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En Espagne, la fuite des cerveaux face aux coupes budgétaires




En Espagne, la fuite des cerveaux face aux coupes budgétaires
Un contrat qui arrive à son terme, un avenir bouché: Diego Garcia-Bellido Capdevila, un paléontologue de 41 ans, s'apprête à accepter une offre d'emploi en Australie, contraint de quitter l'Espagne comme un flot d'autres chercheurs poussés dehors par la crise.
"Une université australienne m'a fait une offre. J'aurais préféré poursuivre mes travaux au nom de la recherche espagnole", confie ce scientifique expérimenté, qui a collaboré à des revues prestigieuses comme Nature.
Depuis trois ans, la tendance est nette: entre 2009 et 2011, le budget de la recherche en Espagne a été amputé de plus d'un milliard d'euros, de 9,662 à 8,586 milliards.
L'avenir immédiat est tout aussi sombre: le gouvernement de droite, qui présentera le 30 mars un budget d'austérité pour 2012, devrait annoncer des coupes de 600 millions d'euros dans ce domaine.
A mesure que les budgets s'amenuisent, que les centres de recherche publics revoient à la baisse les créations d'emplois, les cerveaux espagnols de plus en plus nombreux prennent le chemin de l'étranger.
Ainsi le Centre supérieur de recherches scientifiques (CSIC), le plus important institut du pays, ne va pas recruter cette année un seul chercheur pour ses 133 laboratoires. En 2007, il en avait embauché 250.
"L'Espagne est confrontée à une fuite de ses chercheurs très grave. Avec une chute aussi spectaculaire des embauches, les gens vont partir. Ils n'ont pas le choix", remarque Amaya Moro-Martin, astrophysicienne de 37 ans et collègue de Diego Capdevila dans un centre du CSIC.
Amaya elle aussi a commencé à regarder du côté de l'étranger, en attendant la fin de son contrat en octobre 2013.
Inquiets, ces chercheurs viennent d'adresser une lettre au gouvernement, signée par plus de 40.000 personnes, mettant en garde contre une "fuite des cerveaux de toutes générations" et demandant que la recherche scientifique soit placée d'urgence parmi les principales priorités nationales.
Difficile pourtant de retenir des chercheurs en quête d'emploi dans un pays où le taux de chômage frôle les 23%. "Les pays qui investissent le plus dans les sciences sont ceux qui ont le taux de chômage le plus bas", souligne Salce Elvira Gomez, chargée de la recherche et du développement pour le syndicat Comisiones obreras (CCOO).
Elle aussi a constaté une "fuite des cerveaux", même si les chiffres globaux ne sont pas connus. "Nous formons des chercheurs de haut niveau dont nous ne profitons pas. Ils terminent un projet puis s'en vont. Nous parlons dans tous les cas de milliers de chercheurs", dit-elle.
Diego Capdevila, qui gagne 1.800 euros par mois, explique que c'est avant tout la perspective d'emplois stables à l'étranger, plus que les salaires, qui attire les chercheurs.
"Nous ne voulons pas être millionnaires, seulement pouvoir vivre de nos travaux", explique-t-il.
Tandis que les demandes de brevet en Allemagne ont augmenté de 5,7% en 2011 par rapport à l'année précédente, elles ont chuté en Espagne de 2,7%, selon l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, basée à Genève.
L'un des exemples les plus spectaculaires du marasme qui frappe la recherche en Espagne: ces réductions de postes au Centre Prince Felipe à Valence, un établissement de pointe qui a licencié en novembre 108 de ses 258 employés, dont 79 scientifiques, et arrêté ses recherches sur 14 maladies, dont le cancer.
Parmi ces scientifiques licenciés, une chercheuse de 37 ans spécialisée dans le diabète, réembauchée ensuite grâce à un don de 8.000 euros fait par la mère d'une petite fille malade, qui a réussi à amasser cette somme en organisant des tombolas ou en vendant des sandwichs et des tee-shirts.
"Je ne sais pas ce que j'aurais fait autrement", témoigne la chercheuse, Silvia Sanz. "Beaucoup de mes collègues qui ont perdu leur travail sont partis aux Etats-Unis".

Libé
Lundi 26 Mars 2012

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