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Enquête : Al Oula, cette télévision qui agonise

Grille ramadanesque non validée, émissions de débat inexistantes, pluralisme bafoué




Enquête : Al Oula, cette télévision qui agonise
«La SNRT agonise et personne aujourd’hui ne veut la sauver !» C’est un appel au secours que lance cette journaliste qui a connu les beaux jours de la télévision marocaine, du temps où «ça bougeait» du côté de la rue El Brihi.
Rien ne va, rien ne fonctionne, rien ne marche. Dans les rédactions d’Al Oula, la déprime s’est installée depuis plusieurs mois. On ne parle plus de malaise –un euphémisme- mais de catastrophe. A moins de 13 jours du Ramadan, la grille des programmes dits ramadanesques n’est pas encore validée. «Parce que personne ne veut la valider, simplement», commente un journaliste de la boîte.
Quelle télévision publique veut-on faire ? Une question à laquelle n’ont toujours pas répondu ceux qui président aux destinées de la SNRT. «Il n’y a pas de vision chez les décideurs cathodiques. Et c’est bien cela le problème de fond», commente cet homme de télévision qui veut croire à un miracle audiovisuel…
Dans les couloirs de la SNRT, presque personne ne croit au miracle. La plupart des directeurs centraux se contentent de gérer le quotidien et, surtout, d’expédier les affaires courantes. «C’est comme si plus personne ne voulait assumer la responsabilité d’un naufrage annoncé», entend-on à tous les étages de la Société nationale de radiodiffusion et de télévision.
A la production, il y a bien longtemps qu’on ne croit à plus rien. «On tourne en rond, on ne produit plus en interne, tout a été externalisé, confié à des boîtes de production», témoigne un producteur, fonctionnaire de la SNRT. Alors, la terrasse de café se transforme en refuge, en attendant des jours meilleurs, des jours où l’on ferait de la vraie télévision.
L’ascenseur, en attente de réparation depuis un peu plus de deux semaines, est à l’image d’une SNRT en panne.
Sur Al Oula, télévision censée être de service public, les émissions de débat politique se font ailleurs, dans le privé. La télévision marocaine est-elle à ce point dans l’incapacité de produire un animateur de débat et de monter en interne une formule de débat politique ? La question n’en finit pas de se poser  donnant à voir une télévision inapte à laisser éclore et s’épanouir ses talents, ses compétences, ses visages qui crèveraient l’écran

«Cela fait 20 ans que la grille n’a pas changé à la télévision marocaine».

Une télévision toujours sans studios
Faut-il en rire ou en pleurer ? Ce qui change, fait remarquer cette journaliste TV, c’est de temps en temps des émissions. Une émission disparaît sans autre forme de procès. Une autre surgit dans la grille sans prévenir. Tournée  à l’intérieur du Parlement, l’émission «Affaires parlementaires» (chououne barlamania) est à l’arrêt depuis qu’une panne d’électricité s’est produite en plein tournage. Le Parlement a bien tenté de signer une convention avec la SNRT, mais en vain. Le tournage de l’émission s’est arrêté. «Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule émission de débat politique, «Qadaya oua Ara’a» sur Al Oula. Est-ce bien normal dans un pays comme le nôtre où la télévision doit accompagner et renforcer la transition démocratique?», se demande ce journaliste TV, l’œil rivé sur ces télévisions d’ailleurs à la longue tradition de débat. Une émission de débat sur laquelle pèsent des menaces. Son enregistrement a lieu toutes les semaines dans un grand hôtel de la capitale qui, dit-on, n’aurait pas encore été payé.  «Comment après autant d’années, la SNRT ne dispose pas d’un studio d’enregistrement digne de ce nom ? Une télévision sans studio d’enregistrement d’émissions, cela n’existe nulle part au monde.  A l’évidence, il y a un problème de gouvernance. On se laisse envahir par l’accessoire et les disputes de clochers, oubliant l’essentiel», fait valoir cette femme de média.
La  programmation fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. C'est-à-dire avec une marge de manœuvre très réduite, des décideurs qui regardent ailleurs et des déchirements internes. Les plus téméraires sont partis à la faveur d’une politique de départs volontaires qui a contribué à vider la télévision et la radio des meilleurs de ses journalistes, responsables et cadres. Et ceux qui sont restés tentent de se battre, sans grand succès. « Même les syndicats ont levé le pied quand ils n’ont pas été discrédités », soupire cette journaliste de la radio. A la SNRT, les silences ont parfois un prix…Une étrange paix « sociale » qui fait le bonheur de quelques « happy few ».
Les rédactions d’Al Oula ne sont plus que les ombres d’elles-mêmes. L’ambiance est délétère. Les conférences de rédaction se réduisent à  l’énumération des sujets du jour. Pas de débat, pas de propositions, juste une longue litanie des activités filmées par les caméras d’Al Oula en l’absence d’une charte éditoriale.  Les activités gouvernementales sont hyper-médiatisées. Au JT d’Al Oula, Benkirane et ses ministres  squattent l’écran. Jamais le pluralisme ne s’est aussi mal porté, assure-t-on dans la cellule en charge du pluralisme au sein de la SNRT.
Si la toute récente mise à l’écart du présentateur du principal JT du soir, Radi Layli, n’ a rien révélé de nouveau, elle a en tout cas permis de braquer les projecteurs sur la façon de faire les informations au sein de cette télévision.  Les méthodes de la directrice de l’information ont ainsi été mises à nu. «On ne change pas les titres à 5 minutes du JT. Où est le professionnalisme ?», se demande  ce journaliste indigné qui n’hésite pas à dénoncer «un régime de caserne où les rapports sont devenus un mode de gouvernance».
L’exception marocaine n’a pas épargné la télévision marocaine. C’est un couple qui se partage la direction de l’information. La directrice de l’information est en effet l’épouse du directeur des activités Royales à la télévision. L’éthique est-elle sauve ? Pour l’heure, la question reste philosophique…

Narjis Rerhaye
Jeudi 27 Juin 2013

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