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Droit de travail malmené et climat social délètère




Le climat social reste encore tendu au Maroc. L’année 2016 a enregistré 218 jours de grève dans 176 établissements avec la participation de 14.882 salariéssur 25.953, soit 57,34%. Une situation qui a causé la perte de 500.000 heures de travail contre 300.000 en 2015,soit une hausse de 85,87%. Un rapport du ministère de l’Emploi et des Affaires sociales relayé par certains organes de presse, a indiqué que 53 de ces débrayages ont éclaté dansla région de Rabat-Salé-Kénitra soit (24,31%), 50 au niveau de la ré- gion de Casablanca-Settat (22,94%) et 23 dans la région de Béni-MellalKhénifra et celle de Marrakech (10,55%). « C’est malheureux que l’économie marocaine perde 500.000 heures de travail si facilement et dans un contexte de rude concurrence avec d’autres pays, mais cela reflète les tensions qui marquent le climat social au sein de l’entreprise nationale », s’est désolé Mohamed El Ouafi, membre du Secrétariat national de l’UMT, qui estime que cette situation va durer longtemps puisque le gouvernement sortant n’a rien fait pour consolider la paix sociale. « L’Exé- cutif n’a fait qu’attiser ce climat via ses choix et ses orientations économiques ultralibérales. En fait, le gouvernement a gelé le dialogue social depuis cinq ans et aucun accord social digne de ce nom n’a vu le jour. Il va sans dire que sa politique est antisociale et antipopulaire », nous at-il précisé. Une réalité que confirment les chiffres de l’année 2015 qui a enregistré le déclenchement de 265 grèves dans 1.107 établissements contre 1.285 en 2014 et 776 en 2012. Concernant les conflits individuels de travail, ils ont été de l’ordre de 36.265 en 2012 avant de passer à 46.687 en 2013 et à 50.062 en 2014. Le nombre de salariésréintégrés est resté, quant à lui, stable puisqu’il n’a pas dépassé les 4.000 entre 2012 et 2015. Un autre syndicaliste, sollicitant l’anonymat, a tenu à nous préciser qu’il ne faut pas parler de journées de travail perdues et qu’il faut dépasser l’image négative que l’exercice du droit de grève semble avoir dans l’imaginaire collectif alors qu’il n’est, en fait, pratiqué que dans l’objectif de réduire les inégalités sociales et d’instaurer une redistribution équitable desrichesses générées par l’entreprise. Concernant les causes du dé- clanchement de ces grèves, ledit rapport indique que 114 cas sont dus au retard de paiement dessalaires ou au non-paiement de ceux-ci, soit 23,41% du total suivi des licenciements avec 72 cas (14,78%), des atteintes aux acquis sociaux avec 66 cas (13,55%) et à la sécurité sociale avec 54 cas (11,09). « Il est désolant que les dispositions du Code du travil ne soient pas respectées par le patronat alors que ce corpus juridique ne représente que le seuil minimal des droits dont les salariés devraient bénéficier », nous a rappelé Mohamed El Ouafi. Et de poursuivre: « En fait, ces derniers ne demandent rien de plus que leur droit à des salaires décents, au respect des heures de travail et à l’accès à la protection sociale». Le secteur des services arrive en tête des domaines touchés par les débrayages avec 100 grèves dans 78 établissements, soit 46% du total suivi du secteur industriel avec 62 cas dans 49 unités de production (28%) et de l’agriculture avec 25 dé- brayages dans 23 établissements (12%). Quant aux secteurs du BTP et du commerce, ils représentent respectivement 8% et 6% avec 18 grèves dans 15 établissements et 13 débrayages dans 11 unités de production. Le rapport du ministère de l’Emploi et des Affairessociales pré- cise également que 25% des grèves ont été déclenchées dans des entreprises qui emploient entre 26 et 50 salariés, 23% dans celles dont les effectifs varient entre 51 et 100 salariés et 22% dansles unités de production dont le nombre de salariés se situe entre 101 et 250 personnes. «Le secteur desservices emploie aujourd’hui un grand nombre de jeunes avec des contrats précaires et, du coup, il est logique que cela gé- nère des conflits sociaux. Quant au secteur de l’industrie fortement marqué par des investissements et des sociétés étrangères, il est encadré par des centrales syndicales et plusieurs accords et protocoles », nous a expliqué notre source. Et d’ajouter : «Les 12% que représente le secteur agricole sont dus à l’absence d’encadrement syndical et à la prédominance de la culture de la sujétion». En réponse à cette situation de conflits, Mohamed El Ouafi appelle au développement et au renforcement des mécanismes d’intervention préalable afin d’éviter les dérapages éventuels. Les protocoles d’accord et les conventions collectives encadrant les questions relatives, entre autres, aux salaires ou aux libertés syndicales doivent être également consacrés, selon lui, comme des pratiques annuellement renouvelées pour maintenir la paix sociale.

Hassan Bentaleb
Jeudi 9 Février 2017

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