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En pleine campagne électorale : La place Tahrir au Caire s’embrase à nouveau




En pleine campagne électorale : La place Tahrir au Caire s’embrase à nouveau
L’armée a chargé samedi à la matraque des manifestants sur la place Tahrir du Caire au lendemain de graves violences qui ont fait dix morts et 441 blessés en plein processus électoral en Egypte.
Ces violences montrent que la tension ne retombe pas dans le pays arabe le plus peuplé, dix mois après la chute de Hosni Moubarak.
Samedi matin, des soldats anti-émeutes ont tiré des coups de feu en l’air. L’intervention des militaires s’est déroulée après l’incendie d’édifices situées à proximité du Parlement et dans lesquels ont brûlé des archives, dont certaines remontaient à plus de 200 ans. Après la charge des militaires place Tahrir, des affrontements ont opposé des protestataires et aux soldats. Certains contestataires ont lancé des pierres à côté de camions de pompiers qui tentaient d’éteindre le feu.
Les militaires ont arrêté des protestataires et les ont frappés, parfois violemment, alors qu’ils étaient immobilisés ou à terre, a constaté un journaliste de Reuters. Les contestataires, dont certains campaient sur la place Tahrir depuis le mois dernier, ont dû s’enfuir dans les rues environnantes.
Selon des images de la télévision égyptienne, plusieurs tentes installées sur la place emblématique de la «révolution du Nil» ont été incendiées par les militaires après en avoir extrait leurs occupants. Un cadreur de Reuters a filmé un soldat dégainant un pistolet et ouvrant le feu sur des manifestants battant retraite devant l’armée. Vendredi, les affrontements avaient éclaté à proximité du Parlement en raison de la dispersion dans la nuit de jeudi à vendredi d’un sit-in organisé par des militants pro-démocratie.
Mais samedi, les médias d’Etat proposaient plusieurs versions différentes sur l’origine de cette nouvelle flambée de violences. L’une d’elles stipule qu’un homme voulant récupérer un ballon de football malencontreusement tiré dans l’enceinte de l’assemblée a été pris à partie par des policiers et passé à tabac. Une autre version fait état de violences provoquées par la volonté d’un homme d’installer un campement dans cette enceinte.
Dans une déclaration lue à la télévision, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a démenti que les soldats aient ouvert le feu sur les manifestants. Il a affirmé que les incidents avaient commencé lorsque l’un des agents de sécurité postés devant le Parlement avait été attaqué. De source militaire, on précise que 32 gardes du Parlement ont été blessés après avoir tenté de refouler les manifestants qui cherchaient à pénétrer dans l’édifice.
Le Premier ministre intérimaire, Kamal Al Ganzouri, a imputé la violence aux manifestants, qu’il a accusés d’avoir attaqué le siège du gouvernement et du Parlement.»Je confirme que l’armée n’a pas tiré», a déclaré le chef du gouvernement à la télévision publique. «Je m’adresse à l’ensemble des forces et mouvements politiques pour leur dire que le sort de l’Egypte réside entre vos mains. Ce qui se passe aujourd’hui dans les rues n’est pas une révolution, mais plutôt une attaque dirigée contre la révolution», a-t-il souligné.»Je répète que nous ne répondrons pas à des manifestations politiques par des violences, même verbales», a ajouté le Premier ministre intérimaire, 78 ans. Selon le Dar al Iftah, organe religieux chargé de lancer des fatwas, un de ses membres, le cheikh Emad Effat, a été tué lors des affrontements, rapporte l’agence de presse officielle Mena.
«A bas le régime militaire !», a scandé la foule lors de ses obsèques samedi. Ziad el Elaimy, homme politique libéral du Bloc égyptien qui brigue un siège au Parlement dans une circonscription du Caire, a dit avoir été frappé par les forces de sécurité lors de son arrivée sur les lieux des affrontements. Il s’agit des pires violences dans la capitale égyptienne depuis le début des élections législatives fin novembre. Responsables des formations islamistes et libérales ont critiqué le comportement de l’armée. Dans un communiqué, les Frères musulmans, arrivés en tête lors de la première phase des élections, ont déclaré dans un communiqué que les généraux devaient «présenter des excuses rapides et claires pour les crimes qui viennent d’être commis». A Paris, le porte-parole du Quai d’Orsay a, dans un communiqué, dénoncé «(...) ces violences et l’usage excessif de la force contre les manifestants». «La France appelle au calme, au sens des responsabilités et au respect des droits de l’Homme, parmi lesquels le droit de manifester qui doit s’exercer librement et pacifiquement».

Reuters
Lundi 19 Décembre 2011

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