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Encore 1.400 migrants secourus au large de la Libye




Les drames successifs n’ont pas dissuadé les passeurs

Les gardes-côtes italiens ont annoncé jeudi avoir coordonné les opérations de secours d'environ 1.400 migrants dans la journée au large de la Libye, menées essentiellement par des navires humanitaires privés.
Malgré la détérioration des conditions météorologiques avec la fin de l'été, les départs restent fréquents: depuis dimanche, plus de 2.400 migrants ont été secourus dans cette zone.
Jeudi, les premiers canots ont été signalés dès avant l'aube, ont rapporté les ONG Médecins sans frontières (MSF) et Moas sur leurs comptes Twitter.
Au total, l'Argos de MSF a secouru 802 personnes retrouvées sur six canots pneumatiques et une barque en bois, tandis que le Responder du Moas a récupéré 432 personnes à bord de trois canots.
Les autres migrants se trouvaient à bord de trois autres canots et ont été secourus par un navire des gardes-côtes italiens et un autre de l'opération anti-passeurs européenne Sophia.
Et même si les secours interviennent souvent quelques heures seulement après le départ, le manque d'air à bord des embarcations surchargées, les émanations de carburant, l'hypothermie, la déshydratation tuent encore.
Mercredi, les secours avaient retrouvé cinq corps sans vie sur un canot. Ils ont été récupérés par le Vos Hestia, un navire de secours affrété par l'ONG Save the children, qui faisait route vers Catane (Sicile) avec quelque 200 survivants, dont de nombreux mineurs voyageant seuls ainsi que des familles avec de très jeunes enfants.
Selon un bilan établi mardi par le ministère de l'Intérieur, avant l'arrivée des derniers migrants secourus, plus de 145.000 migrants ont débarqué cette année sur les côtes italiennes, soit le même ordre de grandeur que les deux dernières années.
La traversée a coûté la vie à au moins 3.654 personnes, selon un décompte de l'ONU.
Par ailleurs, l'examen des restes retrouvés après le naufrage d'un chalutier chargé de migrants en avril 2015 dresse un tableau poignant et effarant de la catastrophe, ont révélé jeudi des responsables italiens.
"Comment a-t-il été possible de mettre jusqu'à 900 personnes là-dedans ! Ils ne pouvaient pas arriver vivants", s'est indigné Vittorio Piscitelli, commissaire extraordinaire pour les personnes disparues.
Dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, il n'y a eu que 28 survivants au naufrage de ce chalutier de moins de 30 mètres parti de Libye.
Outre 24 victimes inhumées à Malte, la marine italienne a récupéré 219 corps dans et autour de l'épave, dont le renflouement fin juin a été financé par le gouvernement italien à hauteur de 10 millions d'euros.
En voyant arriver le petit chalutier bleu en Sicile, les pompiers avaient estimé qu'il ne pouvait pas contenir plus de 250 corps. Mais ils ont rempli 458 sacs mortuaires dans la cale, la salle des machines et même le puits de la chaîne d'ancre à l'avant, soit plus de 5 par m2.
Et les équipes de médecins-légistes, qui ont examiné pendant plus de trois mois le contenu de ces sacs, sont formels: beaucoup comprenaient les restes de plusieurs personnes. Mais l'analyse des échantillons pour avoir un décompte précis prendra un an, a estimé M. Piscitelli.
Deux des survivants, un Tunisien et un Syrien soupçonnés d'avoir été le capitaine et son second, sont actuellement jugés à Catane (Sicile). Le parquet a requis 18 ans de prison contre le premier et six ans contre le second. Le verdict est attendu le 6 décembre.
Des documents retrouvés dans les poches des morts montrent qu'ils venaient du Soudan, de Somalie, du Mali, de Gambie, d'Ethiopie, du Sénégal, de Côte d'Ivoire, d'Erythrée, de Guinée Bissau et du Bangladesh. Signe du déchirement que représentent ces migrations, l'un d'entre eux avait avec lui un petit sachet contenant de la terre de son pays.
Les corps sont désormais enterrés dans des cimetières de Sicile, après un relevé minutieux de tous les éléments pouvant aider à leur identification: échantillons ADN, documents, vêtements, tatouages, cicatrices...
Les autorités italiennes cherchent désormais à retrouver les familles. Des contacts sont pris avec la Croix Rouge internationale et avec les ambassades d'Italie dans les pays d'origine et les pays européens où pourraient se trouver des proches.
"C'est une opération unique au monde. Il faudrait un organisme européen de coordination et que chaque Etat se dote d'une base de données pour échanger les informations", a plaidé M. Piscitelli.
Le drame n'a cependant pas dissuadé les passeurs en Libye: début octobre, ils ont encore envoyé un bateau similaire avec un millier de personnes à bord, dont trois ont été retrouvées mortes, étouffées dans la cale.

Libé
Samedi 22 Octobre 2016

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