider les petites
entreprises en réduisant leurs fardeaux fiscal et
réglementaire, Vincent Geloso, économiste à l'Université de Montréal, explique la stérilité de
cette approche et démontre pourquoi les grandes
entreprises sont éligibles
au même titre que les petites à la simplification
de la fiscalité et des
réglementations régissant leurs affaires.
Au Canada, dès qu'une campagne électorale commence beaucoup d'hommes politiques expliquent que ce sont les petites entreprises qui mènent l'économie canadienne. Ainsi, il faudrait, selon eux, diminuer leur fardeau fiscal et réduire leur paperasserie de manière à les aider dans leur concurrence avec les grandes entreprises.
Qui ne souhaite pas réduire le fardeau des petites entreprises ? A gauche, beaucoup voient les petites entreprises comme des Davids luttant contre les Goliaths que seraient les grandes entreprises mal intentionnées et avides. A droite, les propriétaires de petites entreprises sont vus comme l'idéal du "self-made man", qui part de rien et lutte pour créer le succès.
Il paraît bien sûr logique de limiter l'intervention publique à son strict nécessaire de manière à aider les petites entreprises à entrer sur le marché et à croître. Pour autant, les grandes entreprises ne devraient-elles pas aussi avoir "droit" à des réglementations réduites au strict nécessaire et à moins de fardeau
fiscal ?
En 2005 les entreprises avec plus de 500 employés représentaient 44,27% de la main d'œuvre employée. Si l'on inclut toutes les entreprises qui emploient plus de 100 personnes, la proportion atteint 60% de la main d'œuvre.
Entre 2000 et 2007 cette proportion s'est maintenue au même niveau. Mais si nous considérons les grandes entreprises pour inclure les entreprises opérant avec des revenus supérieurs ou égaux à 75 millions de $C, nous voyons alors qu'elles ne représentent que 0,24 % de toutes les entreprises enregistrées au Canada (canadiennes ou étrangères). Si nous considérons les entreprises moyennes, définies par les Statistiques Canadiennes comme ayant gagné un revenu supérieur à 50 millions $ C, nous obtenons le chiffre de 0,78 % des entreprises au Canada.
La part de l'emploi est seulement la partie visible de l'iceberg. Les études aux Etats-Unis et au Canada ont montré que les travailleurs embauchés dans des grandes entreprises gagnent substantiellement plus que leurs collègues dans les entreprises plus petites. L'étude majeure des Statistiques du Canada sur cette question a déterminé que les salaires augmentent quand l'entreprise grandit, et que les hommes dans les grandes entreprises entre 1986 et 1997 gagnaient entre 39% et 46 % de plus que leurs collègues en petites entreprises. Les femmes gagnaient entre 35% et 42% de plus.
Ceci reste vrai aujourd'hui. Les revenus hebdomadaires s'accroissent avec la taille des entreprises. En 2007 un employé dans une entreprise de plus de 500 personnes gagnait 24% de plus qu'un employé dans une entreprise de moins de 50 personnes. Par ailleurs, comme le relève l'économiste Patrick Luciani, les petites entreprises créent des emplois au même rythme que les grandes entreprises.
Il faut noter de plus que les grandes entreprises offrent des avantages généreux et des meilleures conditions à leurs employés. Les grandes entreprises disposent des moyens d'offrir une garderie aux enfants des employés, une assurance pour les soins dentaires, des bonus, une formation supplémentaire, des congés supplémentaires et toutes ces choses auxquelles peuvent penser leurs départements des ressources humaines pour attirer des collaborateurs. De tels avantages sont bien moins fréquents dans les petites entreprises.
Bien sûr les petites entreprises sont d'une nécessité absolue. Après tout, Microsoft a été un jour une petite entreprise. Mais le succès, la performance et la croissance des petites entreprises dépendent plus de leur talent entrepreneurial que du secteur qu'elles choisissent. La plupart des petites entreprises qui sont rapidement devenues des grandes ont émergé dans des secteurs naissants comme les télécommunications, l'informatique, les biotechnologies. Facebook et Google étaient tous deux des start-ups à forte croissance qui sont devenues rapidement énormes. Cela explique sans doute pourquoi une étude récente a révélé que les entreprises les plus innovantes au monde étaient finalement toutes de grandes sociétés telles que Google, Facebook, Apple, Nintendo, Nokia et Amazon.
Il ne faut pas oublier par ailleurs que les petites entreprises dépendent largement des grandes entreprises. Tout ce que les grandes entreprises ne trouvent pas rentable à faire par elles-mêmes est délégué à des sociétés plus modestes. Les petites firmes de communication passent très souvent des contrats juteux importants avec des grandes sociétés pour accéder à de nouveaux marchés ou pour des relookages de l'image de la société. Les grandes sociétés emploient aussi les plus petites pour, par exemple, installer le chauffage dans leurs bureaux.
Certains peuvent ne pas aimer les grandes sociétés. Pourtant elles contribuent énormément à notre prospérité économique et à notre compétitivité internationale. On dit souvent que "small is beautiful", mais il se trouve aussi que "big is
beautiful".
Vincent Geloso économiste
 à l'Université de Montréal.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org.

Vincent Geloso
Vendredi 30 Janvier 2009

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