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Du registre de la motivation




Du registre de la motivation
Au niveau conceptuel, la motivation est un terme polysémique. Transposée au contexte éducatif, ce concept constitue l’enjeu d’implication de l’élève dans le processus d’apprentissage et la réalisation des performances scolaires optimales. Néanmoins, la réalité est chroniquement loin de satisfaire à ces conditions précitées. A cet égard, les enseignants rapportent avec amertume : «Les élèves ne sont plus motivés comme avant». Ce constat nous interpelle afin de mettre globalement sous la lumière les contours sémantiques de la motivation et de l’appréhender de manière particulière dans le contexte éducatif. La motivation avait fait usage en publicité. Aussi, les motifs d’achat de tout produit a été l’objet d’interrogation des professionnels du commerce. Par ailleurs, les premières émissions théoriques apparentent les motivations aux besoins biologiques primaires (soif, faim…).
Outre cette identification, la motivation avait été assimilée au but extérieur en fonction de quoi le sujet agit. Ici, le but pourrait être une réalité souhaitée : concrète ou imaginée.  Dans le contexte scolaire, la motivation est considérée en tant qu’entité dynamique qui revêt un aspect hypothétique tout en étant affectée, selon Roland Viau, par des facteurs conditionnants, à savoir :
- La classe : climat instauré, activités pédagogiques, gratification, etc
- La vie personnelle : famille, ami, etc
- L’école : règlement, vie scolaire ;
- la société. 
Pour saisir le côté qualitatif et mesurable de la motivation, Robert Jean Vallerand, décline la motivation en variantes plus ou moins présentes chez l’élève. Ce dernier peut nourrir une motivation extrinsèque, intrinsèque ou être amotivé (démotivation).
 Cependant, ce triptyque générique est passible de régulations intermédiaires : la motivation externe, la motivation par régulation introjectée et la motivation identifiée. La motivation intrinsèque, elle, se crée par amour inhérent à l’apprentissage : pour la connaissance, pour l’accomplissement ou pour les sensations fortes. Finalement, vient la motivation qui laisse l’élève fréquenter l’école sans être clairement conscient de ce qui le pousse à ce comportement. 
De tous ces types de motivations, la motivation foncièrement intrinsèque est celle qui est associée souvent à l’excellence scolaire du fait que l’élève se transporte dans un flux passionnel de l’effort et des réalisations dans la mesure où l’effort est intériorisé comme plaisir éprouvé pour soi. Partant de ces postulats, la motivation globalement autodéterminée (introjectée ou identifiée) et au mieux,  intrinsèque sous ses trois formes devrait être les cibles d’investigation et d’optimisation au moyen d’interventions préventives ou curatives des professeurs et des conseillers en orientation éducative. Le but étant de rendre l’apprentissage le champ favori de l’investissement personnel de l’élève.  La démarche professionnelle des conseillers d’orientation vise à ancrer davantage l’internalisation des facteurs externes d’apprentissage.
 Notons que cette internalisation existe intuitivement de manière considérable chez les élèves persévérants, mais elle l’est moins chez la majorité d’entre eux et s’avère absente chez les décrocheurs potentiels.
 Aussi la qualité de la motivation à régulations internes est-elle appréciée par les pédagogues. Mais à défaut de ces expériences intériorisées mais hautement productrices en termes de rendement scolaire, le conseiller est sollicité à amener l’élève à percevoir en quoi les actions engagées de ses apprentissages, sous l’effet des déterminants externes, pourront produire des résultats présentant des intérêts personnellement bénéfiques. Par exemple, « ma famille m’a poussé à… », peut se transformer, par l’apport du conseiller d’orientation, en « partager avec ma famille les difficultés vécus » ou « mon estime de soi s’accroît par l’intérêt par ma famille pour mon activité… ». Le conseiller d’orientation en tant qu’acteur professionnel mettra à contribution ses compétences  d’exploration psychologique, de suivi et d’accompagnement pour diagnostiquer et mesurer, au moyen d’échelles descriptives, la motivation estudiantine afin d’agir en fonction. Et ce, dans le but de créer une motivation hautement internalisée. Il s’agit d’un défi scolaire qu’incombe à la communauté scolaire de relever de concert en instaurant un climat de classe prônant  l’épanouissement des élèves en alternant la pédagogie d’apprentissage et d’émulation et en favorisant une vie scolaire où les opportunités de s’affirmer sont accessibles, et aussi en offrant un apprentissage attrayant, ayant un sens et présenté, dans la mesure du possible, sous forme de choix.
 D’aucuns pourront arguer de la conception «fataliste» du phénomène motivationnel : la motivation, elle est ou elle ne l’est pas. D’après eux, c’est une entité abstraite dont on ne peut imposer l’existence à l’élève : l’injonction, à ce propos, ne relève pas de la thématique psychologique. 
Ces affirmations comportent un réalisme qui est loin d’être absolu du moment que la motivation représente un double enjeu : la générer pour la maintenir/la renforcer. A cet égard, le professionnalisme des conseillers d’orientation sera efficace par un recadrage lucide et rationnel  visant à reconfigurer positivement une réalité pouvant être frustrante.
 C’est un objectif atteignable par le biais de leur écoute compréhensible, authentique, informatrice et aidante. Aussi, faut-il se focaliser sur la perception de l’apprenant vis-à-vis de l’acte d’apprendre et ses promesses. En fait, la réalité subjective réajustée soigneusement sans verser dans la manipulation est à même d’opérer l’action transformante de la réalité objective. L’agentivité de l’apprenant est, ici, de mise afin de le prémunir d’une réceptivité douloureuse ou fatale de la réalité.
 L’enjeu demeure principalement psychologique. En définitive, sans prétendre clore un sujet aussi susceptible de débat, un élève marocain motivé est un  élève qui se plait à apprendre pour découvrir, à réfléchir pour se surpasser, un élève qui confère globalement à son acte d’apprendre une  consistance positive de manière évolutive. En d’autres termes, quand l’apprentissage est associé à une «peine» quotidienne, à une incompréhension permanente d’un adulte se complaisant dans sa citadelle de tuteur, on aura de rares chances de rencontrer un élève foncièrement motivé.
 
 * Inspecteur en orientation 
de l’’éducation

Par Ismail Idabbou
Mercredi 16 Avril 2014

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