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EPO ou eau claire, pas de différence chez les cyclistes amateurs




L'EPO, une potion pas si magique? Nombre de cyclistes ont misé sur ce produit dopant pour tricher mais il pourrait être moins efficace qu'on le croyait, affirme une étude publiée vendredi, à la veille du départ du Tour de France.
Cette étude néerlandaise, dont les conclusions ont de quoi étonner, porte uniquement sur des cyclistes amateurs bien entraînés.
Publiée dans la revue médicale The Lancet Haematology, elle assure que si l'EPO améliore leurs performances lors de courts tests d'efforts intensifs en laboratoire, elle n'a pas d'effet lors d'une course d'endurance sur route dans les conditions du réel.  De quoi dissuader les sportifs de prendre de l'EPO, qui augmente en outre les risques de thrombose (obstruction d'une veine ou d'une artère par un caillot de sang), selon les auteurs de l'étude.
"Reste à savoir si ces conclusions s'appliquent aussi aux cyclistes professionnels", indique le responsable de ces travaux, Jules Heuberger, du Centre de recherche sur les drogues de Leiden (Pays-Bas).
Selon lui, "il y a peu de preuves scientifiques autour des produits dopants, en partie car il est impossible de réaliser des tests avec des sportifs de haut niveau, soumis aux règles de l'Agence mondiale antidopage (AMA)".
Faute de pouvoir tester des professionnels, l'étude a donc été menée sur un groupe de 48 cyclistes amateurs mais bien entraînés, âgés de 18 à 50 ans.
Durant 8 semaines, la moitié a reçu des injections hebdomadaires d'EPO (des piqûres sous la peau de l'abdomen) et l'autre moitié d'un placebo.
Star des produits dopants dans les années 90 avant l'arrivée en 2001 d'un test de détection, l'EPO (érythropoïétine) stimule la production de globules rouges et favorise l'oxygénation des muscles. Le cycliste américain Lance Armstrong fait partie des sportifs qui ont reconnu en avoir utilisé.
Le premier test de l'étude, en laboratoire, consistait à pédaler sur une rampe dont la résistance était augmentée toutes les cinq minutes, jusqu'à épuisement (entre 30 et 50 minutes).
Le deuxième test, également en labo, simulait un contre-la-montre: pédaler le plus vite possible pendant 45 minutes.
Le dernier test s'est déroulé sur route, douze jours après l'injection finale: un parcours de 110 km puis l'ascension d'un haut lieu du Tour de France, le Mont Ventoux, sur 21,5 km.
Dans le premier test, basé sur un effort intensif, les performances du groupe qui avait pris l'EPO ont été supérieures (y compris pour la mesure de la puissance maximale délivrée par ces cyclistes et leur consommation d'oxygène).
 En revanche, les différences ont quasiment disparu pour le deuxième test et étaient carrément inexistantes pour le dernier, tant au niveau des paramètres physiques que des performances (1h40 environ pour grimper le Mont Ventoux).
Ces conclusions battent en brèche la plupart des observations faites jusque-là sur l'efficacité de l'EPO.
"Il me semble que l'étude est bien faite. Le seul reproche, c'est que ses auteurs aient inclus des sujets âgés", alors que dans le sport de haut niveau on dépasse rarement 35 ans, commente pour l'AFP l'expert français Michel Audran.
Ce professeur de biophysique est à la tête du département d'analyses de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) et dirige le laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry, qui a été à la pointe de la lutte contre l'EPO.
Il rappelle qu'une autre étude de 2012 aboutissait à des conclusions inverses. Menée sur des coureurs à pied, elle montrait que leurs performances sur 3.000 mètres étaient améliorées jusqu'à 6% par l'EPO.
Selon M. Audran, le fait que l'étude néerlandaise ait été réalisée à l'aveugle, sans que les volontaires sachent si ce qu'on leur injectait était ou non de l'EPO, a peut-être pu diminuer l'effet psychologique de la substance dopante.
"L'effet placebo peut jouer, je l'ai observé dans mes protocoles", souligne ce spécialiste du dopage sanguin, qui a lui-même réalisé des tests sur l'efficacité de l'EPO.

Samedi 1 Juillet 2017

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