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"Duch", nouveau chapitre du travail de Rithy Panh sur les khmers rouges




Avec "Duch, le maître des forges de l'enfer", projeté dimanche soir en séance spéciale hors compétition, le réalisateur cambodgien Rithy Panh poursuit son minutieux et méthodique travail de mémoire sur “la machine de mort” khmère rouge.
Le blanc de ses yeux a presque disparu, l'iris sombre y occupe quasiment toute la surface, donnant à son regard une tonalité étrange et indéchiffrable: Duch, l'ancien responsable, entre 1975 et 1979 du centre de torture de S21 à Phnom Penh, est la figure omniprésente du nouveau documentaire de Rithy Panh.
Après “S21, la machine de mort khmère rouge” (2002) ou “Bophana, une tragédie cambodgienne” (1996), l'auteur cambodgien à la fois documentariste et et réalisateur de fiction, continue ainsi d'explorer la mémoire de cette tragédie que fut de 1975 à 1979 le régime de Pol Pot, responsable de la mort d'environ deux millions de personnes.
Duch, de son vrai nom Kaing Guek Eav, est pour le moment le seul ancien khmer rouge à avoir été jugé pour ses crimes. Il a été condamné à trente ans de prison par un tribunal parrainé par les Nations unies pour crimes contre l'humanité.
Son procès en appel s'est achevé en mars 2011 et la décision est attendue en juin. C'est d'ailleurs pour cette raison que le réalisateur s'est refusé à toute interview.
“Je voulais m'excuser auprès de vous de ne pas avoir répondu aux très nombreuses demandes qui m'ont été faites”, a dit Rithy Panh, lors de la projection de presse, dimanche après-midi.
“Mais je ne peux pas exprimer mes opinions” avant la décision de justice, a-t-il ajouté, concluant dans un sourire: “Dans trois semaines, je serai plus disponible”.
Fidèle à ses habitudes dans le traitement de ce sujet, le metteur en scène ne livre dans son film, ni analyse, ni jugement. Aucune voix off, ni commentaire sauf en introduction et en conclusion (sous la forme d'un texte, ndlr) pour replacer le propos dans son contexte.
Duch parle. Il est même intarissable. Il commente des photos, les maximes de propagande du régime (comme le sinistre “Mieux arrêter dix personnes à tort qu'en libérer une seule par erreur”), raconte en détail le fonctionnement de S21 et fournit une lecture personnelle de sa vie.
“Mon métier était de recevoir des personnes, de les torturer, de les interroger et de les détruire car ils étaient des ennemis”, souligne-t-il, demandant pardon aux âmes de ses victimes.
L'homme est érudit, cite en français Alfred de Vigny et Karl Marx.
Il est lucide aussi quand il remarque avec une ironie tragique que lui, l'ancien professeur, aveuglé par son engagement, a transformé un ancien lycée en centre de torture et d'extermination.
Dans ce long monologue, il assume ses actes tout en rappelant qu'il était sous le contrôle d'une idéologie: la croyance absolue dans le rôle salvateur de la dictature du prolérariat.
Rithy Panh complète le propos par des images d'archives, quelques interviews complémentaires d'autres membres de l'encadrement tortionnaire de S21 qui, comme dans le film éponyme, répètent face à la caméra certaines scènes tragiques de leur triste rôle.

AFP
Mardi 17 Mai 2011

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