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En Birmanie, la mode traditionnelle revisitée par des créateurs




En Birmanie, où se multiplient les usines produisant des T-shirts standardisés pour marques internationales, des créateurs de mode locaux revisitent la mode traditionnelle, popularisée à l'étranger par la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.
Dans sa petite boutique du centre de Rangoun, la capitale économique birmane, Pyone Thet Thet Kyaw met au point ses propres créations pour femmes, aux coupes résolument modernes mais aux motifs traditionnels.
Car la Birmanie fait figure d'exception en Asie du Sud-Est, le port des habits traditionnels, notamment les jupes dites longyi (pour les hommes comme les femmes) restant très répandu dans le pays, y compris parmi les jeunes urbains de Rangoun.
"Nous les Birmans, nous sommes très attachés à nos habits traditionnels et ethniques", explique la jeune femme, qui peine à se faire entendre par-dessus le bruit des machines à coudre des ouvrières de son atelier.
"Mais quand vous modernisez les habits traditionnels et leurs motifs, il faut faire attention à ce qu'ils ne soient pas trop flashy ou modernes", ajoute celle qui vend ses créations essentiellement à des Occidentales de passage à Rangoun.
La perpétuation du longyi tient beaucoup à l'isolement du pays pendant des décennies par une junte militaire un brin paranoïaque, qui se méfiait des intrusions du monde occidental et de ses symboles comme les jeans.
Une autre créatrice birmane, Ma Pont, se souvient du temps où, sous la junte militaire, elle créait des habits pour les actrices jouant dans des séries de chaînes de télévision, alors toutes contrôlées par les militaires. Pas question de montrer leurs épaules. "Nous n'étions pas vraiment libres", dit-elle dans un euphémisme.
Encore aujourd'hui, alors que le pays s'est ouvert sur le reste du monde depuis 2011 et est dirigé par un gouvernement civil mené par Aung San Suu Kyi, il reste mal vu, au petit écran comme dans la rue, d'exhiber épaules et genoux.
Aung San Suu Kyi, qui n'apparaît vêtue que d'un longyi et d'un anyi -le chemisier ajusté qui accompagne souvent la jupe portefeuille-, une tenue chaque jour différente, a beaucoup fait pour populariser le vêtement.
Pendant ses années de dissidence, elle était déjà une icône de mode pour ses concitoyennes, qui demandaient en secret à leur tailleur d'imiter ses longyis, aperçus lors de ses rares apparitions.
Lorsqu'elle fut enfin libérée en 2010, après 15 années passées en résidence surveillée, son habit mauve marqua les esprits: les longyis mauves ont fait fureur cette année-là, selon les médias locaux.
Encore aujourd'hui, dans les centres commerciaux nouvellement sortis de terre, dominent les rayons de longyis traditionnels. Mais les enseignes de vêtements occidentaux sont aussi présentes - même si l'essentiel de la production textile de type occidental est destiné à l'exportation.
Avant d'ouvrir sa boutique de robes traditionnelles modernisées, la créatrice Pyone Thet Thet Kyaw a vécu de l'intérieur ce secteur en plein boom de l'industrie textile de masse: adolescente, elle a été ouvrière dans un gros atelier de confection.
"Cela m'a permis de voir certaines choses, comme le fait de n'avoir que dix minutes pour la pause déjeuner ou ne pas pouvoir aller aux toilettes parce que cela pourrait interrompre la ligne de production", témoigne-t-elle.
Aujourd'hui trentenaire, elle a tiré de cette expérience la volonté de faire travailler sa dizaine de couturières dans de meilleures conditions.
"Si la confection marquée par la rapidité et l'absence d'éthique se poursuit, nous serons ceux qui souffrent", déplore cette ancienne ouvrière, en évoquant la condition des ouvriers textile du pays tout entier.
Les géants de l'industrie textile mondiale comme H&M ou C&A produisent de plus en plus en Birmanie, attirés par une main-d'oeuvre encore moins chère qu'au Vietnam.
Les exportations du secteur textile birman ont plus que doublé en 2016, passant à près de 1,5 milliard d'euros. Un chiffre destiné à grimper encore après la levée effective des sanctions américaines en octobre dernier.
Mais le secteur textile s'est développé en l'absence de tout garde-fou législatif et des ONG internationales comme SOMO appellent le gouvernement birman à "une action urgente", notamment pour que soit mise en place une meilleure protection des salariés.

Libé
Lundi 24 Juillet 2017

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