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Edward Saïd : la pensée et la révolte




Edward Saïd est le penseur palestinien qui a pu/su libérer la cause palestinienne de sa clôture dans les délibérations politiques stériles pour accéder aux vastes horizons de la pensée libre et engagée. La Palestine se connaît par lui et il se connaît par la Palestine plus que n’importe quel homme politique aussi chevronné soit-il. Ayant saisi profondément la valeur de l’appartenance à la patrie, d’Edward Saïd a bien voulu vivre aux Etats-Unis de L’Amérique. Cet éloignement loin du pays en tant qu’expérience existentielle, était si nécessaire pour qu’ Edward Saïd  perçoive le sens abyssal de la colonisation et, ipso facto, le sens de la perte de la Terre. Ainsi, Edward Saïd est-il désormais considéré comme étant le pionnier incontestable des études post-coloniales dans l’histoire humaine moderne. Son parcours scientifique a commencé avec une thèse de Doctorat portant sur  Joseph Conrad, ce qui va lui permettre par la suite de s’ouvrir sur la littérature universelle. Edward Saïd fait une œuvre de déconstruction des mécanismes de l’égocentrisme et de la prise de position vis-à-vis de l’autre, avant d’aboutir à l’étape de l’orientalisme, laquelle étape constitue un moment fort dans sa vie d’intellectuel et de penseur. En effet, Edward Saïd a publié son monument L’Orientalisme en se basant sur les principes épistémologiques et théoriques de Michel Foucault et Jacques Derrida, afin de mieux cerner les fondamentaux moments de ce mouvement littéraire, philosophique et artistique qui provient de l’occident vers l’orient, et afin de secouer le joug de toutes les certitudes infondées historiquement et législativement posant que l’occident et autorisé à coloniser l’orient. Edward Saïd a notamment voulu mettre en crise cette conception occidentale qui vise l’orientalisation de l’orient. Il s’agit là d’un concept dangereux sur lequel se fonde le discours colonialiste, ce discours qui a amené Edward Saïd à produire un discours adversaire à travers lequel il démontre et révèle les fondements du discours colonialiste, ses limites et ses prolongements en matière de Langues, Lettres et Arts des occidentaux. Il est ici question d’une critique post-coloniale reçue avec enthousiasme par un panel de chercheurs ayant été des disciples d’ Edward Saïd, ou ayant lu, compris et développé son héritage intellectuel comme c’est le cas pour les deux indiens Homi Bhabha dans son ouvrage intitulé « The Location of Culture », et Gayatri Chakravorty Spivak dans son ouvrage intitulé « Can subaltern speak ? ». Ces deux chercheurs ont effectivement pu faire élargir davantage le champ de fonctionnement/application de la théorie d’Edward Saïd pour atteindre d’autres horizons de réflexion : le féminisme, la critique culturelle, les systèmes sociaux, etc.  Edward Saïd a vécu et décédé comme penseur militant. Sa disparition avait pour cause son cancer de sang qui a donné lieu à l’une des meilleures autobiographies que la littérature universelle n’ait jamais connu aux niveaux de l’écriture, des connaissances et de la pensée, il s’agit de « Out of Place.» Le titre choisi par Edward Saïd est susceptible d’induire une confusion dans le raisonnement du lecteur hâtif, du fait que Edward Saïd est en dehors de son espace naturel qui n’est autre que la Palestine. Nonobstant, tout l’art d’ Edward Saïd est condensé dans cette formule profonde et provocante. Tout se passe en fait comme si Edward Saïd observait sa Palestine de la hauteur de sa propre douleur physique (le cancer) et emblématique (le déracinement.) Edward Saïd, semble-t-il, fait de l’écart le lieu de la rencontre historique avec sa patrie et son histoire. La séparation guide le fonctionnement de la rencontre. Loin de sa patrie, Edward Saïd, nostalgique qu’il est, retrace dans « Out of Place » le cheminement d’une vie qui se refuse à l’oubli, qui inculque la trace et stigmatise l’ignorance. Placé, physiquement, en dehors de la place, Edward Saïd est intrinsèquement lié au temps de la place. Le penseur palestinien est accroché à la place et au temps de la place. C’est de dehors qu’il aime davantage cette place qui a fait de lui un intellectuel universel…


Atmane Bissani
Jeudi 24 Juin 2010

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