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Editorial : Le Mouvement du 20 Février et le sort réservé à la Constitution




Editorial : Le Mouvement du 20 Février et le sort réservé à la Constitution
Le troisième anniversaire du déclenchement du Mouvement du 20 Février qui a libéré les citoyens de la peur qui les taraudait, les poussant à scander des slogans condamnant la prévarication qui prédominait dans le pays sous différentes formes : corruption, économie de rente, clientélisme, cherté de la vie, gel des salaires, entraves aux libertés, interdiction des manifestations pacifiques et  falsification des élections, dans l’objectif d’imposer des institutions qui se sont transformées avec le temps en outils de répression  des masses au lieu de servir leurs intérêts et d’exprimer leurs espoirs.
Des milliers de jeunes avaient ainsi investi l’espace public dans toutes les villes du pays, faisant valoir de nombreuses revendications dont celles relatives à l’adoption d’une nouvelle Constitution.
Le Mouvement du 20 Février n’était pas une fausse note et il ne faut pas le dissocier de son contexte arabe, tunisien d’abord et égyptien, libyen, yéménite et syrien par la suite  que d’aucuns ont qualifié de Printemps arabe et qui a mis fin à des dictatures qui avaient gouverné par la force de la tyrannie et bafoué allégrement les droits et libertés à l’instar de Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, Kadhafi en Libye et Abdallah Saleh au Yémen auxquels le président syrien Bachar Al-Assad ne devra pas tarder à emboîter le pas. 
S.M le Roi a prêté attention aux doléances de la rue et y a réagi de manière positive ; d’où le discours historique du 9 mars qui a constitué un jalon important vers la rédaction d’une Constitution avec la participation  effective de tous les partis politiques et centrales syndicales ainsi que de nombreuses ONG. La commission de rédaction de la Loi fondamentale a même reçu des écrits que certaines  personnalités lui ont adressés à titre personnel.
Aujourd’hui, alors que nous célébrons cet anniversaire et loin de nous livrer à une évaluation sur le parcours de ce mouvement et de toutes les déclarations contradictoires qui s’y rapportent, il est de notre droit et de celui des masses populaires de nous interroger sur le devenir de la Constitution que nous avons adoptée il y a plus de deux ans.
Nous ne risquons pas de nous tromper en affirmant que nous sommes face à des tergiversations incompréhensibles. Ni les lois organiques ni les institutions stipulées par la Constitution n’ont encore vu le jour. En outre, la deuxième Chambre du Parlement continue à fonctionner conformément aux dispositions de la Constitution de 1996 et son mandat a même été prorogé. Idem pour la Cour constitutionnelle et le pouvoir judiciaire qui continuent également à fonctionner comme par le passé tant au niveau de leur composition qu’en ce qui concerne leurs méthodes de travail. Par ailleurs, nous sommes encore très loin de l’opérationnalisation du principe de la parité qui est à même de permettre à la femme de jouer le rôle que lui confère la nouvelle Constitution.
Au contraire, ce que nous observons, c’est que le gouvernement fait cavalier seul en matière législative et interprète de manière rétrograde les dispositions de la Loi suprême. Il va même jusqu’à ignorer l’institution parlementaire puisqu’il y a eu recul notoire sur des propositions préalablement acceptées et ayant fait l’objet de débat et d’approbation.
Aujourd’hui, nous voguons à vau-l’eau et sans agenda clair. Nous ne savons pas quand les prochaines échéances électorales auront lieu, ni les priorités dans le processus de renouvellement des institutions, qu’il s’agisse de celles de la régionalisation avancée, des Conseils régionaux, des Conseils de provinces ou de préfectures, des collectivités locales, ou encore des Chambres professionnelles.
Tout ce que nous constatons aujourd’hui, c’est la hausse des prix, le gel des salaires, le surendettement qui va crescendo, l’aggravation de la vénalité, le blocage du dialogue social avec les partenaires sociaux et les désengagements relatifs aux promesses électoralistes tenues par le parti majoritaire, le temps d’une campagne et sur la base desquelles il s’est confié la gestion des affaires publiques.
De ce fait, il n’y a pas d’ouverture du moindre chantier public d’importance. Une situation à laquelle des discours grandiloquents et sans consistance ne peuvent rien changer.
Les partis politiques, les centrales syndicales, les organisations de la société civile se trouvent ainsi réduits à jouer un rôle subsidiaire; le véritable pouvoir revenant à des centres de décisions occultes.
Le gouvernement a-t-il tiré la leçon, tâté le pouls de la rue et pris conscience du degré de tension qui y prévaut ou continuera-t-il à se complaire dans son indifférence à l’égard de toutes les voix revendiquant des réformes? 

Libération
Jeudi 20 Février 2014

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