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En France, les obus de la Grande Guerre se ramassent à la pelle




En France, les obus de la Grande Guerre se ramassent à la pelle
Au pied des tranchées de la montagne vosgienne du Hartmannswillerkopf, haut lieu des combats de la Grande Guerre, des démineurs inspectent avec précaution un cylindre de métal rouillé, blotti dans un sarcophage d’humus et de barbelés. Lors de sa tournée habituelle de ramassage, l’équipe de démineurs fait étape près de cet éperon rocheux, rebaptisé Vieil-Armand par les “poilus”. Trente mille soldats français et allemands s’y sont entretués pendant la Première Guerre mondiale.
Une charge explosive peu habituelle vient tout juste d’être exhumée. “Regardez ça, on dirait un vieux tuyau de poêle et pourtant il y a là plusieurs kilos d’explosifs, potentiellement actifs”, s’exclame le chef-démineur, ancien militaire, en arrachant du sol l’énorme munition, certainement tirée depuis les lignes allemandes.
Entre 1914 et 1918, la Première Guerre mondiale fit dix millions de morts et 20 millions de blessés parmi les militaires, auxquels s’ajoutent des millions de morts parmi les civils.
“La Première Guerre mondiale, fut un laboratoire d’essai pour de nouvelles munitions. Avec l’enlisement des positions, il a fallu inventer une nouvelle artillerie, dite +de tranchées+. Les munitions étaient conçues à la va-vite, avec des matériaux improvisés. On testait chacun des explosifs que l’on concevait”, explique-t-il en entreposant avec précaution cette munition à l’arrière du camion. Cent ans après le début du premier conflit mondial, l’Alsace vit sur un tapis de munitions non explosées, susceptibles encore de semer la mort. Difficile d’estimer le nombre des déchets de guerre qui sommeillent encore au fond des jardins, dans les champs ou les caves alsaciennes. Sur le milliard et demi de munitions tirées pendant le conflit, 20% n’auraient pas explosé, selon le centre interdépartemental de déminage de Colmar. 
Autant de bombes à retardement que les démineurs doivent mettre hors d’état de nuire, à mesure qu’elles ressurgissent de la terre et du passé.
Sept jours sur sept, 24H sur 24, ces hommes s’assurent que la “Der des Der” ne tue plus. “Depuis la fin de l’hiver, on reçoit une dizaine de demandes d’interventions par jour”, indique le chef des démineurs de Colmar, Didier Schahl. Chaque année, une vingtaine de tonnes d’obus, grenades et autres mortiers datant des deux guerres mondiales sont récoltés par cette unité. Une mission titanesque qui devrait durer encore “sept siècles”, estime cet expert, qui dirige douze maîtres-artificiers.
Direction Aspach-le-Haut, à 15 km de Mulhouse. Des employés d’une déchetterie viennent de découvrir des obus chimiques, disséminés dans un amas de cailloux lors d’une opération de concassage. L’explosion accidentelle a été évitée de justesse.
“Dans ces cas-là, le risque est important car il y a des contraintes énormes sur les dispositifs de sécurité de mise à feu”, souligne le démineur Frédéric, qui gratte, de ses mains gantées, les ogives des obus pour déterminer la composition des explosifs.
Car derrière leur aspect dégradé, ces projectiles n’ont rien perdu de leur dangerosité. “Avec l’oxydation, l’explosif migre et devient plus sensible qu’avant”, explique-t-il.
En Alsace, de rares catastrophes ont durablement marqué les esprits. Comme en 1981, lorsque six enfants ont perdu la vie en manipulant un projectile de mortier dans la cour de leur école à Bremmelbach. 
“Ça a été le début d’une prise de conscience de la population. Les gens nous ramenaient directement les obus qu’ils trouvaient”, se rappelle Edouard Hannauer, mémoire vivante des démineurs alsaciens.
Mais la très grande majorité des accidents pyrotechniques serait liée à des fautes de comportement graves de la part de collectionneurs ou de pilleurs de champs de bataille imprudents, précisent les démineurs.
Habitués à côtoyer la mort en permanence, les professionnels ne sont pas non plus à l’abri d’un accident. En 2007, deux démineurs ont ainsi trouvé la mort à Metz alors qu’ils reconditionnaient des munitions en vue de leur destruction. Reliées à une mine antichar, les vieilles munitions sont maintenant enfouies dans une gravière, dont le lieu est tenu secret. Cette opération est effectuée chaque semaine à heure fixe, en accord avec les communes voisines. “Quatre, trois, deux, un, Feu !”, lance Didier Schahl, en appuyant sur le bouton rouge du détonateur, pour un dernier bouquet final. 

Jeudi 5 Juin 2014

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