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Enfants des rues: les oubliés de la société kényane




Dépenaillés, affamés, ignorés des autorités et rejetés par le restant de la société, des dizaines de milliers d'enfants abandonnés de tous, ou presque, peuplent les rues de Nairobi.
Il n'existe pas de chiffre officiel sur le nombre de "chokora" - le mot swahili désignant les enfants des rues, avec une connotation péjorative -, signe du désintérêt des Kényans pour le problème. L'estimation la plus fiable mais datant déjà de 2007, émise par le Consortium of Street Children (CSC), un réseau international d'ONG, évaluait entre 250.000 et 300.000 le nombre d'enfants des rues dans tout le Kenya, dont 60.000 à Nairobi.
Dans le quartier de Mlango Kubwa, au centre de la capitale kényane, une ancienne décharge sert de refuge aux enfants des rues, qui l'appellent "la Base". L'endroit est à l'abri des regards indiscrets de la police.
Ils dorment là à même le sol, près des dépôts d'ordures où ils trouvent une partie de leur gagne-pain quotidien. Certains sont encore allongés en ce début de matinée, la bouteille de plastique dans laquelle ils respirent de la glu collée à la bouche. Les autres sont déjà partis mendier.
"Quand les gens voient ces gamins, ils ne les considèrent pas comme des êtres humains", explique Moha, un ancien enfant des rues, qui s'en est sorti après avoir été repéré pour ses talents de danseur.
La mort des parents - pour certains victimes du sida -, les violences dont ils sont l'objet dans le foyer parental, ou simplement la pauvreté et la nécessité de trouver d'autres sources de financement poussent ces enfants vers la rue.
Beaucoup quittent leur milieu rural - où les liens traditionnels de solidarité se sont relâchés - pour les villes, où ils ont plus de chances de survivre en mendiant, dégotant de petits boulots, faisant les poubelles ou, pour les filles, se livrant à la prostitution.
Délaissés par l'Etat, ces enfants ne peuvent se tourner que vers une multitude d'associations caritatives, qui tentent de leur venir en aide.
Alfajiri est l'une d'elles. Elle a été créée récemment par Lenore Boyd, qui dans une vie antérieure était artiste en Australie et a décidé de mettre son art au service de ces enfants, en leur donnant des cours de dessin.
"Il s'agit juste de pousser les enfants à créer. Il ne s'agit pas de leur enseigner ou de leur imposer quoi que ce soit, mais de dire: +Racontez votre histoire+", explique-t-elle. "Ils racontent ce qu'ils ont au fond de leur coeur et s'amusent". Quand Lenore marche dans les rues du quartier de Pangani, attenant à Mlango Kubwa, les enfants se jettent à son cou, pour aller chercher le réconfort et la tendresse qu'ils ne trouvent nulle part ailleurs.
"Ils sont traumatisés. Les enfants qui traînent (dans la rue) ne sont pas des enfants classiques, ils souffrent beaucoup", dit-elle. "Aller dans la rue est un acte de désespoir, (qui a lieu) parce qu'ils se sentent rejetés - généralement, ce n'est pas un acte de rébellion". Chaque vendredi, Lenore accueille à la mission des Frères de la charité de Pangani une vingtaine d'enfants qui pendant quelques heures, sourire aux lèvres, oublient la rigueur de leur quotidien.
Mais de ce groupe, les filles sont absentes. Elles sont moins nombreuses que les garçons dans les rues kényanes - 25% selon l'étude de 2007 - et se font aussi beaucoup plus discrètes.
Le centre Rescue Dada, situé dans le quartier de Ngara, non loin de Pangani, est depuis 1992 dédié à la protection et à la réhabilitation des "filles des rues".
Les enfants des rues, c'est "comme une société avec ses règles et ses règlements, et dans cette société, il y a un chef qui demande à chacun ce qu'il peut apporter", explique Mary Njeri Gatitu, qui dirige le centre.
"Une fille des rues doit se prostituer, elle est utilisée pour obtenir de l'argent, de jour comme de nuit", ajoute-t-elle, en soulignant qu'il n'est pas rare que les filles recueillies aient été victimes de "viols collectifs".
Sur celles admises au Rescue Dada en 2014, 30% avaient été victimes d'abus sexuels ou d'exploitation sexuelle. Elles ont aussi un risque élevé de contracter le sida.
"La vie en ville est difficile, on dort dehors dans le froid quand il a plu. Parfois, vous vous réveillez pour découvrir qu'une de vos camarades est morte, que l'autre s'est réveillée mais n'est pas bien, qu'une essaie de marcher mais n'y arrive pas, qu'une autre est enceinte et n'a personne pour l'aider", raconte Janet, 16 ans, qui vient juste d'intégrer le centre.

 

Vendredi 22 Avril 2016

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