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Elus et intellectuels dressent le bilan des régressions enregistrées sous l’ère Benkirane

   




Elus et intellectuels dressent le bilan des régressions enregistrées sous l’ère Benkirane
Ahmed Zaidi : Les faits montrent, malheureusement, que la réforme est gelée
Abdelhadi Khairat : Le Maroc régresse sous ce gouvernement rétrograde  Abdelali Doumou : Je ne crois pas à l’exception dans l’histoire  

Le Groupe socialiste à la Chambre des représentants a ouvert hier le cycle de ses forums par un débat intéressant sur le thème : «Vers où  se dirige le Maroc politique ?»
« Vu les contradictions qui traversent le Maroc d’aujourd’hui, la question de la réforme et notamment l’échec de la réforme s’impose», lance d’emblée Ahmed Zaidi, le président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants dans une note introductive à ce débat. Et d’ajouter : « Nous, Marocains, avons cru que nous avons répondu à cette question en adoptant la Constitution 2011 avec toutes les grandes réformes qu’elle contient aux niveaux politique, institutionnel, économique, social et culturel. L’objectif est d’instaurer la justice, l’égalité et le mérite, d’établir le lien entre la responsabilité et la reddition des comptes, de préserver des droits et la dignité humaine, et d’assurer la séparation des pouvoirs ... Mais suffit-il d’adopter une Constitution moderniste pour dire que nous sommes sur la bonne voie ? ». La réponse du président du Groupe socialiste est sans appel : « Les faits montrent, malheureusement, le contraire, car la réforme est quasiment gelée», précise-t-il.
Ahmed Zaidi a critiqué la fragilité de la coalition gouvernementale, en soulignant que l’USFP et son Groupe parlementaire avaient prédit au lendemain de sa constitution que cette coalition était minée de l’intérieur. Il a également mis en exergue quelques « ambiguïtés » de l’action gouvernementale et partisane et qui « contredisent la Constitution 2011 », comme la confusion sur les rôles de l’opposition et de la majorité. « Quelques partis de la majorité, précise-t-il, ou plutôt une grande partie des membres du gouvernement adopte le discours de l’opposition alors qu’elle gère la chose publique. La majorité assume deux rôles : celui de l’opposition et celui du pouvoir. Pire, plusieurs ministres ont une réponse stéréotypée à tous les problèmes en prétendant qu’ils sont un héritage du passé ».
Si Ahmed Ziadi s’est montré pessimiste dans son allocution, Ahmed Herzenni, académicien et ancien président de la CCDH s’est montré plutôt optimiste estimant que le Maroc aurait dû aller à une cadence accélérée et avec davantage de symbiose. Il est optimiste, car en comparant la situation politique au Maroc avec celles des pays de la région, l’on peut dire « d’une façon générale, que nous sommes sur la bonne voie », précise-t-il.
Partant de ce constat, l’intervenant a mis en valeur deux missions intimement liées que la classe politique marocaine doit mener à l’heure actuelle. La première concerne l’opérationnalisation de la Constitution de 2011 qui « est un produit commun dans lequel toutes les forces du pays ont pris part à son élaboration». Et la deuxième est la mise à niveau de l’acteur politique.
Dans ce sens, il a précisé que le rôle de l’opposition n’est pas de renverser le gouvernement, car ce n’est pas dans son intérêt et que ce n’est pas une question prioritaire, mais elle a plutôt intérêt à ce que les lois organiques, qui complètent juridiquement parlant la Constitution, soient élaborées d’une façon consensuelle et non selon la logique de la majorité numérique. D’un autre côté, Ahmed Herzenni estime que les forces de gauche et démocratiques ont une occasion idoine pour se reconstruire et constituer des forces politiques « authentiques ».
Abderrahman Amrani, professeur universitaire et membre dirigeant de l’USFP, a décortiqué quelques caractéristiques du champ politique marocain. Celui-ci se caractérise notamment par la fragilité de la pensée stratégique au niveau de l’Etat et des acteurs politiques, la confusion du comportement politique des classes moyennes, la crise des élus, ce qui «paupérise le champ politique», et la faiblesse de l’interaction entre les institutions politiques et la dynamique de la vie économique.
Pour sa part, Abdelali Doumou, membre du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, critique la notion de « l’exception marocaine ». «Je ne crois pas à l’exception dans l’Histoire », lance-t-il. Il préfère parler plutôt de «singularité»  ou de «progrès». Le Maroc, selon Abdelali Doumou, se distingue des autres pays du Printemps arabe par « un certain développement politique ».
Le membre dirigeant de l’USFP s’est demandé si l’effervescence politique et institutionnelle actuelle au Maroc est porteuse d’une dynamique politique, ce qui permet au Maroc d’être différent des autres pays arabes, ou si elle n’est qu’une agitation politique (expression utilisée par Doumou dans le sens péjoratif), et donc une simple «fiction» et dans ce cas, le Maroc ne peut se distinguer des autres pays arabes.
Pour Abdelali Doumou, ce qui caractérise le Maroc postcolonial est la continuité du système politique qui existait même avant l’instauration de la colonisation qui n’était qu’une parenthèse dans l’histoire politique du Maroc.
Abdelahdi Khairat, membre du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, a vivement déploré la «confusion» du champ politique marocain. «Le Maroc rétrograde à une grande vitesse sous la direction d’un gouvernement rétrograde et je ne l’appelle pas gouvernement conservateur», précise-t-il dans son intervention.
Pour le dirigeant ittihadi, l’une des missions confiées à l’actuel gouvernement est de battre en retraite, car d’aucuns pensent que la réponse du Maroc au Printemps arabe était «précipitée». D’un autre côté, ce gouvernement est «lâche», selon Abdelahdi Khairat, car il n’a même pas le pouvoir de fixer les échéances électorales, d’aborder le développement humain, ou toucher à la politique étrangère…
Al Hassan Boukentar, professeur universitaire et membre de la Comission administrative de l’USFP, a ouvertement critiqué la lenteur de la gestion du temps politique au Maroc. « La gestion du temps politique pose problème. Elle a non pas un coût politique, mais également un coût économique», martèle-t-il. «La démocratie sans efficacité, ajoute-t-il, devient un frein » pour le développement.
Pour l’universitaire Abdelmoughit Tredano Benmessaoud, le Maroc actuel n’est pas une dictature, car il y a des espaces de liberté, mais il n’est pas non plus une vraie démocratie. Il préfère plutôt qualifier le Maroc actuel de « prédémocratique ».

Mourad Tabet
Mercredi 24 Juillet 2013

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