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Education en France: la sélection par le bas





N’importe quel enseignant dans l’Hexagone peut
apporter la preuve d’une
baisse du niveau de
l’éducation en France malgré l’augmentation du nombre des diplômés, notamment
les bacheliers. Une baisse
de niveau d’autant plus
problématique que la part
des dépenses d’éducation dans le PIB français n’a cessé
d’augmenter. Comment
expliquer la baisse du niveau en France ? Qui sont les
responsables ? Telles sont
les questions auxquelles Emmanuel Martin,
responsable de la publication sur UnMondeLibre.org, tente de répondre en mettant en
évidence l’éloignement
progressif des jeunes français
de la culture de l’effort et de la responsabilité vers une culture du paraître et de l’artificiel.
Le président Sarkozy défendait lors de ses vœux il y a un an une « politique de civilisation ». Or, la civilisation repose sur la responsabilité, et il y a là sans doute le problème majeur de l’éducation en France aujourd’hui. L’éducation est devenue un vaste jeu de dupes, dans lequel on se vante de l’augmentation du nombre des diplômés au prix, en réalité, d’une baisse du niveau. Attitude irresponsable qui fabrique non seulement des « crétins » comme ont pu l’écrire certains, mais aussi, justement, des irresponsables. Comment expliquer la baisse du niveau en France ? Qui sont les responsables ?
N’importe quel enseignant dans l’Hexagone peut apporter la preuve de ce phénomène de baisse du niveau. Il suffit pour s’en convaincre de faire l’expérience de la lecture en classe de lycée : des élèves de première ou terminale ne savent plus lire. Ils butent sur des mots, prennent un mot pour un autre, lisent comme un enfant de 8 ou 9 ans il y a trente ans. La correction de copies de première année universitaire peut aussi se révéler instructive. Il faut parfois lire à voix haute pour comprendre le charabia que comportent certains devoirs, ce qui signifie que l’on a donné le bac à des élèves dont le niveau n’aurait pas permis à une époque de rentrer en sixième.
Ces « impressions partagées » se complètent bien avec les résultats de la dernière étude PISA 2006 de l’OCDE, qui mesure les aptitudes des élèves : les petits français de 15 ans sont relativement mauvais en mathématiques ou en compréhension de l’écrit (17ème place sur 30) ou en sciences (19ème) - des résultats, qui plus est, en recul en comparaison avec les enquêtes précédentes.Ces constats sont le symptôme d’un mal profond : beaucoup d’élèves sont incapables de se concentrer, de se discipliner et de structurer leur pensée que cela soit à l’oral ou à l’écrit. Il y a toujours eu des élèves rêveurs, mais le manque généralisé de concentration devient inquiétant. C’est la même chose pour le manque de discipline de soi, et les deux sont bien évidemment liés. Cette absence de discipline et de structuration de la pensée a des conséquences catastrophiques. Où sont les causes de ces phénomènes ?
On peut bien sûr blâmer la société du paraître et de la superficialité : le zapping devant la télé ou devant internet, la montée de la mentalité shopping, la télé réalité qui glorifie la médiocrité et la bêtise crasses. Dans cet univers, patience et persévérance deviennent alors synonymes de torture pour les « pauvres petits » dont il faut ménager la susceptibilité, société de l’enfant roi oblige. Les élèves restent ainsi à la surface des choses. Impatients, ils zappent. Et le goût de l’effort pour approfondir disparaît peu à peu.
L’évolution des structures familiales avec des parents séparés, des recompositions imposant des va et vient aux enfants, des mamans seules qui les éduquent tant bien que mal sans véritable repère viril pour eux, ou même des parents mariés « achetant » leur indisponibilité auprès des enfants avec des cadeaux, tout cela a sans nul doute aussi contribué à la déstabilisation de nombreux élèves. Le rapport d’autorité est en effet sapé.
C’est même la défiance qui peut émerger chez l’enfant ; et un transfert sur le professeur est si vite opéré. L’autorité de ce dernier en pâti, ce qui peut mécaniquement avoir un impact sur la capacité à imposer la discipline, et donc sur l’aptitude des élèves à se concentrer et à se structurer.
Peut-être aussi que « 68 est allé trop loin » comme on l’entend parfois. L’idée que la créativité de l’élève puisse s’exprimer en liberté s’est sans doute transformée en une sorte de laxisme, de permissivité : la liberté sans la responsabilité en somme. Or, créativité et liberté supposent discipline et structuration : il faut faire l’effort d’intégrer des concepts avant de pouvoir les manipuler. On ne peut être créatif à partir de rien – une utopie souvent distillée dans une société qui célèbre à grands frais les artistes autoproclamés.
Mais c’est sans doute l’illusion des « 80% d’une génération avec le bac » qui est la pire des causes. Comme dans de nombreux domaines, on a distribué des « droits à », l’illusion de détenir quelque chose, de la monnaie de singe en somme. Comme à l’époque où les rois mettaient de plus en plus de plomb dans les monnaies en or, on a laissé croire que les diplômes, et notamment celui du bac, valaient beaucoup plus que ce qu’ils valent réellement, c’est-à-dire plus grand-chose.
En décrétant que 80% d’une génération allait avoir le bac, on a abaissé les exigences de ce diplôme plutôt que d’augmenter, par le travail, la qualité des élèves. Et cela se répercute à tous les étages inférieurs (et supérieurs !). On vend de l’illusion, du rêve. On opère la sélection par le bas en laissant croire au Père Noël.
Pire : on pervertit le système en mettant sur un piédestal le « diplôme », la « note », au détriment du processus d’acquisition de la connaissance qui permet de l’obtenir. En faisant cela on inculque aux jeunes une philosophie du paraître, du creux, de l’artificiel, de l’irresponsabilité. On n’en fait pas des hommes.
 
Emmanuel Martin est docteur en économie,
responsable de la publication
sur www.unmondelibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org

Emmanuel Martin
Mercredi 11 Février 2009

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