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Egypte : l'aide américaine doit-elle cesser ?




Egypte : l'aide américaine doit-elle cesser ?
Une majorité d'Américains se disent favorables au fait de stopper l'aide étrangère américaine. Ils n’ont sans doute pas tort, en particulier pour l’aide en faveur de l'Egypte. L'ancien président, Hosni Moubarak, a laissé une structure politique calquée à son image. En fait, le transfert souple du pouvoir de M. Moubarak aux forces armées a révélé l'incapacité de l'Egypte à se libérer des traits répressifs du régime militaire. Résultat: l'après-Moubarak, s'est transformé en une tyrannie sans dictateur.
Malheureusement, dans le cas de l'Egypte, un gouvernement civil librement élu peut se révéler impuissant face à une caste de militaires profondément enracinée et bien organisée. Toutefois, mettre fin à la grande « générosité » de l'Amérique envers les militaire d'Egypte pourrait produire une restructuration politique dont le pays a désespérément besoin.
L'armée continue d'exercer un pouvoir immense dans l'Egypte de l'après-Moubarak. À la mi-avril, un tribunal militaire a par exemple condamné le militant politique Maikel Nabil à trois ans de prison pour insulte à l'armée. Quatre jours avant son arrestation, les forces de sécurité au Caire ont abattu deux manifestants et arrêté des dizaines d'autres pour avoir violé le couvre-feu national et une interdiction de manifester.
Ce système « néo-prétorien », comme nous l'appelons, emprunte son nom à la Garde prétorienne de Rome, qui dans les temps anciens a été une unité d'élite impériale attachée directement à l'empereur. Sous le règne du prétorianisme, comme pouvait l’expliquer le politologue Amos Perlmutter, une force militaire supérieure en capacités organisationnelles se substitue à celle d'un leadership civil dysfonctionnel. Dans certains cas, comme la Turquie kémaliste, l'armée a protégé la constitution pour remettre par la suite les rênes du pays à un régime civil. En Egypte, l'armée semble hésiter à retourner dans ses casernes.
Le résultat tragique du généreux appui matériel de Washington (1,5 milliard de dollars par an, dont plus de la moitié doit être dépensée en équipement américain) est criant. Il soutient un régime qui maintient son autorité par la négation de la liberté d'expression, les emprisonnements arbitraires, la répression sauvage et la torture routinière. Il diminue les incitations pour des réformes essentielles, alors que les membres du corps dirigeant de l'armée supposent que l'aide américaine est suffisante pour perpétuer leur emprise sur le pouvoir. Il génère également la dépendance, la corruption généralisée et le déclin de l'État civil.
Les opposants à la réduction de l'aide américaine à l'Egypte soutiennent qu'une telle mesure porterait atteinte à la paix israélo-égyptienne, à l'accès maritime des États-Unis au canal de Suez, et à la coopération entre les États-Unis et l’Egypte pour le renseignement. La réalité, cependant, est à la fois beaucoup plus complexe et beaucoup moins grave.
Malgré tous les discours sur les objectifs communs, les relations égypto-israéliennes restent problématiques. Sans surprise, un câble diplomatique américain publié par Wikileaks constatait que l'armée égyptienne continue de considérer Israël comme un ennemi et cherche la parité militaire avec l'Etat juif. Bien que de nombreux Égyptiens puissent avoir été en désaccord avec le partenariat stratégique de M. Moubarak avec Israël, il semble également que l'armée égyptienne a peu d'intérêt à initier une guerre. En plus de la stagnation économique et de la pauvreté généralisée, le pays a une guerre civile qui se poursuit sur sa frontière occidentale, avec la Libye; son voisin du sud, le Soudan, menace la sécurité de l'eau du Nil, et l'armée doit désormais maintenir la paix intérieure par la gestion d’une imminente transition politique. Le Caire a de nombreuses raisons de ne pas s'engager dans une folle aventure militaire contre Israël. Un arrêt des largesses militaires américaines rendrait cette réalité encore plus évidente.
En outre, terminer l'aide américaine ne conduirait pas automatiquement à la fermeture de Suez par l'Egypte. Compte tenu de l'expérience passée – la Crise de Suez de 1956 - les responsables égyptiens savent très bien que la fermeture de cette voie d'eau, importante stratégiquement et économiquement, est un acte de provocation. De manière plus importante encore, ils savent que la réponse régionale et internationale serait inévitable, rapide et dévastatrice.
Les manifestations massives du public qui ont balayé M. Moubarak du pouvoir servent d'inspiration pour les gens du monde entier. Dans le pays, la puissante armée de l'Egypte n'est pas - et ne peut être - un agent de la révolution. Supprimer progressivement une aide militaire américaine importante et très visible permettrait d’abattre un obstacle majeur à la réforme en Egypte. Cela contribuerait également à renforcer la crédibilité de l'Amérique en tant que porte-parole d’une véritable démocratie et de la liberté économique dans le monde musulman.

 * (Respectivement analyste au Cato Institute et professeur d’études arabes à l’International Center for Language Studies)

Par Malou Innocent et Abdelilah Bouasria *
Jeudi 28 Avril 2011

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