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En Indonésie, la mémoire vive des veuves et orphelins de la guerre d'indépendance




En Indonésie, la mémoire vive des veuves et orphelins de la guerre d'indépendance
Abdul Khalik garde une mémoire vive du jour où des soldats néerlandais ont emmené son père pour l'exécuter. Comme alors tant d'autres peuples indigènes dans le monde, les Indonésiens aspiraient à l'indépendance.
"Il m'a dit +rentre à la maison, mon fils+, mais j'ai refusé", se souvient cet homme de 75 ans dont le regard semble fouiller un passé lointain dont la meurtrissure le rend pourtant terriblement proche, presque palpable.
C'était en 1946-47. L'armée néerlandaise tentait de regagner le contrôle de l'île de Sulawesi (centre), un des chapitres les plus sombres de la guerre (1945-49) qui devait mener l'Indonésie à l'indépendance plus de trois siècles après l'arrivée des colons néerlandais. Des milliers d'Indonésiens, rebelles présumés, seront tués.
En 2013, les Pays-Bas ont versé des réparations financières à quelques veuves, avant de présenter des excuses solennelles pour les innombrables exécutions extra-judiciaires survenues dans ce qui est aujourd'hui le pays musulman le plus peuplé du monde.
Toute guerre a ses veuves, et toute guerre a ses orphelins. Et ceux-là aussi réclament leur part de justice. Une audience est prévue au mois d'août à La Haye.
"C'est injuste. Ce sont les mêmes arrestations, les mêmes détentions, les mêmes exécutions, les mêmes événements. Pourquoi les enfants seraient-ils traités différemment?", s'indigne Khalik.
Shafiah Paturusi, 82 ans, a perdu son père et son frère. "Je réclame justice aux Néerlandais, parce que perdre son père est aussi douloureux, sinon plus, que de perdre son mari".
Un officier de sinistre mémoire, le capitaine Raymond Westerling, a orchestré la campagne du Sulawesi, une île faite de quatre péninsules et d'un coeur montagneux.
Les militaires encerclaient les villages, en extrayaient les rebelles présumés et les abattaient sans autre forme de procès.
Le bilan de ces opérations est encore âprement discuté. Certains en Indonésie avancent le chiffre de 40.000 morts quand plusieurs études d'historiens parlent de 3.000 à 4.000 victimes.
Après ces opérations controversées, le capitaine Westerling a été relevé de son commandement en 1948, mais il n'a jamais répondu de ses crimes devant un tribunal.
Khalik se raccroche à l'image furtive de son père lui faisant ses adieux d'un signe de la main depuis le camion où s'entassaient des hommes "comme des animaux" conduits vers la mort.
"Le jour suivant, mon père a été sorti de la prison, enchaîné avec huit autres, et ils ont tous été exécutés".
Andi Aisyah compte parmi les veuves ayant reçu compensation. Dans son fauteuil roulant, la nonagénaire affirme "avoir pardonné aux Néerlandais". Mais, avoue-t-elle, "j'ai eu des sentiments partagés en recevant l'argent. La peine qui dormait depuis si longtemps s'est réveillée".
Mais le temps presse, tandis que les requérants s'éteignent les uns après les autres.
Quelques dizaines de veuves ont reçu des compensations. En août 2013, les Pays-Bas ont donné deux ans aux autres pour se manifester.
Les autorités de La Haye tergiversent à dessein, soutient Liesbeth Zegveld, une avocate néerlandaise qui représente plusieurs veuves et orphelins de la sale guerre indonésienne.
"L'Etat s'efforce de payer aussi peu que possible et prend son temps pour étudier tous ces dossiers, en posant mille questions", explique-t-elle à l'AFP.
Si les Indonésiens espèrent une compensation matérielle, ils attendent surtout que l'ancien occupant consente enfin à un examen de conscience collectif.
"Nous nous battrons pour que le gouvernement néerlandais explique à ses citoyens que ce qui s'est passé en Indonésie était inacceptable", assure Jeffry Pondaag qui milite dans une association indonésienne basée aux Pays-Bas.
La Haye estime de son côté avoir soldé son passé colonial.
Les deux pays "ont tiré un trait sur cet épisode de leur histoire commune. Le gouvernement néerlandais a exprimé de façon constante ses profonds regrets pour les circonstances dramatiques dans lesquelles les Pays-Bas et l'Indonésie se sont séparés", justifie un texte officiel.

AFP
Lundi 9 Juin 2014

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