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Ecoutez cette jeunesse qui n’est autre que votre avenir !




Rédiger des phrases. Trouver un moyen pour que ces mêmes phrases soient publiées. Aucun mot à raturer. Aucune phrase à détruire. Ne me censurez pas ! Ne coupez pas mon texte en deux ! Mon film, mon documentaire, ma partition musicale, mon article, qu’importe... Ecoutez-moi. Ecoutez cette jeunesse qui n’est autre que votre avenir. Les battements de cœur, les causes proscrites, les droits légitimes. Ma vie, mes matins, mes déboires, mes batailles, mes droits de femme et ceux de ma fille. Batailler contre la pauvreté, la cherté de vie. Dénoncer un massacre, celui de Cana il y a des années, ceux de Baba Amr en Syrie aujourd’hui. Pouvoir dire, haut et fort, ne pas baisser la voix.
Courir. Manifester. Avoir ses opinions, des opinions sur tout. La politique, l’économie catastrophique, la faim, le monsieur qui jette le reste de sa man’oucheh par la fenêtre. Pouvoir l’insulter. Pouvoir le dire encore et encore, avant de l’écrire.
Ne coupez pas mon texte. Ecoutez-moi.
Les cris du cœur émanent toujours d’un trop-plein d’espoir qui se voit partir en fumée. Et j’étais emplie d’espoir. L’espoir de demain, celui de Beyrouth debout après une guerre. L’espoir de mes chansons d’enfance, l’espoir de pouvoir reconstruire en mieux, en plus fort, en plus intense. Vivre jusqu’au bout. Chanter si je veux, et si vous le voulez aussi. Avec moi. Tous ensemble. L’unité nationale. L’hymne national. La démocratie. Tolérer l’autre. Celle avec un voile, ou celui qui n’est pas si différent que moi.
Et puis écrire, rédiger des phrases, me répéter, même si mes mots ne feront que se cogner au bas d’un mur. Je crois, j’écris, je défends ma liberté à coups de griffes, de maux, de désarroi parfois, de lassitude aussi. Non ! Je n’ai pas vraiment le droit d’abdiquer. Non ! Quand l’asservissement d’un peuple entier passe par la censure, je n’ai pas vraiment le droit de laisser tomber. Non ! Quand des lois passent sans que la masse se rende compte de l’ampleur de la censure dans laquelle nous sommes obligés de vivre. Jour après jour.
Relire George Orwell. La fin du monde ? La fin d’un monde ? 1984. 2012. Le monde arabe en ébullition. Des régimes qui tombent. Des tueurs en Syrie. Beyrouth qui tient à peine debout. La réalité fait peur. La nôtre surtout. Tout le monde se tait. Guerre ou pas guerre ? Prise de conscience. Quelques dizaines, la censure. Le moyen le plus efficace et le plus rapide pour abrutir la masse. Non ! Ça ne passe pas. Mes mots ne passent pas. Je vous choque, non ? C’est le but justement. Vous dire pour la millième fois qu’il y aura toujours une personne qui va se lever pour défendre ses idées. Ses idéaux. Moi. Je me lèverai. Aujourd’hui, demain, comme je l’ai fait hier, comme je l’ai fait en 2006. Contre la guerre. Ne pas voter pour cette loi qui nous refuse toute liberté d’expression. Ne votez pas.
Oui ! Je m’adresse à vous, politiciens assis sur des sièges quasi monarchiques. Héréditaires. Ne votez pas ! Vous aurez besoin de nous pour promouvoir vos idées, le jour où vous en aurez. C’est grâce à nous que les débats sont ouverts. Vous utilisez aussi les réseaux sociaux. Comme nous. Pareils. Identiques. Pas de places privilégiées. Les plates-formes sont libres. Les mots sont libres. Les pensées sont libres. Et le changement est là. Le changement sera là. Touche pas à ma liberté, ma liberté de penser, ma liberté d’expression, mon libre arbitre, ma liberté de rédaction, ma liberté d’action, ma liberté tout court.
Je me rends compte jour après jour de l’asservissement dans lequel nous sombrons. Léthargie et coma étatique graves. Pieds et poings liés. Ligotés. Emprisonnés. Les fers ne sont pas dans les chaînes, elles sont dans l’esprit. Et nous interdire d’avoir des opinions, des discussions... Foutaises ! Faire passer à la censure nos textes, nos films, nos blogs, notre musique, c’est tuer ce qui reste en nous d’espoir. L’avenir ne sera que noir face au manque d’idées nouvelles.
Déçue. En rage. Désespoir. Politique ratée. Ne votez pas cette loi ! Malgré tous les ratages de notre quotidien, entre corruption et viande avariée, ce gouvernement aura néanmoins réussi à détruire ce qui reste en nous de liberté.
Bas les pattes ! Ma liberté ne t’appartiendra jamais ! Je le dis haut et fort. Ne me censurez pas !

 * L’Orient-Le-Jour

Par Hala MOUBARAK *
Mardi 3 Avril 2012

Lu 632 fois


1.Posté par Seris Dalichoux le 04/04/2012 09:49 (depuis mobile)
Je suis atterrie de ce que je viens de lire mais c'est exactement de ça que me parle tous les jeunes hommes à qui je cause sur le tchat, je comprends mieux pourquoi ils veulent partir de leur pays en proie aux enflures qui profitent de tout on vous aime.

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