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En France, le gouvernement socialiste affaibli impose in extremis sa réforme du travail

Seulement deux voix ont manqué pour le dépôt d'une motion de censure de la gauche




Le pouvoir socialiste français a réussi jeudi à imposer sa réforme du droit du travail, échappant à une motion de censure de la droite, mais sort très affaibli d'une confrontation qui va se poursuivre dans la rue et avec les frondeurs de son camp.
La motion n'a pas réuni de majorité suffisante (246 voix contre 288 nécessaires). Son rejet signifie l'adoption en première lecture du projet de loi réformant le code du travail, qui doit désormais être examiné au Sénat.
La réforme vise, selon le gouvernement, à donner plus de souplesse aux entreprises pour lutter contre un chômage endémique (plus de 10%). Le projet de loi "doit être défendu, regardé comme un texte de progrès", a martelé le président François Hollande.
La droite, qui avait salué la première mouture du texte, juge qu'il est devenu "l'ombre de lui-même" au gré des modifications apportées par l'exécutif pour tenter de calmer la fronde de socialistes.
Dans la rue, les opposants à la réforme ne désarment pas. Au troisième mois de manifestations à répétition, des milliers de personnes ont encore manifesté jeudi pour demander son retrait. "Dictature présidentielle", "sociaux-traîtres dehors", "gouvernement tu n'es pas le roi", pouvait-on lire sur les pancartes.
Les cortèges étaient plus clairsemés que les fois précédentes, avec environ 12.000 personnes à Paris, selon la police, et ont de nouveau été émaillés de violences. Dans la capitale, des jeunes cagoulés ont jeté des pavés sur les manifestants et s'en sont pris au service d'ordre des manifestations. Treize syndicalistes ont été blessés, selon leurs organisations.
Dans l'ouest de la France, un local du Parti socialiste a été saccagé au Havre et un bâtiment administratif investi à Caen. A Nantes, des manifestants ont occupé les voies ferrées, interrompant la circulation, et la gare a été vandalisée.
Si les changements apportés au texte par le gouvernement ont satisfait les syndicats réformateurs, elles n'ont pas apaisé les centrales contestataires, ni les mouvements de jeunes ou l'aile gauche du parti socialiste. Pour eux, elle reste trop favorable aux entreprises et risque d'accroître la précarité.
Les centrales contestataires ont annoncé de nouvelles mobilisations les 17 et 19 mai. Les manifestations ont connu un pic le 31 mars avec 390.000 manifestants dans toute la France. Depuis, les cortèges se sont réduits et radicalisés, avec plusieurs incidents violents et des blessés.
A l'Assemblée nationale, le Premier ministre a fustigé les députés socialistes "frondeurs" qui avaient été jusqu'à vouloir la veille déposer leur propre motion de censure, un acte sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir de François Hollande en 2012.
Cette "démarche aventureuse" mène ses auteurs "dans l'impasse"! "Je ne laisserai pas détruire la gauche de gouvernement, la social-démocratie française", a lancé Manuel Valls à l'adresse des frondeurs.
Seulement deux voix ont manqué pour un dépôt d'une motion de censure de la gauche, sur laquelle figuraient les noms de quatre anciens ministres de François Hollande. Evoquant "le naufrage politique" de l'exécutif, le chef de file des socialistes frondeurs, Christian Paul, a ouvertement souhaité la chute du gouvernement.
La rébellion d'une partie de la gauche date du virage social-libéral du président opéré en janvier 2014. Elle s'est accentuée lors de son virage sécuritaire déclenché après les attentats jihadistes meurtriers de 2015.
Les insurgés avaient déjà donné de la voix contre une réforme portée par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, forçant le gouvernement à faire usage une première fois de l'arme du 49-3 à l'été 2015. En début d'année, ils ont fait échouer - avec d'autres - une réforme de la Constitution visant à élargir la déchéance de la nationalité à tous les auteurs d'actes terroristes.

Samedi 14 Mai 2016

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