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Entre le doux rêve d’insertion et une réalité faite d’exclusion : Le triste quotidien des enfants en situation de handicap




 Le résultat est sans équivoque : les classes intégrées pour les enfants en situation de handicap sont devenues des espaces d’exclusion et de discrimination par excellence. Dans certaines écoles, les élèves handicapés n’ont même pas le droit d’utiliser les toilettes communes ou de sortir pendant les récréations.  Le manque de suivi, la pénurie de moyens  pédagogiques et de formateurs qualifiés ont conduit cette expérience à l’échec. Tels sont les premiers constats de l’enquête de terrain menée par l’Association la Colombe Blanche pour les droits des personnes en situation de handicap au Maroc (ACB) révélés lors du séminaire international organisé en janvier courant.
Destiné à dresser un état des lieux sur les perceptions des personnes en situation de handicap (PSH) à propos de leurs  droits dans la région du Nord du Maroc, le document en question a révélé qu’il existe deux types d’intégration dans l’école publique. Celle des personnes en situation de handicap léger, à savoir les handicapés moteurs qui suivent des cours en classes normales situées au rez-de-chaussée des établissements scolaires et celle appelée classes intégrées qui ne sont d’autres que des salles délabrées confiées à une association en vue de les réaménager et les équiper pour accueillir les PSH, tous types confondus. Notons que la catégorie d’enfants handicapés mentaux est privée d’accès à l’école publique partout au Maroc.
 L’enquête a montré que ces élèves ne participent à aucune activité scolaire, n'ont pas droit aux visites médicales et leur inscription se fait sur plusieurs mois, et ce sans respect des circulaires ministérielles. Certains directeurs des écoles publiques attendent de recevoir une dizaine d’élèves pour pouvoir créer une classe intégrée. Pis, les élèves handicapés sont enfermés dans cet espace sans aucun échange avec leurs camarades des autres classes.
La scolarisation de ces PSH est, en grande partie, assurée par des associations non accompagnées et non reconnues par les pouvoirs publics, tandis que les programmes scolaires en vigueur ne sont pas adaptés aux besoins et aux spécificités de ces enfants. Le corps enseignant, quant à lui, n’est pas formé pour assurer cette action pédagogique surtout avec un effectif de plus de 40 élèves par classe.
L’enquête a indiqué, par ailleurs, que ces associations  jouent désormais le rôle du ministère de l’Education nationale, en prenant en charge l’équipement des classes et le recrutement des encadrants. Pourtant, cette mission n’a rien de réjouissant puisque ces ONG sont soumises à des contrôles stricts de la part de la direction des établissements scolaires et sont menacées par la fermeture des classes par la délégation du MEN qui pourrait récupérer des salles quand bon lui semble. Pire, elles devront faire face au refus de certains directeurs d’inscrire des élèves handicapés. Ces chefs d’établissements motivent leur refus par l’absence d’accessibilité à ces lieux pour ces enfants.
En citant l’exemple du Nord du Maroc, le document de l’ACB a souligné que cette région  ne possède pas de classes intégrées dans l’école publique. Il a précisé que seules deux écoles fonctionnent pour les non-voyants avec une capacité d’accueil de 75 apprenants, ce qui ne permet pas de  répondre à toutes les demandes. De plus, ces écoles ne sont pas conformes aux standards internationaux en la matière et les enseignants sont, en général, tous des non-voyants et dispensent plusieurs disciplines en même temps.  Pis encore, le cursus scolaire s’arrête souvent au niveau collégial ; dans le cas contraire, les élèves sont contraints de quitter leur région pour aller poursuivre leurs études à Oujda, Fès  ou Casablanca.
Concernant les enfants non-voyants des douars de la région, ils sont tout simplement exclus de la scolarisation pour des raisons objectives ou subjectives.
Les rédacteurs de ce rapport ne vont pas par quatre chemins. D’après eux, ces classes intégrées sont un échec à l’état actuel. Car elles ne sont pas aptes à former ces enfants ni à leur offrir une réelle sociabilité, encore moins un avenir meilleur. « Ces écoles confisquent les droits des enfants handicapés à l’éducation », note l’enquête avant de conclure : « L’Etat a signé la convention internationale de protection des droits des enfants et partant, il doit remplir ses engagements en assurant santé,  éducation et égalité des chances à tous ses enfants sans discrimination aucune ».

Hassan Bentaleb
Samedi 21 Janvier 2017

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