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En Birmanie, le drone fait maison porte les rêves de la jeunesse




Dans un atelier rudimentaire d'un quartier populaire de Rangoun, Kyi Tha ajuste les hélices en plastique d'un drone fait maison. Comme d'autres jeunes Birmans, il tente d'imiter avec les moyens du bord la mode mondiale des objets volants, qu'ailleurs on achète tout faits pour Noël.
Dans ce pays d'Asie du sud-est où le niveau de vie reste très bas, une jeune génération de créateurs redouble d'inventivité, bâtissant des engins sur la base d'informations désormais accessibles sur Internet. Une façon pour eux de contourner le retard technologique du pays, dont les écoles et universités restent très à la traîne, après les décennies d'isolation qui ont prévalu jusqu'en 2011 sous la junte ultra-autoritaire.
"Apprendre la technologie des drones, ce n'est pas facile en Birmanie. Alors nous avons regardé des vidéos sur YouTube", explique Kyi Tha, ingénieur. Il s'est lancé après avoir étudié pendant des mois des clips explicatifs, ces "tutoriels" qu'on trouve désormais partout sur Internet, consacrés à une multitude de sujets.
"Au début, cela ne fonctionnait pas. Mais après des tests menés pendant un an, nous arrivons maintenant à faire beaucoup de choses", dit-il.  A 26 ans, avec son cousin Thet San, âgé de 30 ans, Kyi Tha a transformé une modeste maison de bois de Rangoun en un efficace atelier pour sa petite entreprise, pompeusement baptisée Myanmar Future Science.
La société utilise les drones faits maison pour réaliser des études aériennes dans le cadre de plans ou de projets agricoles pour le gouvernement et des entreprises privées.
 Comme ces créateurs, de jeunes Birmans se passionnent pour la fabrication de drones à partir d'objets récupérés, de voitures télécommandées ou de pièces de moteur, faute de pouvoir s'offrir un drone industriel importé - qui coûte autour de 230 dollars, dans un pays où le revenu annuel moyen est de 1.270 dollars, selon la Banque mondiale.
 Le drone artisanal, à base de polystyrène et de pièces métalliques de récupération, revient, lui, à environ 10 dollars."C'est notre passion. Nous adorons fabriquer des objets avec ces accessoires, comme plein de jeunes étudiants en Birmanie", explique Kyi Tha, qui importe la plupart de ses pièces détachées de la Chine voisine.
La Birmanie n'échappe pas à l'engouement mondial pour les drones. Dans le monde, des légions de vidéastes et de photographes amateurs tentent notamment d'immortaliser leur lieu de vacances vu du ciel.
"Je veux juste montrer la beauté des paysages de Birmanie avec les vues prises par mon drone", explique Ethan, jeune Birman spécialisé dans les nouvelles technologies.
Les drones sont aussi utilisés à des fins plus utiles, comme en Australie, où ils servent de manière expérimentale pour surveiller les requins et donner l'alerte aux baigneurs.
A l'université d'aéronautique de Meiktila, dans le centre de la Birmanie, des chercheurs ont utilisé en août des drones pour étudier les étendues dévastées par d'importantes inondations liées à la mousson.
"Les images de drones peuvent être très utiles pour faire de la prévention et mesurer les dégâts", explique Thae Maung Maung, directeur du département des drones.
De fait, en Birmanie où l'administration est encore très inefficace et où le réseau de transports laisse à désirer, les drones peuvent se révéler un précieux outil de gestion des crises.
Mais l'engouement des drones pose des problèmes de sécurité, en cas de chute dans des lieux publics, par exemple. En septembre, la chute d'un drone en plein match de tennis de l'US Open avait ainsi conduit à interrompre la partie.
Et si dans certains pays comme les Etats-Unis l'usage de drones est très encadré, dans d'autres comme la Birmanie c'est le flou juridique.
En attendant une éventuelle clarification du droit, les passionnés de drones en Birmanie se retrouvent les week-ends sur les meilleurs "spots" de la capitale économique, Rangoun, de la très touristique pagode Shwedagon à des friches industrielles.
L'engouement des jeunes pour les drones pour des motifs récréatifs émane, selon Thae Maung Maung, de la volonté de la société birmane de rattraper le temps perdu et de se mettre à niveau technologiquement, malgré le sous-financement chronique des universités.
"Nous devons encourager l'intérêt des jeunes pour les nouvelles technologies, afin de pouvoir continuer à nous développer", dit-il.

 

Jeudi 31 Décembre 2015

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