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En Afrique du Sud, les jeunes Noirs rêvent d'intégrer les Springboks

Au moins deux joueurs parmi les sept devront être des Noirs




Sur les terrains délabrés des townships sud-africains, les enfants noirs rêvent de faire tomber les barrières raciales et de rejoindre l'équipe nationale de rugby des Springboks, qui ne compte pour le moment qu'un seul joueur noir titulaire indiscutable.  
A 13 ans, Lamla Nunu pèse déjà 85 kilos: une morphologie qui lui permet de rêver à une carrière de pilier au sein de l'équipe nationale sud-africaine, réputée pour son agressivité.
Il espère ainsi imiter son idole, le puissant pilier natif du Zimbabwe Tendai Mtawarira, très populaire au sein des fans des Springboks qui hurlent son surnom - "Beaaast" - à chaque fois qu'il s'empare du ballon.
Mais pour l'heure, Nunu joue sur des terrains en mauvais état et sans poteaux dans le tentaculaire township de Khayelitsha, près du Cap, où des bénévoles tentent d'initier des enfants noirs à un sport historiquement dominé par les Blancs.
Sous la pression du gouvernement, la fédération sud-africaine de rugby (SARU) s'est engagée à inclure sept joueurs "non-blancs" dans l'effectif des 23 joueurs sélectionnés pour la Coupe du monde de rugby, qui se déroulera en Angleterre du 18 septembre au 31 octobre.
Au moins deux joueurs parmi les sept devront être des Noirs, précise la SARU, qui les distingue des joueurs métis. Ces derniers jouent un rôle important depuis de longues années au sein des Springboks.
Mais le 11 juillet, lors de leur premier match de la saison face à une sélection mondiale, les Sud-Africains n'ont pas réussi à atteindre cet objectif, avec seulement cinq joueurs de couleur (3 noirs, 2 métis) dans leur effectif.
Ces engagements font partie d'un plan pour une transformation radicale de ce sport traditionnellement blanc dans l'objectif d'avoir une équipe composée à moitié de non-Blancs à l'horizon 2019.
Le ministre des Sports sud-africain Fikile Mbalula estime qu'il s'agit d'une bonne chose "sur le plan moral" compte tenu "des injustices du passé", à l'heure où selon lui 84% des Sud-Africains de moins de 18 ans sont des Noirs.
Dans le pays, les quotas raciaux au sein du rugby et du cricket font l'objet de féroces débats alors que le football reste le sport le plus populaire parmi la population noire.
Plusieurs fans de ces sports traditionnellement "blancs" craignent que la sélection de joueurs sur d'autres critères que le simple mérite n'affaiblisse leurs équipes nationales.
Timide face aux questions des journalistes, Nunu est bien plus agressif sur le terrain. Et lorsqu'il rentre dans une mêlée, ses adversaires reculent.
"Je veux jouer pour les Stormers (l'équipe de la province du Cap dans le championnat national) et les Springboks", clame fièrement l'adolescent, interrogé par l'AFP.
Selon Murray Ingram, entraîneur au sein de l'ONG Connect Sports Academy qui forme les enfants de Khayelithsa au rugby, Nunu n'est pas le seul à pouvoir rêver d'un futur sous le maillot vert et or.
Il y a également le rapide Ilitha Ntinini, 11 ans, qui préfère qu'on le surnomme "Monsieur numéro 10", pour mieux souligner son ambition d'être un jour le demi d'ouverture de l'équipe nationale.
"Il pèse moins de 40 kilos mais il va s'épaissir", affirme son entraîneur.
Mais en Afrique du Sud, les inégalités concernent également les questions de nutrition: un jeune Blanc mange plus facilement du steak que de la pâte de maïs, le plat typique des noirs pauvres.
"On a constaté que ces enfants, lorsqu'ils ont 10 ans, sont déjà en retard en termes de nutrition et de condition physique", explique M. Ingram.
"Comment voulez-vous créer de futurs Springboks dans un tel environnement ? C'est une question à laquelle il faut répondre à la base", ajoute t-il.
Dans le township de Khayelitsha, malgré les infrastructures délabrées et l'absence de chaussures ou de maillots pour les enfants, le rugby offre cependant une échappatoire face à la violence des gangs et de la drogue.
"Je passe la plupart de mon temps ici sur le terrain de sport, comme ça je n'ai pas de temps à perdre avec des histoires de criminels", affirme Litha Dyalvane, un centre de 14 ans.
"Plusieurs enfants ont un talent exceptionnel", explique M. Ingram. "S'ils venaient d'un autre milieu ils seraient déjà à Bishops", soupire-t-il dans une allusion à l'une des prestigieuses écoles sud-africaines connue pour l'excellence de son école de rugby.

Mardi 11 Août 2015

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