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En Bretagne, on élève des millions de vers marins pour leurs vertus médicinales




Les vers marins, traditionnels appâts pour la pêche à la ligne, ont des pouvoirs insoupçonnés: testés comme substitut de sang humain, ils constituent un potentiel médical. La société Aquastream en élève par millions en Bretagne, dans l'ouest de la France.
"Le vers marin, que l'on trouve sur les côtes bretonnes, a la particularité d'avoir une hémoglobine capable de transporter 40 fois plus d'oxygène des poumons vers les tissus de l'organisme que l'hémoglobine humaine", explique Grégory Raymond, directeur-adjoint d'Aquastream, une écloserie marine spécialisée dans la commercialisation d'oeufs et larves de poisson.
L'hémoglobine de ce lombric, appelé arénicole ou annélide, "présente aussi l'avantage d'être compatible avec tous les groupes sanguins", poursuit le biologiste.
Cette découverte est le fruit de plusieurs années de recherches du Dr Franck Zal et de son équipe au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) qui ont apporté la preuve qu'un vertébré peut vivre avec le sang d'un invertébré marin. Cette hémoglobine marine permet de conserver plus longtemps les organes à transplanter.
Franck Zal a breveté sa biotechnologie et fondé l'entreprise Hemarina en 2007 à Morlaix, en Bretagne.
"La start-up était à la recherche d'approvisionnement en vers marins, de préférence en Bretagne", explique Nathalie Le Rouilly, directrice d'Aquastream, basée à Ploemeur, dans le Morbihan.
Spécialisée dans la reproduction d'oeufs de bar et daurade depuis 16 ans, Aquastream qui cherche à se diversifier répond alors à l'appel d'offres. Elle s'associe à Hemarina en 2015 pour créer le premier élevage de vers marins.
"Il n'existe en France et dans le monde aucune structure en capacité de produire à grande échelle des arénicoles en milieu contrôlé, afin d'assurer l'approvisionnement en hémoglobine", assure la directrice d'Aquastream.
L'entreprise dédie une partie de ses 4.500 m2 de structure aquacole en bord de mer à l'élevage de ce petit animal de 10 à 25 cm de long. L'arénicole dispose de plusieurs branchies buissonnantes au milieu du corps lui permettant de vivre à la surface pendant plus de 8 heures.
"Nous sommes partis pratiquement de zéro. L'élevage de ce vers n'étant absolument pas maîtrisé, tous les protocoles ont dû être mis en place comme l'alimentation ou la température de l'eau", explique Gwen Hérault, responsable qualité du projet.
"La principale difficulté est de travailler sur un animal très petit qui vit caché", ajoute Grégory Raymond, directeur-adjoint d'Aquastream. L'arénicole se loge à plus de 10 cm de profondeur dans le sable, précise-t-il. En observant les grands bassins de l'écloserie, on est loin d'imaginer qu'ils regorgent de millions de vers marins. Seuls les tortillons à la surface marquent la présence du discret animal.
Le premier défi pour l'équipe d'Aquastream a été de faire survivre les vers adultes en captivité, puis de maîtriser la reproduction en identifiant les deux sexes. A l'oeil nu, il est impossible de faire la différence entre ces lombrics à la durée de vie estimée à cinq ans.
Après neuf mois d'essais, "50% des vers adultes ont survécu et une bonne partie ont produit des oeufs", précise Mme Hérault.
Ces oeufs sont déposés dans des bacs rectangulaires plongés dans de l'eau de mer et du sable. Au bout de 30 jours, la larve mesure 1 mm. Sa couleur varie du rose orangé au rouge très sombre au fur et à mesure de sa croissance.
Les arénicoles sont considérées comme des vers marins juvéniles lorsqu'elles atteignent au moins 5 mm. Elles sont alors transportées sur le site de grossissement d'Hemarina, à Noirmoutier, qui les utilise en test à des fins thérapeutiques.
En 2016, Aquastream a livré plus de 1,3 million de vers marins juvéniles et réalisé un chiffre d'affaires de 3 millions d'euros.
Pour le biologiste Grégory Raymond, "les propriétés des hémoglobines extracellulaires extraites des annélides marins permettent d'envisager le développement de nombreuses applications comme la préservation de greffon, la régénération osseuse ou un sang universel".
Une étude clinique a été réalisée sur dix greffons rénaux au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brest en juillet 2016. L'essai se poursuit sur 60 patients à Brest, Paris, Tours, Poitiers, Lyon et Limoges.

Libé
Mercredi 19 Juillet 2017

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