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Elizabeth Guigou : «Je crois que c’est fondamental de lutter contre le racisme et la xénophobie. Il faut sans cesse mener le combat des valeurs, les valeurs universelles qui sont celles de l’humanité»


Elizabeth Guigou est présidente de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue des cultures en Méditerranée depuis le 22 janvier dernier, succédant à M. André Azoulay. L’ancienne ministre de la Justice du gouvernement Jospin plaide pour que les deux rives de la Méditerranée – riches d’un formidable patrimoine culturel et de liens humains profonds – bâtissent un avenir commun. Elle a une présidence non-exécutive et totalement bénévole. Elle représente la Fondation, notamment dans les réunions ministérielles ou dans les événements qu’elle organise ou dont elle est partenaire dans les 42 pays de l’Union pour la Méditerranée, Créée en 2004, la Fondation Anna Lindh est soutenue par les 42 Etats-membres de l’Union pour la Méditerranée et la Commission européenne. À travers le soutien à la société civile, la Fondation vise à promouvoir le respect mutuel et le dialogue entre les cultures dans la perspective de bâtir un avenir commun euro-méditerranéen.



Elizabeth Guigou : «Je crois que c’est fondamental de lutter contre le racisme et la xénophobie. Il faut sans cesse mener le combat des valeurs, les valeurs universelles qui sont celles de l’humanité»
Libé : Dans votre discours de clôture de cette conférence sur le rôle des femmes dans l’économie méditerranéenne, vous avez affirmé que l’émancipation de la femme, c’est l’émancipation de l’homme aussi. Pouvez-vous préciser ce point de vue?
Elizabeth Guigou : Ça veut dire que les hommes doivent se mobiliser, c’est leur intérêt aussi, pour que les femmes jouent leur rôle dans la société, celui qui est le leur. Personnellement, je pense que les femmes sont la moitié de l’humanité, c’est un fait. Par conséquent, il faut que la société soit paritaire et égalitaire.

Où est l’intérêt des hommes de faire cela?
Cela promeut le développement économique.  Les enfants s’épanouissent mieux dans ce type de société.  Les femmes s’épanouissent parce qu’il y a plus d’harmonie dans la société. Une société où vous avez la parité entre les hommes et les femmes est une société qui marche sur ces deux jambes.

Quel rôle peuvent jouer les femmes qui ont de grandes responsabilités dans la société ?
Il faut surtout que les femmes qui accèdent aux responsabilités grâce à leurs compétences et leurs qualités et parfois aussi par chance, ne se désintéressent pas du sort des autres femmes. Il faut faire attention à la femme alibi; une femme «au top niveau» dans une entreprise ou une femme ministre, ne fait pas attention à toutes les autres. Une société qui fonctionne bien, c’est une société où il y a une égalité entre les hommes et les femmes à tous les échelons.  C’est cette société qu’il faut arriver à promouvoir; c’est ça une société harmonieuse.
On a bien besoin des femmes et on a besoin des deux sexes qui sont extrêmement complémentaires. Moi, je n’ai jamais été dans la guerre des sexes. La question du genre c’est cela, on a compris que dans leur complémentarité, les hommes et les femmes travaillent ensemble pour une société plus harmonieuse. Ça vaut dans tous les domaines, politique, économique, dans le syndicalisme, dans le social. Sur les questions de développement économique et l’entrepreneuriat social, on voit beaucoup de femmes dans ce domaine dans le bassin méditerranéen.

Sur la question du dialogue interculturel, quel bilan faites-vous de votre travail à la tête de la Fondation
Anna Lindh ?

Le dialogue interculturel c’est fondamental  abord pour se comprendre, il faut se connaître. Il faut commencer par se parler. On ne sera pas forcément d’accord sur tout, on ne va pas oublier les différences mais il faut se parler et échanger sur tous les sujets de la vie en société.  Des réunions comme celle d’aujourd’hui sont très utiles.
Je souhaite que nous puissions continuer à bâtir, autour de la Méditerranée, un solide réseau de femmes et d’hommes qui font, chaque jour, la démonstration que le vivre-ensemble reste le plus fort.

Quel est le rôle de la Fondation dans la région?
Dans le contexte actuel, l’action de la Fondation est plus que jamais indispensable. Quand les Etats ont des difficultés, les contacts entre les sociétés civiles sont autant de passerelles qui nourrissent le nécessaire rapprochement de nos points de vue.

Aujourd’hui on observe une banalisation du racisme et de la xénophobie, en Europe et en France avec une poussée politique de l’extrême droite. Quel regard portez-vous sur cette situation?
Je la déplore.  D’abord, est-ce que c’est une banalisation du racisme ? Non. Je crois qu’il y a des périodes dans l’histoire où il y a un surgissement comme cela, ce n’est pas la première fois malheureusement. Je crois que ça tient beaucoup à la crise économique et sociale et  aussi à nos sociétés qui se crispent. Je crois que c’est fondamental de lutter contre cela. Il faut sans cesse mener le combat des valeurs, les valeurs universelles qui sont celles de l’humanité, qui ont été exprimées par ce qu’on a appelé le Printemps arabe et qui sont d’inspiration commune et universelle.

Comment voyez-vous le flux de l’émigration de la Libye et les drames qui surviennent tous les jours?
Je pense qu’il faut une solidarité de tous les pays européens et on a le devoir d’accueillir les réfugiés persécutés. C’est aussi un devoir mondial et international et il faut prendre en charge les réfugiés. On a organisé aussi la circulation des étudiants et tous les acteurs de la société, ce n’est pas facile. Car il faut maîtriser les flux irréguliers. Il faut en même temps agir sur les causes, c'est-à-dire le développement économique, social et sanitaire des pays d’émigration. Une solidarité entre les pays d’émigration et d’immigration et les pays de transit est nécessaire. Le Maroc est devenu aujourd’hui un pays de transit de l’émigration subsaharienne. Il y a une solidarité internationale et euro-méditerranéenne à construire ainsi qu’une solidarité à l’intérieur de l’Europe pour répartir les réfugiés. L’UPM (Union pour la Méditerranée) est aujourd’hui un cadre nécessaire pour faire ce travail au niveau régional. Bien sûr, c’est devenu une nécessité pour la région et pour travailler sur les sujets que j’ai soulevés.

Est-ce qu’on a tourné définitivement la page de la crise entre le Maroc et la France qui a duré presque un an?
J’espère qu’on a tourné cette page, maintenant c’est derrière nous et tant mieux !

Entretien réalisé par Youssef Lahlali
Lundi 1 Juin 2015

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