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Du “tcharmil” à l’Etat de droit

La lutte contre la criminalité ne doit pas ressusciter le Maroc sécuritaire




Du “tcharmil” à l’Etat de droit
Dans la communauté des défenseurs des droits humains, on est formel. Pas question de sacrifier les acquis et les droits arrachés de haute lutte au nom de la préservation de la sécurité. Les hommes et les femmes de ce pays, soutiennent les activistes, ont suffisamment souffert dans leur chair de ce Maroc sécuritaire des années de plomb. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour que la construction des droits humains ne s’effondre pas sur l’autel d’une campagne sécuritaire menée tambour battant. « La lutte contre l’insécurité ne saurait justifier les violations des droits humains. Lutter contre la violence, les agressions, le banditisme, la criminalité est un devoir de l’Etat. Et un Etat de droit doit pouvoir assurer cette mission sans porter atteinte aux droits et libertés des citoyens de ce pays », fait valoir ce membre fondateur de l’Organisation marocaine des droits humains.
Le phénomène du « tcharmil » conjugué à l’augmentation des agressions et de la violence dans les grandes villes marocaines pose aujourd’hui avec force la question de la sécurité. Entre peur sur la ville et terreur dans la cité, un mauvais film urbain se joue tous les jours. Les Marocains réclament, à raison, plus de sécurité et une présence plus accrue des forces de l’ordre. «Comment en est-on arrivé là?». La question est lancinante et sous entend qu’on a laissé faire. Sur les réseaux sociaux, les jeunes estampillés « tcharmil » -emprunté au langage culinaire, le mot  désigne en darija une marinade de viande préparée par des bouchers munis de grands couteaux- prennent la pose, coupe de cheveux en crête inspirée des joueurs de foot évoluant dans des clubs internationaux prestigieux, grands couteaux à la main, espadrilles de marque aux pieds et montres clinquantes au poignet. Leur butin du jour est arboré : scooters,  grosses cylindrées,  montres de luxe, liasse de billets. Panique des citoyens, silence du gouvernement et coup de semonce Royal. Le ministère de l’Intérieur prend enfin la lutte contre l’insécurité en charge. 
 
Campagne de 
crânes rasés
Les adeptes du tcharmil sont dans la ligne de mire. Le tandem Hassad-Cherki Draiss sillonne le pays pour tenir au pas de charge des séances de travail avec walis,  gouverneurs, agents d’autorité, responsables de la gendarmerie Royale et de la police judiciaire. La communication de crise commence.  “Les effectifs des membres des services de sécurité seront sensiblement augmentés chaque année afin de consolider le sentiment de sécurité chez les citoyens, tant au niveau des grandes villes qu’au niveau des villages”, indique le tout premier communiqué du département de l’Intérieur publié dans le cadre de la lutte contre l’insécurité qui a été exacerbée par les images virtuelles du « mouvement » tcharmil. La tentation du  tout-sécuritaire n’est pas loin.
Les arrestations pleuvent. Des dépôts de sabres et autres couteaux chinois sont découverts. Des milliers de comprimés psychotropes sont saisis. La spirale sécuritaire s’emballe peu à peu. Avec les premières arrestations et saisies, les premiers dérapages et abus commencent. Des témoignages inquiétants sont recueillis par des confrères. Selon le site d’information yabiladi, qui cite  le quotidien  arabophone Assabah, des éléments de la police auraient fait des descentes dans certains quartiers  populaires de la ville contre des jeunes Marocains qui ont des coupes  branchées afin de leur raser les cheveux.
« Selon la même source, les policiers se sont rendus dans des quartiers comme Hay Hassani, Oulfa, l’ancienne médina et Derb Sultan pour interpeller des jeunes aux coiffures jugées bizarres et les transporter dans leur fourgon.
Une fois au poste de police, les forces de l’ordre se sont servies de tondeuses pour venir à bout des coiffures en crête de ces jeunes », rapporte ce site d’information.
 
Le suicidé de 
Sidi Bettache
L’irréparable ne tarde pas à être commis. La semaine passée, un jeune  homme de Sidi Bettache, dont le crâne aurait  été rasé par le caïd -et ce  dans le cadre de la campagne contre le tcharmil- s’est donné la mort. La réaction du ministère est immédiate. Le caïd de Sidi Bettache a été rappelé au service central et une enquête a été ouverte au sujet du suicide de ce jeune homme de 26 ans qui, selon sa famille, s’est suicidé car il ne supportait pas l’humiliation qu’il venait de subir. 
Ce qui s’est passé à Sidi Bettache doit donner à réfléchir au gouvernement Benkirane  et pas seulement au département de l’Intérieur. La question de la sécurité pose aussi, et avec la même force, celle des droits et du respect de la loi.  Les campagnes ponctuelles et effrénées laissent toujours des souvenirs meurtris. C’est à  une politique sécuritaire que l’Exécutif doit œuvrer pour lutter contre la violence, les agressions, la criminalité tout en préservant les acquis de l’Etat de droit.

Narjis Rerhaye
Mercredi 23 Avril 2014

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