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En marge du Festival des amandiers à Tafraout : «J’ai le sentiment d’être chez moi à Tafraout»




En marge du Festival des amandiers à Tafraout : «J’ai le sentiment d’être chez moi à Tafraout»
Natif  de Kabylie, Idir ou Hamid Cheriet, de son  vrai nom, s’est produit tout
dernièrement à Tafraout à l’occasion du Festival
des amandiers. L’artiste algérien, vivant  actuellement en France,  a attiré
une immense foule,
ses fans amazighs marocains venus
des quatre coins
du Royaume, assister
à son spectacle.
Les spectateurs ont
eu l’occasion
d’apprécier-in live- les plus beaux  morceaux que compte
son répertoire.  Comme l’immortel tube planétaire  Avava Inouva et bien d’autres succès qui ont jalonné son parcours
artistique.  Nous l’avons rencontré, à la fin  de sa prestation, dans les coulisses. Et c’est avec amabilité  qu’il  a accepté de nous accorder cet entretien.

Libération : Un chanteur kabyle au cœur de l’Anti-Atlas marocain, quelle impression cela vous fait?

J’ai l’impression d’être chez moi. Car,  dès le début  de mon voyage, j’ai eu le sentiment que j’allais à la rencontre de quelque chose de sacré pour moi. Il s’agit de mon identité. Depuis mon jeune âge, le rêve qui m’est cher et qui m’a toujours  hanté, c’est d’aller visiter le Maroc. Parce que je savais qu’il y a des frères d’identité à Zayane, au Rif, à l’Anti-Atlas….Je voulais aller à leur  rencontre. Et, je ne peux pas vous dire combien je suis heureux et fier de ma culture amazighe, lorsque j’ai parlé avec les habitants de Tafraout en berbère  local !.On se comprend parfaitement. Ce sont quasiment les mêmes termes que nous utilisons en Kabylie. Il y a juste une différence au niveau des accents, de la prononciation.  Mais une fois qu’on arrive à les décrypter, les vocables  deviennent compréhensibles.

Comment les nombreux spectateurs venus vous voir sur scène, se sont-ils comportés avec vos chansons?

Ils sont presque tous des Imazighs. Ce qui fait que ma prestation  n’est pas  passée comme un lassant  «monologue» chanté et composé en musique! Au contraire, j’ai entendu nombreux d’entre eux  reprendre littéralement  les paroles et d’autres fredonner les mélodies …. C’est que, si j’ose dire, une certaine interactivité s’était établie d’emblée entre le public et la scène. Le plus frappant est le port par les garçons et les jeunes filles de drapeaux et fanions amazighs. Manifestement, il y a là un désir d’afficher son identité et l’exhiber avec fierté. Par ailleurs, j’ai ressenti que dans ce «show d’affirmation identitaire», on ne saurait affirmer qu’on se bat contre quelque chose ou quelqu’un. On aime tout simplement la musique comme langage commun entre des gens appartenant à la même culture. C’était un moment d’émotion où la fibre amazighe s’est manifestée.

Quel regard portez-vous sur nos chanteurs berbères engagés pour défendre la culture amazighe?

J’aime tout ce qui est contestataire. Et je ne peux alors qu’apprécier leurs parcours et combats. Je veux citer, à titre indicatif seulement, la chanteuse Tabaâamrant, qui a fait de la défense de sa culture berbère un véritable sacerdoce. J’ai beaucoup d’admiration aussi  pour Mohamed Rouicha, c’est un grand ambassadeur de Tamazight. Je pense que le combat mené a donné ses fruits. Ne serait-ce que ce grand mérite de pouvoir aujourd’hui s’afficher sans complexe, sans peur de se faire traiter de Chlehs avec tout ce que ce terme comporte comme clichés désuets dans les esprits snobinards et réfractaires à la différence.  Car, ce n’était pas le cas, à une certaine  époque !. Toutefois, j’aimerais à l’occasion rendre hommage à ce grand chanteur berbère, feu Hadj Belâid. C’est un temple de la chanson amazighe. J’admire sa musique, ses paroles…Je trouve extraordinaire sa manière d’exercer  son art.

En Algérie, est-ce que la chanson berbère a eu un impact positif sur le processus revendicatif des Imazighs?

Evidemment ! La musique est une arme fatale en la matière. Elle est plus forte, plus influente qu’aucun discours ne peut supplanter. Citez-moi un discours qui ait changé le monde!? Probablement, aucun. Le plus percutant parvient à mobiliser les gens un certain temps, avant de perdre son aura et sa force de persuasion. Quant aux chansons, il y en a qui ont tenu des siècles !. En Algérie, pour se payer notre tête, nous les Kabyles, on nous traitait de paysans ploucs !. Notre culture était vue comme une risée, une tête de Turc!. Mais, je peux vous dire que nos chansons ont été pour beaucoup dans la reconnaissance et le rayonnement  de notre culture. Je me souviens de la sortie de mon premier album « Avava Inouva ». Cette chanson a vite fait tilt.  Elle a par suite fait le tour du monde. Beaucoup de grands chanteurs européens l’ont reprise et interprétée à leurs manières. Elle a ainsi donné une très belle image de notre culture. Durant toute ma carrière, j’ai vu que beaucoup de jeunes français, à travers mes chansons, se sont intéressés à la Kabylie, à ma langue et à ma culture. Un jour, un jeune Français, m’a dit : «Si Tamazight était une confession, je l’aurais vite embrassée!». On voit ainsi comment le langage musical transcende les frontières et au passage, brise clichés et tabous.

Quelle appréciation faites-vous de la lutte menée par les Imazighs du Maroc ?

Il faut dire que la lutte suit  tranquillement son chemin. Bien sûr qu’il y a toujours des résistances, des réticences. On nous sort plein d’arguments  pour nous dissuader …Dont le  plus grave est qu’on  fait tout pour  confondre encore le religieux et le culturel. Autrement dit, c’est vouloir délayer toute une identité dans la confession.  Ce n’est pas logique!. On nous dit qu’on est tous musulmans, le prophète étant  arabe.  Soit! On n’a aucun problème avec l’islam et sa pratique, encore moins avec la culture arabe.  Mais, il faut juste comprendre que  les Iraniens sont musulmans et pas arabes, de même pour d’autres peuples. Et là, par exemple, il faut un long travail de sensibilisation, d’explication pour mieux cerner dans les esprits la dimension culturelle et identitaire et la distinguer   des autres éléments comme la religion. Ce n’est là qu’un exemple.   Toutefois, je trouve qu’au Maroc, le chemin est balisé. Votre jeune Roi est lucide, il y est pour beaucoup. La création de l’IRCAM, l’enseignement de Tamazight, etc, sont autant d’indices révélateurs de la conscience des décideurs vis-à-vis de la chose. Bien que, chez nous, en Algérie, le dossier de Tamazight ait mieux évolué en termes d’acquis arrachés. On en est maintenant à la constitutionnalisation de la langue berbère. La lutte s’est exportée ailleurs. La France vient de reconnaître le statut officiel de la langue amazighe et, à Paris, on nous construira un centre culturel berbère. A New York, des démarches pour le même but sont engagées.  C’est qu’il y a une Internationale amazighe qui se forme et brille par son  dynamisme.  Au Maroc, on est en train de donner  à la culture amazighe l’occasion d’exprimer sa fierté. Je suis confiant, d’autres progrès viendront. Il faut juste que les Imazighs marocains s’y mettent sans se relâcher. Et  avec intelligence. On ne revendique pas ses droits culturels en s’attaquant à ceux des autres qui ne sont pas berbères. Il faut respecter le droit à la différence. Je veux vous avouer que même en étant personnellement de culture amazighe, cela ne m’empêche pas  d’apprécier la culture arabe. Elle est merveilleuse, contemplative. J’aime sa poésie et sa littérature. La musique arabe aussi me touche beaucoup.  J’écoute les artistes égyptiens ; des chanteurs arabes algériens, marocains, comme Belkhayat, Atabou, feu Slaoui, etc. Mais ma propre culture est amazighe. Je suis né amazigh. Que je la défende donc, c’est tout à fait normal.

ENTRETIEN REALISE PAR IDRISS OUCHAGOUR
Samedi 6 Mars 2010

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